
La commune de Mlomp, dans le département d’Oussouye, célèbre depuis dimanche le Kamanghèn, une fête traditionnelle organisée chaque année à la fin des récoltes. Cet événement culturel et spirituel majeur vise à promouvoir la solidarité communautaire, le partage et les valeurs de l’ethnie diola.

Selon le maire de Mlomp, Idrissa Senghor, le Kamanghèn est avant tout une fête d’action de grâce. « Selon nos traditions, nous avons le devoir de partager ce que Dieu nous donne », a-t-il expliqué, soulignant que cette célébration est un moment privilégié pour faire l’aumône, partager les récoltes et renforcer les liens entre les membres de la communauté. Pendant trois jours, les habitants de Mlomp et les ressortissants de la commune se retrouvent pour communier autour de leurs valeurs communes.
Le Kamanghèn est également marqué par la présentation officielle des nouveaux mariés à la communauté. Tous ceux qui se sont mariés au cours de la même année sont célébrés ensemble et se reconnaissent comme appartenant à une même « génération », un lien qu’ils conservent tout au long de leur vie. Pour le maire, cette tradition contribue à la cohésion sociale et au respect des normes communautaires.

L’événement revêt une forte dimension culturelle et spirituelle. « La culture est ce que nous avons de plus cher. C’est une source de stabilité sociale. C’est à la culture que nous recourons en cas de difficulté », a affirmé Idrissa Senghor. Le Kamanghèn est aussi un moment de promotion des traditions, de sensibilisation à la protection de la nature et de réflexion sur le développement agricole. Le maire estime que la commune dispose d’importantes potentialités foncières et que, avec un meilleur soutien à l’agriculture, l’autosuffisance alimentaire pourrait être atteinte au niveau régional.
Présent à la cérémonie, le préfet d’Oussouye, Maurice Dione, s’est réjoui de la forte mobilisation des populations. Il a souligné l’importance de ce type d’événement dans le renforcement de la collaboration entre l’État et les communautés culturelles, sociales et religieuses, rappelant le rôle de l’administration dans l’écoute des préoccupations locales et leur transmission aux autorités compétentes.

Membre de la cour royale, Honoré Manga a rappelé l’ancienneté et la signification profonde du Kamanghèn, une tradition héritée des ancêtres. Assimilée à la fête de la moisson, cette célébration consiste à rendre grâce à Dieu et aux ancêtres pour les récoltes obtenues, quelles qu’en soient les conditions. « Même si la moisson est mauvaise, la fête a lieu », a-t-il expliqué, insistant sur la dimension de partage, notamment envers les étrangers et les plus démunis, ainsi que sur les prières formulées pour un meilleur hivernage à venir.

Les festivités débutent par des rites et des offrandes au niveau des lieux sacrés, suivis des cérémonies publiques marquées par des luttes traditionnelles et le défilé des nouveaux mariés. Autrefois, ces derniers participaient eux-mêmes aux combats rituels, mais aujourd’hui, avec l’évolution des pratiques, ce sont surtout les jeunes qui animent les luttes pour mettre en valeur la beauté et la vitalité de la fête.
La date du Kamanghèn n’est pas fixée sur un calendrier. Elle est déterminée par des personnes désignées au sein de la communauté, qui observent la nature et se réfèrent à des signes traditionnels. Ce qui est certain, selon Honoré Manga, c’est que la fête se tient toujours après la fin des récoltes, lorsque le dernier germe de riz est rentré dans les maisons.
En conclusion, les responsables traditionnels ont lancé un appel à un soutien plus conséquent de l’État afin d’institutionnaliser le Kamanghèn, qu’ils considèrent comme le « Magal du Kassa ». Ils souhaitent une reconnaissance nationale de cet événement, à l’image d’autres grandes célébrations religieuses et culturelles du pays.

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