Invité de l’émission JDD sur iRadio et iTV, le journaliste Bachir Fofana est longuement revenu sur le dossier de l’ASER, une affaire qui continue d’alimenter les débats dans l’espace public sénégalais. Il a notamment pointé du doigt ce qu’il considère comme une politisation du dossier ainsi que des incohérences dans son traitement judiciaire.
Selon lui, dès les premières révélations autour de cette affaire, des signaux politiques forts ont été envoyés pour minimiser la portée des accusations. Il rappelle qu’au moment où les soupçons commençaient à émerger, le Premier ministre avait publiquement affiché son soutien au directeur général concerné lors d’un meeting politique, affirmant qu’aucun scandale n’existait dans ce dossier.
Pourtant, souligne Bachir Fofana, la Cour suprême avait déjà évoqué à cette période un « soupçon de prévarication sur les ressources publiques ». Il estime que, par la suite, l’attention de l’opinion a été progressivement détournée du cœur du dossier à travers diverses prises de position politiques et institutionnelles.
Le journaliste cite notamment l’intervention du député Guy Marius Sagna à l’Assemblée nationale. Selon lui, ce dernier aurait exercé des pressions sur l’ancien ministre Alassane Sall en lien avec cette affaire. Il évoque également la multiplication de questions orales et écrites autour du dossier, contribuant, à ses yeux, à son instrumentalisation politique.
Bachir Fofana s’est également interrogé sur l’évolution de la position de la Cour suprême. Il rappelle qu’en octobre 2024, la juridiction avait suspendu la poursuite du marché concerné en raison des soupçons relevés, dans l’attente d’un examen approfondi du dossier sur le fond.
Cependant, en février 2025, la même Cour suprême a finalement autorisé la reprise du marché. Une décision que le journaliste juge surprenante. Selon lui, ce revirement aurait été motivé par un élément présenté comme nouveau par l’État du Sénégal après des échanges avec les bailleurs du projet, notamment la Banco Santander et l’agence espagnole de crédit à l’exportation.
D’après les explications avancées, les partenaires financiers n’auraient pas suspendu le financement du projet, mais uniquement les décaissements. Bachir Fofana considère que cette nuance terminologique entre « suspension du financement » et « suspension des décaissements » a été déterminante dans la réévaluation du dossier par la justice.
Enfin, il affirme que la Cour suprême aurait accepté cette nouvelle argumentation en retirant le dossier à la Chambre administrative pour le confier à la Chambre civile, une décision qu’il qualifie d’« extrêmement bizarre » et qui, selon lui, soulève encore de nombreuses interrogations sur la gestion de cette affaire.
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