À Ziguinchor, les anciens villages de reclassement social de Teubi et Djibélor amorcent une nouvelle étape de leur histoire. Longtemps marquées par la stigmatisation et un déficit criant d’infrastructures, ces localités entendent désormais s’inscrire pleinement dans la dynamique du Sénégal moderne, à la faveur d’un engagement renouvelé des autorités.
Ce jeudi 19 février, la Direction générale de l’Action sociale (Dgas) a consacré un Comité régional de développement (Crd) spécial à la situation de ces deux villages, réunissant autorités administratives, services techniques et représentants des populations. Teubi, situé dans la commune de Niamone, et Djibélor, rattaché à celle de Niaguis, restent confrontés à d’importantes difficultés, notamment en matière d’accès à l’eau potable, à l’électricité, aux infrastructures sanitaires et aux services sociaux de base.
Le directeur général de l’Action sociale, Boucar Diouf, a souligné la nécessité d’apporter une réponse forte et inclusive. À l’issue d’une mission effectuée dans les deux villages, il a relevé des avancées, mais aussi des défis persistants, citant notamment l’absence de poste de santé à Djibélor. Selon lui, il est impératif d’instaurer une gouvernance plus équitable afin que ces territoires bénéficient pleinement des politiques publiques. Il a assuré que ces localités seront intégrées dans la stratégie nationale Sénégal 2050, affirmant qu’aucune communauté ne sera laissée en marge.
Présidant la rencontre, l’adjoint au gouverneur de Ziguinchor chargé du Développement, Alsény Bangoura, a rappelé que cette démarche s’inscrit dans une volonté de corriger les injustices héritées du passé, notamment depuis l’abrogation de la loi de 1976. Il a insisté sur l’implication indispensable des populations locales dans toute prise de décision, soulignant que rien ne saurait être entrepris sans l’aval des chefs de village et des maires concernés.
Sur le terrain, quelques actions ont déjà été réalisées. Le directeur régional de l’Action sociale, Seydou Nourou Thiam, a indiqué qu’entre 2020 et 2024, kits scolaires, formation professionnelle, logements sociaux et projets économiques( blocs maraîchers) ont été aménagés pour un montant de 38 millions de francs CFA.
À Djibélor, ces initiatives sont accueillies avec un optimisme mesuré. Le chef du village, Emmanuël Sambou, s’est félicité de la prise en compte des préoccupations locales, tout en exprimant le souhait de voir sa localité reconnue comme un village à part entière, bénéficiant des mêmes droits et opportunités que les autres. Il a toutefois alerté sur les difficultés persistantes, notamment l’accès au village, qui complique encore l’évacuation des malades dans des conditions jugées inacceptables, ainsi que les problèmes fonciers qui hypothèquent l’avenir de la communauté.
Après des décennies d’exclusion, Teubi et Djibélor semblent donc à l’aube d’un tournant décisif. Entre reconnaissance institutionnelle et promesses de développement, leurs populations espèrent désormais traduire les engagements en actions concrètes, afin de tourner définitivement la page de la marginalisation et retrouver toute leur place au sein de la République.
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