Certes, la mobilisation populaire du 23 juin 2011 n’était pas comparable à celle du 29 juin 2026. Les contextes étaient différents, tout comme les acteurs. Mais une chose est certaine : le père de la démocratie sénégalaise, Me Abdoulaye Wade, ne pouvait ni interdire ni réprimer la manifestation du 23 juin 2011.
Celui qui s’est battu pendant vingt-sept années pour le triomphe de la démocratie au Sénégal ne pouvait empêcher le peuple d’exprimer son opinion.
À l’inverse, le duo Sonko-Diomaye s’est montré incapable de préserver les acquis démocratiques arrachés au prix de lourds sacrifices humains.
Comment aurait-il pu en être autrement ? Je me souviens d’une discussion que j’ai eue avec ce jeune homme, à l’époque où je coordonnais Pastef en France. Il m’avait confié : « Cheikh, le 23 juin, j’étais à mon bureau, et le jour du vote de l’élection présidentielle, je dormais. »
Ce néo-patriote de la vingt-cinquième heure, ancien porteur de sac de l’ex-directeur du Cadastre – lequel aurait, par ailleurs, transigé à hauteur de plusieurs milliards de francs CFA pour éviter la prison dans le cadre de la traque des biens mal acquis – ne pouvait mesurer les coups de boutoir qu’il porterait, une fois au pouvoir, à notre démocratie.
Si le peuple, dans sa grande majorité, est resté silencieux ce 29 juin 2026, c’est certainement parce qu’il se sent profondément trahi par le plus jeune duo exécutif de l’histoire du Sénégal. Sonko et Diomaye ont conduit le pays vers un recul démocratique sans précédent et se livrent désormais à une stratégie politicienne qui tourne le dos à l’intérêt général.
Parfois, je rejoins ceux qui estiment que Diomaye est pire que Sonko. En effet, c’est lui qui a prêté serment et juré de faire respecter les lois ainsi que la Constitution.
Aujourd’hui, le peuple est tétanisé par les agissements de ce duo qui a trahi les aspirations démocratiques de nos concitoyens. Incapable d’engager le moindre véritable développement, il préfère le bluff politique afin de se maintenir au pouvoir et de continuer à jouir des privilèges qui y sont attachés.
Le président Diomaye a laissé se produire ce que je considère comme un coup d’État parlementaire, alors même qu’il avait les moyens institutionnels de s’y opposer. Aucune excuse ne saurait être recevable lorsqu’on assiste à ce qui apparaît comme une forfaiture sans précédent et un putsch parlementaire assumé.
Tous les démocrates doivent désormais rompre définitivement avec Diomaye, qui s’avère, à mes yeux, tout aussi nocif que Sonko pour l’avenir de notre démocratie.
Pour conclure, j’appelle l’ensemble de l’opposition, celle qui a véritablement le Sénégal à cœur, à se retrouver au sein d’une large coalition avec les forces vives de la Nation afin d’aborder ensemble les élections municipales et législatives de 2027. Il est temps de dépasser les calculs politiciens et de placer l’intérêt supérieur du pays au-dessus des ambitions personnelles.
L’avenir du Sénégal est aujourd’hui en danger entre les mains de dirigeants dont l’amateurisme et les choix politiques suscitent une profonde inquiétude.
Je tiens enfin à saluer le courage de tous ces hommes et de toutes ces femmes qui se sont levés pour faire face à ce qu’ils considèrent comme une grave atteinte à notre démocratie.
Cheikh Ahmed Tidiane Sall
Président du Rassemblement des Patriotes du Sénégal








