Six ans après la reprise de l’exploitation de l’eau par la Sen’Eau, le torchon brûle entre la direction et les représentants des travailleurs. Lors d’une conférence de presse tenue ce mercredi 4 mars 2026, le Syndicat Autonome des Travailleurs des Eaux du Sénégal (SATES), soutenu par le Forum Social, a dressé un réquisitoire implacable contre la gestion de l’entreprise. Entre licenciements jugés arbitraires, élections contestées et mépris des décisions de justice, le climat social est au bord de l’implosion.
Un climat de « terreur » dénoncé par les syndicats
Le ton est monté d’un cran. Omar Ba, Secrétaire Général du SATES, n’a pas mâché ses mots pour décrire le quotidien des employés au sein de la Sen’Eau. Selon lui, les travailleurs évoluent désormais dans un climat de « terreur » et de « harcèlement permanent ».
Le point de rupture a été atteint avec le licenciement d’Omar Ba lui-même, acte qu’il qualifie de manœuvre directe pour décapiter le syndicat majoritaire et museler toute voix dissidente. Au-delà des sanctions individuelles, le syndicat dénonce un « grignotage » systématique des acquis sociaux et des avantages du personnel.
Le scandale des élections digitales
Le cœur du conflit réside également dans l’organisation récente des élections des délégués du personnel. Le SATES accuse la direction d’avoir forcé un passage au vote digital, malgré l’absence de consensus et les injonctions contraires des autorités étatiques compétentes.
« La Sen’Eau a fait fi des recommandations de l’autorité pour organiser ses propres élections et élire ses propres délégués », a martelé Omar Ba.
Une victoire juridique a pourtant été obtenue par les travailleurs : le 7 janvier 2026, le tribunal du travail a rendu un verdict cassant ces élections digitales. Cependant, le syndicat déplore qu’à ce jour, la direction refuse d’appliquer cette décision de justice pour organiser un nouveau scrutin physique et transparent.
L’opacité au Conseil d’Administration
Autre grief majeur : l’absence de représentation des travailleurs au sommet de l’entreprise. Alors que le personnel détient entre 8 % et 11 % des parts d’actions de la Sen’Eau, aucun représentant des travailleurs ne siège au Conseil d’Administration. Pour le SATES, ce blocage volontaire vise à empêcher toute visibilité sur la gestion financière et stratégique de l’entreprise.
Un appel à l’apaisement pour sauver le service public
Malgré la colère, le SATES, par la voix d’Omar Ba au micro d’Elisabeth Grâce Tine, appelle à la raison. Le syndicat lie directement la baisse de la qualité du service d’eau constatée par les populations au malaise profond des travailleurs.
Les revendications sont claires pour restaurer un climat apaisé :
Application immédiate de la décision de justice du 17 janvier.
Organisation d’élections physiques, libres et transparentes.
Réintégration des responsables syndicaux licenciés.
Ouverture d’un dialogue sincère avec les représentants légitimes du personnel.
Alors que la Sen’Eau affiche des chiffres d’affaires en hausse, les travailleurs demandent simplement à voir les fruits de leur labeur et le respect de leur dignité.
Emilia Ndiaye, stagiaire







