La confrontation entre la coalition américano-israélienne et la République islamique d’Iran s’enlise et se durcit. Les communiqués annoncent, tour à tour, des suprématies décisives ; le terrain, lui, dément la simplification. Aucune percée nette, seulement une usure stratégique dont les coûts humains, économiques et diplomatiques restent largement hors champ.
Le nœud est désormais maritime : le détroit d’Ormuz. Depuis plusieurs jours, les forces iraniennes y exercent un contrôle opérationnel qui étrangle une artère vitale du commerce énergétique mondial. Donald Trump, qui avait proclamé la destruction de l’arsenal iranien dès les premières frappes, se heurte à l’inverse : la capacité de riposte demeure, la profondeur stratégique de Téhéran aussi. Faute de résultat, il multiplie les appels à l’Occident… et même à la Chine pour « débloquer » le passage. L’aveu est politique autant que militaire : sans consensus international introuvable, Ormuz reste un verrou iranien.
Fait inédit : l’OTAN refuse de s’aligner. L’Alliance invoque l’absence de mandat de l’ONU et l’inexistence de preuves publiques sur un enrichissement d’uranium à finalité militaire pour justifier son non-engagement dans une guerre perçue comme déclenchée sur l’agenda israélien. C’est Israël qui a placé Washington au centre d’un conflit où les dépenses militaires s’envolent en milliards, sans horizon de victoire.
Le récit médiatique aggrave le malaise. Des rédactions européennes, jadis références de rigueur, semblent décalées d’un cycle. Les envoyés spéciaux couvrent abondamment l’Iran : chaque frappe y produit son lot d’images dévastatrices, aussitôt diffusées. À l’inverse, les frappes iraniennes sur Israël tombent sous interdiction de filmer et de diffuser, assumée par le Premier ministre israélien et respectée, dans les faits, par une grande partie de la presse internationale. L’asymétrie nourrit la suspicion d’un deux poids, deux mesures : on dénonce la censure ailleurs, on l’accepte ici. Les publics s’interrogent : prudence éditoriale ou complicité tacite ?
Sur le fond, Téhéran surprend par sa résilience et son tempo régional. Washington voit son capital de sympathie s’éroder, y compris sur ses propres réseaux sociaux, selon les indicateurs d’opinion américains. Malgré les revers, Trump persiste : l’objectif affiché reste d’« imposer l’Amérique », avec un agenda qui déborde déjà le théâtre iranien – Cuba, Mexique, Inde, Colombie etc dans le viseur.
Dans ce contexte, l’Iran agit comme s’il disposait d’un droit de veto de fait au Proche-Orient : capacité à paralyser Ormuz, à tenir la distance face à la coalition et à dicter une part des règles d’engagement. Tant que les images seront filtrées d’un côté et raréfiées de l’autre, la guerre se jouera autant dans les perceptions que sur les champs de tir. À défaut de vainqueur, le perdant certain demeure l’information.
Par Ibrahima Diassy – certifié en Dialogue & Influence, expert en communication diplomatique au CCL du Maroc.








