Une profonde crise de gouvernance secoue l’association environnementale Océanium, acteur majeur du reboisement de la mangrove en Casamance. Lors d’une conférence de presse organisée à Ziguinchor, plusieurs membres du comité directeur, emmenés par Ibrahima El Ali, Michel Perlot et Albert Seydi, ont publiquement contesté les décisions de l’ancien ministre de l’Environnement, Haïdar El Ali, tout en annonçant des démarches judiciaires pour faire reconnaître ce qu’ils considèrent comme la légalité de leur bureau.
Selon les intervenants, le différend trouve son origine dans le renouvellement des instances dirigeantes de l’association. Ils rappellent que le 25 janvier 2026, une réunion du comité directeur s’est tenue à Ziguinchor afin de préparer l’assemblée générale destinée à élire une nouvelle équipe dirigeante. Douze des quatorze membres du comité auraient alors rejeté la proposition d’organiser cette assemblée à Dakar, estimant qu’une telle réunion, prévue en pleine période de Ramadan à 9 heures du matin, empêcherait la participation des principaux acteurs basés en Casamance. Cette décision aurait été constatée par un huissier de justice.
Dans la continuité de ce processus, une assemblée générale s’est tenue le 14 février 2026 en Casamance, aboutissant à l’élection d’Ibrahima El Ali à la présidence de l’association. Le nouveau bureau affirme que cette élection s’est déroulée dans le strict respect des statuts de l’Océanium.
Les contestataires reprochent toutefois à Haïdar El Ali d’avoir organisé, parallèlement, une autre assemblée générale à Dakar, en présence d’un nombre limité de participants, avant d’obtenir un récépissé administratif délivré par les autorités. Une procédure que les douze membres du comité directeur jugent contraire aux règles de fonctionnement de l’association. Ils estiment que les consultations obligatoires entre les membres du comité n’ont pas été respectées et réfutent les déclarations évoquant leur exclusion de l’organisation, rappelant qu’aucune disposition statutaire ne permet une telle mesure sans procédure disciplinaire régulière.
Au-delà du contentieux institutionnel, les dirigeants du bureau élu dénoncent des problèmes de gouvernance plus profonds. Tout en reconnaissant le rôle historique joué par Haïdar El Ali dans la sensibilisation au reboisement de la mangrove au début des années 2000, ils considèrent que les méthodes de gestion doivent désormais répondre aux exigences actuelles, notamment en matière de transparence, de suivi scientifique des plantations et de gestion des projets liés au marché du carbone.
Ils accusent également l’ancien président de confondre l’association avec une structure personnelle et de ne pas avoir suffisamment pris en compte la situation sociale de certains collaborateurs historiques. À titre d’exemple, ils évoquent le cas d’Albert Seydi, engagé dans les campagnes de reboisement depuis 2006 et aujourd’hui âgé de plus de 75 ans, qui ne bénéficierait d’aucune couverture de retraite.
Ibrahima El Ali a également tenu à rappeler que l’Océanium n’a pas été fondé par Haïdar El Ali, mais par le biologiste Jean-Michel Kornprobst en 1984. Selon lui, les résultats obtenus en Casamance sont avant tout le fruit de l’engagement durable des populations locales, des chefs de projet et des communautés impliquées dans les campagnes de restauration de la mangrove.
De son côté, Albert Seydi est revenu sur l’historique des opérations de reboisement, affirmant que les premiers travaux avaient débuté dès 2006. Il s’est dit profondément affecté par cette crise, estimant que les populations locales, principales bénéficiaires des actions de l’association, sont aujourd’hui les premières victimes de ce conflit.
Face à cette situation, les responsables du bureau élu annoncent avoir saisi les autorités administratives et la justice sénégalaise afin qu’elles examinent la légalité des deux assemblées générales organisées par les camps de Haïdar El Ali et d’Ibrahima El Ali. Ils disent faire confiance aux institutions du pays pour établir les responsabilités et permettre à l’association de retrouver un fonctionnement conforme à ses statuts, dans l’intérêt des communautés engagées depuis plusieurs décennies dans la préservation de la mangrove en Casamance.
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