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ZOOM SUR DES FORTUNES DIVERSES

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Après les accusations de viol contre Sitor Ndour par sa jeune domestique, Emedia.sn s’est promené dans les rues de Dakar, surtout au niveau du rond-point Liberté, connu pour être le lieu de regroupement des domestiques à la recherche d’un emploi, pour recueillir leurs témoignages. Récits forts des relations entre les patrons et leurs employées de maison.

Sitor Ndour est accusé de viol sur sa domestique. Le responsable de l’Apr à Fatick dénonce une tentative « d’extorsion de fonds ». Mais en attendant de savoir ce qu’il en est, le débat sur les conditions des employés de maison se pose avec acuité. Ce sont des jeunes hommes et très généralement des jeunes filles qui sont appelés à tout faire, des travailleurs domestiques qui aident leurs employeurs à faire le ménage, garder les enfants, surveiller les maisons et faire la cuisine.

Malgré tout, ils sont le plus souvent, mal payés, non soignés, violentés psychologiquement, physiquement et sexuellement. F.N, une aide domestique, âgée de 22 ans, vit à Sacré-cœur. Elle témoigne : « Les patrons sont méchants, nous ne mangeons pas à notre faim, nous sommes maltraités et violentés sur tous les plans, c’est inhumain, c’est le calvaire », aligne-t-elle les mots pour exprimer ses maux. « De 8h à 19h, je m’occupe de tout, le ménage, la cuisine, le linge, le baby-sitting, c’est dur ! Et pire, les hommes en sont indifférents avec la complicité de leurs femmes ». M. D, âgé de 20 ans, ajoute : « Tout le monde n’a pas la chance d’échapper à cette vie, je ne sais pas ce que c’est l’école mais grâce à moi, ma petite sœur étudie. Je travaille pour ma famille, pour assurer nos besoins essentiels, les violences m’ont rendu fort et mature dans ce travail de domestique », dit-il.

« J’ai arrêté parce que ma patronne… »

H. S, 24 ans et mère d’un garçon, a déjà quatre ans d’expérience dans le domaine. Et les fortunes sont diverses puisqu’elle a plus de chance. « J’ai été femme de ménage aux Hlm, ma patronne me traitait bien et son mari était sympa avec moi. Ils étaient d’une gentillesse extrême, ils me donnaient à manger et à boire, et m’ont même proposé de dormir chez eux. Mais je ne pouvais pas parce que j’ai une famille derrière moi. Et puis, je ne pouvais plus continuer à travailler parce que le salaire était insuffisant pour couvrir mes besoins et ils étaient dans l’incapacité de me faire une augmentation, j’étais donc obligée de rendre ma démission pour chercher un autre qui pourrait me payer plus parce que l’argent compte beaucoup », souligne-t-elle.

Ce n’est pas le cas, en revanche, de R. F., originaire de Tambacounda. Elle a eu la chance de suivre une scolarité normale jusqu’à l’obtention de son diplôme du baccalauréat avant d’abandonner les études et s’adonner au travail de domestique par « manque de moyens ». Elle dit : « J’ai arrêté mon travail il y a 1 mois et je suis à la recherche d’un autre. Ma patronne n’est pas une femme de parole, elle n’a pas tenu ses engagements. Elle avait promis de payer à la fin de chaque mois avec moins de tâches. J’ai fait deux mois sans salaire et c’est ainsi que j’ai décidé de partir chercher d’autres boulots », a dit R. F. le ton triste. Même si elle ne regrette pas d’avoir abandonné les études.

« Le jour où mon patron a voulu avoir de l’intimité avec moi »

Quant à S. S, âgée de 19 ans, elle a eu à travailler pendant 6 mois chez un homme qui vivait avec sa mère et ses deux enfants. « Je faisais tous les travaux domestiques, on était deux bonnes dans cette grande maison sise à Sicap-Liberté. Chacune de nous recevait 40 000 FCFA comme salaire à la fin du mois.

Tout allait bien jusqu’au jour où il a voulu avoir de l’intimité avec moi. Je ne sais pas ce qui lui avait pris et je n’ai pas cherché à savoir. Le lendemain, j’ai pris mes bagages avant que l’irréparable ne se produise », raconte la jeune fille. F. P., 17 ans, a travaillé à Mermoz pendant ses vacances scolaires. « J’obéissais à ma patronne et je n’avais pas de rapport direct avec mon patron qui sortait tôt le matin et rentrait tardivement. Il ne connaissait même pas mon nom, toutes les tâches de la maison c’est moi qui m’en occupais sous les ordres et la supervision de la patronne. Mon patron me faisait souvent des propositions d’avoir des intimités avec lui en échange d’une augmentation de salaire, mais je ne les ai jamais acceptées. Le problème, c’est qu’on prend les bonnes pour des filles faciles. Or nous sommes là pour un objectif bien déterminé, sans nous adonner à des perversions sexuelles qui vont à l’encontre de nos valeurs », souligne l’adolescente.

« J’ai fui mon patron qui voulait des services extra »

M. N. est une fille de 16 ans, originaire de Fatick. Elle a rejoint, comme nombre de domestiques, la capitale à la recherche d’une vie meilleure. « J’ai toute ma famille derrière moi, qui compte sur moi. J’ai pu décrocher un premier travail il y a un mois mais je n’ai pas pu continuer. Je suis restée pendant 15 jours, après j’ai fui parce que je ne trouve pas normal que mon patron fasse le sage devant sa femme qui est ma patronne et que, quand celle-ci s’absente, il me demande de lui rendre des services extra, à savoir lui faire du thé, laver ses pieds, lui faire des massages, etc. », témoigne la jeune fille assise sur une table-banc dans l’attente d’une nouvelle patronne. D. D., 26 ans, affirme avoir subi des violences physiques et morales.

La surcharge de travail, la durée interminable, l’absence de congé hebdomadaire, les faibles salaires, les violences physiques, morales et sexuelles, elle en a supportées. « Je souffre en silence, mon ancienne patronne me battait, j’étais souvent comme une folle, je parlais seule tellement la dame m’avait traumatisée. Je n’avais pas droit à son salon ni aux loisirs, sauf quand je les nettoyais. Elle m’insultait et me traitait de tous les noms d’oiseau. Il arrivait même qu’elle me gifle et j’en souffrais énormément. Nous sommes majoritairement mineurs, analphabètes ou déscolarisés, nous n’avons pas de lois car elles sont violées », s’indigne-t-elle. Elle poursuit : « C’est mon destin, je n’y peux rien, mes parents sont décédés et je suis obligée d’accepter certaines choses pour subvenir aux besoins de mes frères et sœurs en attendant le meilleur. Beaucoup ont honte de parler de ce qu’il endurent mais moi, je n’ai pas honte, c’est ça ma vie ».

Hawa TOUMAGNON
(Stagiaire)

4 août 2022


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