Le Collectif des promoteurs de l’exploitation minière semi-mécanisée et des carrières du Sénégal (CPEMSCS) alerte les plus hautes autorités de l’État et l’opinion nationale et internationale sur la crise profonde que traverse le secteur depuis près de deux ans. Dans une lettre ouverte, les promoteurs dénoncent un arrêt quasi total des activités minières semi-mécanisées et des carrières, causé par ce qu’ils qualifient de blocage systématique de l’Administration minière.
Selon le collectif, malgré de nombreuses démarches et rencontres avec le ministère de tutelle, aucune solution concrète n’a été apportée. Les activités liées à l’exploitation, mais aussi à l’attribution et au renouvellement des permis, sont paralysées, entraînant l’arrêt de plus d’une centaine d’entreprises sénégalaises détenues à 100 % par des nationaux. Ces entreprises, rappellent-ils, sont portées par des femmes et des hommes qui ont investi leurs biens personnels, souvent hypothéqués, dans un secteur stratégique pour l’économie nationale.
La situation se serait aggravée depuis l’arrivée du nouveau régime, notamment après le décret n°2024-1502 du 31 juillet 2024 suspendant les activités minières sur la rive gauche du fleuve Falémé dans un rayon de 500 mètres, ainsi que la multiplication des audits du cadastre minier. Le collectif estime que ces mesures, combinées à l’absence d’informations claires et de délais officiels, ont plongé des centaines d’entreprises dans l’incertitude la plus totale, parfois sans base légale conforme au Code minier de 2016.
Plusieurs promoteurs affirment attendre depuis près de deux ans une réponse à des demandes pourtant complètes, notamment des modifications de coordonnées, sans aucune notification formelle de l’Administration. Le collectif dénonce également des pratiques qu’il juge contraires aux principes de bonne gouvernance, citant des courriers notifiés plusieurs mois après leur signature ou des demandes répétées de documents déjà fournis.
Au-delà des lenteurs administratives, les promoteurs expriment une profonde incompréhension face à ce qu’ils considèrent comme une volonté de paralyser des entreprises nationales, dans un contexte économique déjà difficile. Ils rappellent que derrière ces arrêts se trouvent des milliers d’emplois perdus, des familles en détresse et plusieurs milliards de francs CFA de recettes fiscales et parafiscales manquantes pour l’État.
Le collectif s’inquiète également de la remise en cause des exploitations semi-mécanisées exercées dans le cadre de permis de recherche, alors que plus de 90 % de ces activités s’y déroulent historiquement. Une telle orientation, selon eux, favoriserait indirectement les grandes compagnies étrangères, déjà largement dominantes dans les zones à fort potentiel, au détriment des entrepreneurs sénégalais.
Pour le CPEMSCS, le rôle de l’Administration minière devrait être l’accompagnement, l’encadrement et la régulation, afin de promouvoir une exploitation responsable et respectueuse des normes environnementales et sociales. Ils estiment que les entreprises présentant des non-conformités devraient être invitées à se mettre en règle tout en poursuivant leurs activités, plutôt que d’être contraintes à un arrêt brutal, d’autant plus que beaucoup ont déjà engagé d’importants investissements financiers.
Face à cette situation jugée alarmante, le collectif lance un appel solennel au Président de la République et au Premier ministre pour une intervention urgente. Les promoteurs affirment ne demander ni subventions ni aides financières, mais simplement le droit de travailler, d’investir et de contribuer au développement économique du pays. Ils concluent en appelant le ministère en charge des Mines à devenir un véritable partenaire de l’entrepreneuriat national, et non un frein au développement du secteur minier et des carrières au Sénégal.
Isidore Alexandre Sène, Emedia Thiès







