L’État du Sénégal s’est fixé un objectif ambitieux mais nécessaire : porter la part de l’Enseignement Technique et de la Formation Professionnelle (EPT) à 30% des effectifs du secondaire à l’horizon 2030, dans le cadre du PAQUET-EF.
Cet objectif est juste. Il est la condition pour arrimer notre système éducatif aux besoins du Plan Sénégal 2050/ Agenda National de Transformation. Mais devant la rareté des ressources publiques et la saturation des établissements actuels, il serait illusoire de vouloir l’atteindre uniquement par des investissements lourds et déconnectés de l’existant.
Je propose 6 leviers réalistes, fondés sur la mutualisation, la mixité et la mobilisation de tous les acteurs.
1. Transformer les CEM en Collèges d’Enseignement Général, Technique et Professionnel – CEGTP.
Le goulot d’étranglement commence au collège. Nous avons trop peu d’établissements moyens dédiés à l’EPT.
La solution serait de transformer progressivement tous les CEM en collèges mixtes. Mutualiser le foncier, les infrastructures, les équipements et les ressources humaines. Chaque établissement disposant d’une assiette foncière considérable pourrait abriter des ateliers pédagogiques dans des domaines tels que l’électricité/electronique ; le digital ; les métiers du bois et du métal ; les métiers de la mode et de l’esthétique ; les métiers relatifs à l’argriculture et à la transformation etc.
Chaque cohorte bénéficiera d’un tronc commun généraliste en 6ᵉ et 5ᵉ. À partir de la 4ᵉ, les élèves seront répartis dans deux filières à part égale : 50% pour l’enseignement général, 50% en EPT.
Pour une meilleure gestion de la réforme, il faudrait démarrer par 2 collèges pilotes par département. Il est alors possible deux progresser à un rythme de deux à trois collèges par département jusqu’à atteindre le seuil de 1000 collèges mixtes à travers le pays. C’est, il me semble, le seul moyen d’orienter massivement et précocement vers les filières techniques sans être de construire de nouveaux établissements et sans obligation immédiate de recrutement d’un personnel de gestion des établissements.
2. Transformer tous les lycées du Sénégal en Lycées Mixtes d’Enseignement Général, Technique et Professionnel.
À l’image du lycée Seydina Limamoulaye de Guediawaye, tous les lycées doivent évoluer vers la mixité avec l’objectif d’atteindre à l’entrée (classe de seconde) au moins 40% des effectifs, avec 25% en enseignement technique et 15% en formation professionnelle.
Cette cohabitation va casser la hiérarchie entre « général » et « technique » et donner une vraie visibilité aux filières professionnelles.
3. Consolider la mutualisation des services déconcentrés et renforcer l’encadrement.
La mutualisation des IA et des IEF est réel . Il faut, cependant aller plus loin. Chaque IA et chaque IEF doit se doter d’une Cellule EPT dédiée et bénéficier d’une densification des inspecteurs de spécialité en EPT. Sans pilotage technique de proximité, en effet, aucune réforme ne pourra réussir.
4. Libérer l’énergie du secteur privé de l’EPT
L’État ne pourra pas tout financer. Il faut promouvoir les établissements privés d’EPT avec 2 dispositifs concrets :
• Un dispositif d’appui aux financements bancaires pour les promoteurs, en négociant par exemple des lignes de crédit bonifiées par des structures comme le FONGIP.
• Un dispositif fiscal incitatif couvrant les investissements en infrastructures et équipements pédagogiques des écoles privées d’EPT.
Ces dispositifs permettent d’atteindre plus rapidement l’objectif de 30% des effectifs en EPT, sans forcément engager le budget de l’Etat.
5. Lancer un recrutement massif d’enseignants d’EPT qui peuvent être pris en charges par les structures de formation des formateurs (ENSEPT) ainsi que par la coopération avec des pays de référence en EPT (Suisse, Belgique, Maroc etc.).
Le Sénégal manque cruellement de formateurs pour les niveaux CAP, BT et BTS.
6. Fusionner les deux ministères sous une gouvernance unique :
Je plaide pour la fusion du ministère en charge de l’Éducation Nationale et du ministère de l’Enseignement Technique et de la Formation Professionnelle. Cette réforme est très peu populaire au sein de la communauté de l’enseignement technique et professionnel mais tout de même bénéfique pour le sous-secteur.
Au sein d’un seul Ministère de l’Éducation et de la Formation, deux Directions Générales fortes co-piloteraient chaque sous-secteur en ayant autorité sur les structures déconcentrées disposant de gestionnaires communs.
Disperser les ressources dans deux ministères séparés est en effet peu pertinent au moment où le secteur a besoin de plus de moyens financiers, techniques et humains. La mutualisation budgétaire permettrait d’équiper les futurs CEGTP et lycées mixtes en ateliers et laboratoires.
Atteindre 30% d’EPT ne passera pas par des investissements irréalisables. Cela passera par des choix politiques courageux : la mixité pédagogique, la mutualisation et la mobilisation du privé.
C’est le chemin le plus réaliste pour orienter davantage d’enfants vers les filières techniques et professionnalisantes et faire de l’EPT un véritable levier de compétitivité pour le Sénégal.
Ministère de l’Emploi et de la Formation professionnelle
Ministère de l’Education nationale du Sénégal
La contribution de Aliou Sall ex maire de Guediawaye







