La tension monte à l’Hôpital de la Paix de Ziguinchor. Face à ce qu’il qualifie d’absence de réponses concrètes de la direction et des autorités sanitaires, l’Inter-syndical de l’établissement, regroupant le Syndicat autonome des médecins, pharmaciens et chirurgiens-dentistes du Sénégal (SAMES), le Syndicat national des travailleurs de la santé (SNTS) et le Syndicat unique des travailleurs de la santé et de l’action sociale (SUTSAS), annonce le renforcement de son mouvement de protestation.
Dans un communiqué, le Dr Ousmane Diba, secrétaire général du SAMES, section Hôpital de la Paix, et coordonnateur de l’Inter-syndical, fait état d’une situation jugée préoccupante au sein de l’établissement hospitalier de référence de la Casamance.
Selon les syndicats, une rencontre avec la direction, tenue à la suite d’une convocation de l’Inspecteur du travail et de la sécurité sociale, n’a pas permis d’aboutir à des solutions concrètes. L’Inter-syndical estime que la direction s’est limitée à des engagements conditionnels sur les points relevant de sa responsabilité.
« Un hôpital ne peut pas vivre de promesses », martèlent les travailleurs, qui disent désormais vouloir mettre fin à ce qu’ils qualifient d’« attentisme ».
Au cœur de leurs préoccupations figurent notamment les pannes persistantes de plusieurs équipements essentiels au diagnostic, les ruptures récurrentes de réactifs et d’examens biologiques indispensables, ainsi que la situation de l’IRM destinée à la Casamance. Les syndicats dénoncent le fait que cet équipement, attendu depuis longtemps, ne soit toujours pas effectivement opérationnel.
L’Inter-syndical réclame également la remise en service d’autres équipements d’aide au diagnostic, notamment la radio numérique télécommandée, nécessaire à la réalisation de certains examens spéciaux, ainsi que la radio panoramique dentaire.
Sur la question de l’IRM, les syndicats se veulent particulièrement fermes. Ils exigent une décision claire, une échéance précise et surtout une mise en service effective de l’équipement. Pour eux, aucune levée du mot d’ordre ne pourra être envisagée sur la base de simples promesses.
Au-delà des équipements médicaux, l’Inter-syndical met en avant plusieurs autres urgences. Il réclame notamment l’installation d’un incinérateur pour assurer une gestion appropriée des déchets biomédicaux, ainsi que la réhabilitation de l’Hôpital de la Paix, dont plusieurs infrastructures seraient fortement dégradées. Les syndicats citent notamment la toiture, les plafonds, la voirie interne et le réseau de canalisation.
Ils demandent également au ministère de la Santé et de l’Hygiène publique de respecter son engagement relatif à la réhabilitation de l’établissement.
La modernisation de l’hôpital constitue un autre point majeur des revendications. L’Inter-syndical réclame une subvention d’investissement jugée à la hauteur des besoins de l’établissement, considérant que sa modernisation constitue un enjeu de santé publique pour l’ensemble de la Casamance et de la sous-région.
La situation financière de l’Hôpital de la Paix préoccupe également les travailleurs. Ils demandent une subvention spéciale destinée à l’apurement progressif de la dette de l’établissement, mais aussi une réévaluation complète et transparente de celle-ci ainsi que la mise en place d’un véritable plan de résorption.
Sur le terrain de la gouvernance, les syndicats réclament davantage de transparence dans la gestion des ressources financières, matérielles et humaines. Ils demandent notamment l’élection des délégués du personnel et du représentant du personnel, la mise en fonctionnement de la commission technique de l’établissement et la mise en place d’un auditeur interne chargé d’assurer un contrôle régulier de la gestion financière et opérationnelle.
Au total, l’Inter-syndical porte 20 revendications concernant notamment les équipements, les examens biologiques, les droits financiers des travailleurs, les cotisations sociales, les effectifs, l’hygiène et la sécurité, la gouvernance, les infrastructures, la modernisation et la dette de l’établissement.
Les syndicats assurent ne réclamer « ni privilèges, ni faveurs », mais les conditions nécessaires au bon fonctionnement de l’hôpital et à la prise en charge correcte des patients.
Face à l’absence de réponses jugées satisfaisantes, l’Inter-syndical annonce un deuxième plan d’action pour le mois de septembre 2026. Une grève générale est prévue les jeudi 3 et vendredi 4 septembre, suivie d’une évaluation en inter-syndical le lundi 7 septembre. Le mouvement se poursuivra avec une nouvelle grève générale les mardi 8 et mercredi 9 septembre, puis une évaluation le jeudi 10 septembre.
D’autres journées de grève sont annoncées les lundi 14 et mardi 15 septembre, avec une évaluation prévue le mercredi 16 septembre. Les travailleurs observeront ensuite une nouvelle grève générale les mercredi 23 et jeudi 24 septembre.
Le mercredi 30 septembre, un sit-in est prévu de 10 heures à 12 heures. Cette journée sera également consacrée à une évaluation avec la base. En l’absence de satisfaction, l’Inter-syndical annonce l’adoption d’un troisième plan d’action.
Les syndicats précisent que ces mouvements seront conduits dans le strict respect des urgences et du service minimum.
Tout en affichant leur détermination, les responsables syndicaux affirment que leur combat ne vise pas à paralyser durablement l’Hôpital de la Paix. « Notre détermination n’est pas dirigée contre l’hôpital, elle est pour l’hôpital », soulignent-ils, estimant que leur objectif est précisément de permettre à l’établissement de fonctionner dans de meilleures conditions.
L’Inter-syndical appelle ainsi les autorités compétentes à prendre la mesure de la situation et à engager rapidement des discussions susceptibles de déboucher sur des décisions concrètes et vérifiables.
Pour les travailleurs, le principe est désormais clair : le dialogue doit déboucher sur des décisions, les décisions sur des actes et les actes sur des résultats. « La santé n’attend pas », rappellent-ils, estimant qu’un patient ne peut être contraint d’attendre qu’une promesse se transforme en décision.
Emedia






