Le Sénégal a procédé ce vendredi au paiement d’échéances de sa dette d’environ 480 millions de dollars, mais la situation financière du pays reste fragile. Restrictions budgétaires, retards de paiement envers certains créanciers et tensions sociales commencent à se faire sentir, selon des informations de Reuters.
Depuis l’arrivée du président Bassirou Diomaye Faye et du Premier ministre Ousmane Sonko en avril 2024, le pays traverse une période de turbulences économiques. Le nouveau gouvernement a révélé l’existence de dettes non déclarées par l’administration précédente, aujourd’hui estimées à près de 13 milliards de dollars.
Cette découverte, annoncée en septembre 2024, a conduit le Fonds monétaire international (FMI) à suspendre son financement et l’accès du Sénégal aux marchés obligataires internationaux s’est fortement réduit. Depuis, le pays doit compter principalement sur les marchés régionaux pour couvrir ses besoins financiers.
Selon deux sources proches du dossier citées par Reuters, tous les créanciers concernés par les échéances de ce vendredi ont été payés dans la soirée. Yvette Babb, gestionnaire de portefeuille chez William Blair, note que les autorités sénégalaises étaient déterminées à honorer ces paiements sur deux eurobonds arrivés à échéance. Mais elle souligne que cette décision oblige le gouvernement à faire des choix difficiles, notamment en matière de réduction des dépenses publiques.
Ces mesures commencent déjà à créer des tensions sociales. Le mois dernier, un étudiant est décédé lors de manifestations liées à des aides sociales, des enseignants ont déclenché des grèves et les syndicats estiment que le secteur de la construction a perdu des dizaines de milliers d’emplois.
La dette cachée de 13 milliards de dollars est considérée par des experts comme le plus important cas de dette dissimulée dans un pays sous programme FMI, loin devant le scandale des « tuna bonds » au Mozambique, estimé à 2 milliards de dollars.
Pour obtenir un soutien du FMI, le Sénégal devra démontrer la viabilité de sa dette ou présenter un plan crédible de redressement, généralement via des réformes économiques profondes ou une restructuration. En novembre dernier, le Premier ministre Ousmane Sonko a précisé que le FMI avait évoqué la restructuration, qu’il a toutefois qualifiée de « déshonneur ».
Le gouvernement assure que des mesures combinant coupes budgétaires, hausse des recettes fiscales et croissance économique permettront de redresser les finances publiques. Dans ce cadre, 19 agences publiques seront fermées, entraînant la suppression d’environ 1 000 postes et une économie de 55 milliards de francs CFA.
Pour honorer ses obligations de ce vendredi, le Sénégal s’est fortement appuyé sur le marché régional de la dette, levant plus de 3 000 milliards de francs CFA en 2025, selon JPMorgan. « Les autorités ont réussi à réunir suffisamment de liquidités pour payer ces échéances », souligne Chris Celio, économiste chez ProMeritum Investment Management.
Malgré ce paiement, le pays accuse des retards envers d’autres créanciers bilatéraux, notamment la France, le Royaume-Uni, l’Italie et l’Espagne. Selon plusieurs sources citées par Reuters, ces retards restent dans les périodes de grâce de 90 jours, mais leur allongement inquiète les marchés.
Pour 2026, le gouvernement prévoit de lever 4 132 milliards de francs CFA sur les marchés régionaux. Mais plusieurs analystes estiment que le Sénégal aura besoin de financements supplémentaires, à long terme, pour sécuriser sa stabilité financière.
Les estimations de JPMorgan montrent que le pays devra rembourser 9,7 milliards de dollars en intérêts et amortissements en 2026, 7,8 milliards en 2027 et 8,7 milliards en 2028. Les dirigeants sénégalais observent ainsi attentivement l’expérience de pays africains confrontés à des crises similaires, comme la Zambie et le Ghana.
Pour Gustavo Medeiros, responsable de la recherche chez Ashmore Group, « lorsqu’un pays fait défaut sur sa dette, les conséquences économiques et sociales peuvent devenir très sévères ».
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