Dans les marchés, sur les routes ou au cœur des quartiers, l’insécurité semble s’ancrer durablement au Sénégal. Agressions, vols, meurtres et impunité alimentent une tension croissante. Face à cette montée de violence, les citoyens interpellent directement l’État, accusé d’inaction et d’absence de mesures fortes. Des témoignages directs et la récente tragédie de Dalifort révèlent l’ampleur d’un phénomène qui touche désormais toute la population.
Le marché de Colobane reste animé. Au milieu des étals, la parole des vendeurs confirme un malaise grandissant. Serigne Mbacké Fall, vendeur dans une boutique de produits divers, pointe du doigt une situation qui selon lui s’aggrave de jour en jour. « Le voleur a vu le policier et il a souri », confie-t-il, précisant qu’un jeune délinquant arrêté par des passants a finalement été relâché quelques minutes après l’arrivée d’un agent. Il dénonce une forme d’impunité et insiste sur l’absence de sanctions capables de décourager les délinquants. « De nombreux jeunes traînent ici sans activité la rue finit par remplacer la famille dans l’éducation », ajoute Serigne avec une expression découragée.
Un peu plus loin, Balla Seydi, conducteur de moto, raconte avoir été victime d’une attaque tôt le matin. « Deux motos m’ont encerclé », rapporte-t-il, expliquant qu’il a tenté de se défendre avant que les agresseurs ne s’emparent de son téléphone. «Je ne démarre désormais plus mon activité avant le lever complet du jour, par peur d’être de nouveau ciblé », affirme-t-il.
Dans le garage automobile, à quelques mètres des stands, Baye Modou Souran, habitant de Guinaw Rail, partage la même inquiétude. « Tu vas travailler, on t’agresse, et si tu ripostes, on te tue », affirme-t-il, regrettant la montée d’une violence qui pousse certains habitants à envisager de se faire justice eux-mêmes. Il estime que si la situation persiste, les réactions risquent d’échapper au contrôle des autorités.
Ces témoignages s’inscrivent dans un contexte préoccupant. Selon les chiffres récents de la Gendarmerie nationale, plus de 5 900 infractions et 844 crimes ont été enregistrés en 2024 dans ses zones d’intervention, avec plus de 5 000 victimes recensées.
Les rapports d’Afrobarometer indiquent également que près de six Sénégalais sur dix se sont sentis en insécurité dans leur propre quartier durant l’année écoulée.
Dalifort sous les regards
La tragédie survenue à Dalifort-Foirail est une illustration. Ramatoulaye, une jeune femme travaillant dans un point multiservices, a été tuée dans son lieu de travail. Une affaire qui a profondément choqué l’opinion, car elle montre que la violence ne se limite plus aux rues sombres ou aux heures tardives, elle s’invite désormais dans les espaces professionnels, en plein service, et vise des cibles vulnérables.
À Colobane, le nom de la victime revient constamment dans les discussions, comme un rappel des risques auxquels sont exposés les travailleurs. Certains vendeurs affirment que cette affaire a accentué la peur et renforcé les appels à des mesures sévères. Mame Cheikh Ka, un commerçant rencontré près des étals résume cette colère en déclarant que si l’État ne frappe pas fort, ça va continuer, suggérant même la nécessité d’installer la peine de mort.
L’analyse des situations rencontrées révèle trois éléments principaux : une présence sécuritaire jugée insuffisante, une jeunesse livrée à la rue, et une population qui commence à douter de la capacité des institutions à garantir sa protection. Tant que ces perspectives persisteront, les habitants avanceront avec la même question en tête : qui sera la prochaine victime ?
Fatou Bintou Fall







