L’Afrique poursuit ses efforts pour transformer sa dynamique démographique en levier de développement économique durable. Dans cette perspective, un atelier stratégique consacré au suivi de la feuille de route sur le dividende démographique adoptée par l’Union africaine en 2017 à Addis-Abeba s’est tenu le 27 juillet à Saly, au Sénégal.
La rencontre a réuni une trentaine de participants, parmi lesquels des chercheurs, des représentants d’instituts nationaux de statistique, des experts du réseau international des National Transfer Accounts (NTA) ainsi que des universitaires africains. Les échanges ont permis de faire le point sur les avancées enregistrées dans plusieurs pays du continent, tout en identifiant les principaux défis techniques et institutionnels qui freinent encore la mise en œuvre des politiques liées au dividende démographique.
Au centre de cette dynamique figurent les Observatoires Nationaux du Dividende Démographique (ONDD), des plateformes multisectorielles mises en place avec l’appui de partenaires techniques et financiers. Leur mission consiste à produire des données et des analyses fiables, notamment à travers les profils NTA et les indicateurs de suivi, afin d’aider les gouvernements à orienter leurs choix budgétaires et leurs politiques publiques sur des bases scientifiques.
Organisée par le Secrétariat Technique Régional en collaboration avec le Consortium Régional pour la Recherche en Économie Générationnelle (CREG), en marge de la Conférence internationale sur les National Transfer Accounts, cette rencontre a également permis d’échanger sur l’alignement des budgets nationaux avec les objectifs de bien-être des populations et sur les difficultés liées à la mise à jour des données statistiques.
Président fondateur du CREG, le professeur Latif Dramani a rappelé le rôle pionnier de son institution dans le renforcement des capacités des acteurs régionaux. À l’approche du dixième anniversaire de la feuille de route de l’Union africaine, il a salué les progrès réalisés avec la création effective d’Observatoires Nationaux du Dividende Démographique dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre, notamment au Sénégal, au Togo, au Bénin, en Mauritanie, au Cameroun, au Tchad et à Madagascar. Selon lui, les outils développés permettent désormais d’évaluer avec précision la manière dont les ressources publiques sont mobilisées aux niveaux local, régional et national pour favoriser la capture du dividende démographique.
Les expériences nationales présentées au cours de l’atelier ont illustré l’utilité de ces observatoires. Au Tchad, l’ONDD, créé en 2018, est parvenu à mesurer l’ampleur de la pression démographique sur les finances publiques. Son représentant, Djaokmla Doba, expert statisticien-économiste, a indiqué que les analyses fondées sur les enquêtes successives auprès des ménages montrent que la demande sociale représente entre 26 et 27 % du produit intérieur brut (PIB) du pays, un niveau qui constitue un défi majeur pour les autorités.
L’expert tchadien a également souligné que si la fenêtre d’opportunité démographique est ouverte dans son pays depuis 2009, elle reste limitée dans le temps. Sans des investissements soutenus dans les secteurs clés tels que l’éducation, la santé, l’emploi et le développement du capital humain, cette opportunité pourrait se refermer avant que le pays ne puisse pleinement en tirer les bénéfices.
À travers cette rencontre de Saly, les acteurs engagés dans la promotion du dividende démographique ont réaffirmé la nécessité de renforcer les capacités des Observatoires nationaux, d’améliorer la production de données actualisées et de consolider les mécanismes d’aide à la décision afin d’accompagner les États africains dans la mise en œuvre de politiques publiques plus efficaces et mieux adaptées aux enjeux démographiques.
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