La cérémonie de présentation et de dédicace de l’ouvrage Les équilibres géopolitiques : la Russie et le reste du monde s’est tenue en présence d’universitaires, d’étudiants et d’acteurs du monde intellectuel. Ce livre, consacré à la géopolitique russe, aux relations internationales et à la place de l’Afrique dans les grands rapports de force mondiaux, ambitionne de nourrir le débat académique et intellectuel sur les enjeux majeurs du XXIᵉ siècle, tant à l’échelle nationale qu’internationale.
Auteur de l’ouvrage, Dr Abdourahmane Diallo, enseignant-chercheur, maître de conférences titulaire et chef du Département des langues et civilisations slaves de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, a expliqué que ce travail s’inscrit dans la volonté de proposer une analyse globale des mutations géopolitiques contemporaines à partir d’un regard africain. Selon lui, il était nécessaire qu’un chercheur africain, et singulièrement sénégalais, s’empare de ces questions longtemps dominées par des narratifs occidentaux ou extra-africains, afin de mieux en faciliter la compréhension auprès des lecteurs africains, notamment en Guinée, au Mali, en Gambie ou au Bénin.
Dr Diallo estime que la géopolitique est devenue une discipline à la fois globale et transversale, dont la maîtrise conditionne largement l’avenir du continent africain. À ce titre, il invite les jeunes chercheurs africains à investir davantage ce champ d’étude, afin de contribuer à l’émergence d’une pensée stratégique africaine capable d’éclairer les choix politiques et diplomatiques.
Abordant la question des relations entre la Russie et le reste du monde, l’universitaire a insisté sur la nécessité de déconstruire certains clichés et de « décoloniser les esprits » en revisitant le sens des mots et des concepts utilisés dans l’analyse des relations internationales. Pour lui, la voix africaine, et en particulier sénégalaise, doit compter aux côtés des voix française, américaine, russe ou chinoise dans les débats géopolitiques mondiaux.
Revenant sur l’histoire des relations entre l’Afrique et la Russie, Dr Diallo a rappelé des épisodes souvent méconnus, remontant au XVIᵉ siècle, notamment le soutien russe à l’Égypte après sa destruction, ainsi que le parcours d’Abraham Hannibal, figure emblématique du lien historique entre l’Afrique et la Russie, ancêtre du grand poète Alexandre Sergueïevitch Pouchkine. Autant d’éléments qui, selon lui, doivent nourrir la conscience historique des Africains, condition essentielle de tout développement durable.
L’auteur a également plaidé pour une appropriation stratégique des apports extérieurs, qu’ils proviennent des États-Unis, de l’Europe, de la Chine ou de la Russie. Cette « sénégalisation » des influences étrangères doit, selon lui, se faire en tenant compte des intérêts nationaux et des attentes des populations africaines, dans un cadre de positions communes et concertées à l’échelle continentale.
Enfin, Dr Abdourahmane Diallo a mis en garde contre les risques d’une fragmentation accrue de l’Afrique, évoquant les crises persistantes au Mali, au Soudan et en Libye. Il appelle les dirigeants africains à s’interroger sur les conséquences d’une « hyper-balkanisation » du continent, au moment où d’autres ensembles régionaux, comme l’Union européenne, poursuivent leur renforcement.
Emedia
Photo : Pape Doudou Diallo







