Au Sénégal, le poids démographique de la jeunesse contraste fortement avec sa faible présence dans les espaces de décision politique. Alors que l’âge médian de la population est de 19 ans et que 75 % des Sénégalais ont moins de 35 ans, les jeunes restent largement sous-représentés dans les institutions publiques.
Selon une étude publiée par Polaris Asso à la veille de la Journée internationale de la jeunesse, les moins de 35 ans ne représentent que 6 % des conseillers municipaux à l’échelle nationale. À l’Assemblée nationale, le constat est encore plus frappant : seuls 7 députés sur 165 ont moins de 35 ans, soit 4,2 % des parlementaires.
Cette faible représentation ne traduit pourtant pas un désintérêt de la jeunesse pour la politique. L’étude révèle au contraire un intérêt important pour les affaires publiques. Quelque 58 % des 18-24 ans et 73 % des 25-35 ans interrogés déclarent être très intéressés par la vie politique et les enjeux de société.
Le principal obstacle semble ainsi résider dans la difficulté d’accès aux mécanismes institutionnels de participation. Au cours des douze derniers mois, près de 57 % des personnes interrogées n’ont jamais été en contact avec un conseiller municipal. La situation est similaire concernant les Conseils communaux de la jeunesse : près de 66 % des répondants déclarent n’avoir eu aucun échange avec ces structures.
Les recherches menées par Polaris Asso, en partenariat avec le Laboratoire d’analyse des sociétés et pouvoirs / Afrique-Diasporas (LASPAD) de l’Université Gaston Berger de Saint-Louis et la Cellule d’Appui aux Élus Locaux, mettent en évidence plusieurs facteurs qui contribuent à cette marginalisation. Le manque de formation sur les mécanismes de gouvernance locale, les difficultés d’organisation collective, la précarité liée aux études et à l’emploi ainsi que les obstacles à l’investiture des jeunes au sein des partis politiques figurent parmi les principaux freins identifiés.
La faible digitalisation de la gouvernance locale constitue également un obstacle. Elle limite l’accès d’une partie des citoyens, notamment des jeunes, à l’information publique et aux dispositifs de participation citoyenne. Pour les jeunes femmes, les difficultés sont encore plus importantes. Aux contraintes économiques et politiques s’ajoutent les pesanteurs socioculturelles, les responsabilités familiales et matrimoniales ainsi que la persistance de rapports sociaux marqués par le patriarcat.
Ces enjeux seront au cœur de la célébration de la Journée internationale de la jeunesse, prévue ce mercredi 12 août à Khombole, autour du thème « Des contextes différents, des aspirations communes ». L’événement est co-organisé avec le Bureau régional du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH-BRAO).
Commune pilote du programme « Mën Naa Ko », qui signifie « Je le peux » en wolof, aux côtés de Mékhé, Yoff, Cambérène et Thiaroye-sur-Mer, Khombole entend servir de terrain d’expérimentation pour de nouvelles formes de participation citoyenne. Le programme mise notamment sur le numérique, les arts et la culture pour renforcer le leadership des jeunes et rapprocher ces derniers des institutions locales.
Soutenu par le ministère de la Microfinance et l’Ambassade de France, le programme intervient alors que se profile la perspective des élections locales de 2027. Pour les acteurs de la société civile, cette échéance constitue une opportunité de repenser la place des jeunes dans la vie politique et institutionnelle.
Parmi les pistes avancées figurent l’ouverture d’une réflexion sur l’instauration de quotas, l’encouragement des candidatures de jeunes, l’apaisement du débat politique et la mise en place d’un dialogue permanent entre les citoyens et les institutions locales. L’objectif affiché est de faire de la jeunesse, non plus seulement une majorité démographique, mais un véritable acteur de la décision publique et de la démocratie locale.
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