
À Djibélor, dans la région de Ziguinchor, l’Institut sénégalais de recherches agricoles (ISRA) poursuit ses activités de sélection variétale et de production de semences de riz adaptées aux conditions agroécologiques de la Casamance. Dans le cadre du partenariat avec le Programme de compétitivité de l’Agriculture et de l’Élevage (PCAE), une visite de terrain a permis de découvrir les différentes étapes de production des semences, des générations G1 aux G3.
« Nous sommes dans les parcelles de production de semences G1, c’est-à-dire que nous faisons de la sélection conservatrice », explique Jannot Diatta, spécialiste de la sélection variétale au Centre de recherches agricoles (CRA) de Djibélor. Selon lui, les activités menées concernent la conservation, le maintien et la production des premiers niveaux de semences, appelées semences de pré-base.
Dans ce processus, les générations G1, G2 et G3 correspondent à différents niveaux de multiplication des semences. Les G1 sont produites sur de petites parcelles, généralement de 100 m². Les superficies augmentent ensuite pour les G2, pouvant atteindre 1 250 m², tandis que les G3 peuvent couvrir jusqu’à cinq hectares par variété et par campagne.
La particularité du site de Djibélor réside dans son orientation vers la riziculture pluviale stricte. Contrairement aux stations de la vallée du fleuve Sénégal, notamment à Saint-Louis, où la riziculture repose principalement sur l’irrigation, les activités conduites à Djibélor dépendent essentiellement des précipitations.
« Ici, nous travaillons dans les conditions de pluvial strict. C’est la particularité de ce centre de Djibélor », souligne Jannot Diatta.
Pour cette campagne, les équipes se sont employées à installer rapidement les parcelles afin de tenir compte du calendrier pluviométrique. Le démarrage des travaux remontant à deux semaines, l’objectif était d’achever la mise en place des parcelles au plus tard au début du mois de septembre. Une précaution nécessaire pour permettre aux différentes variétés, qu’elles soient à cycle court ou à cycle long, d’achever normalement leur cycle.
Pour le moment, les conditions pluviométriques sont jugées satisfaisantes. « Nous ne sommes pas déficitaires pour le moment. Nous sommes dans la normale en matière de pluviométrie », indique le chercheur, en se référant aux dernières données météorologiques disponibles.
Le choix des variétés constitue également un enjeu important pour les producteurs. Parmi les variétés à cycle court, l’IS27, l’IS26 ainsi que les NERICA 6, NERICA 4, NERICA 8 et NERICA 14 sont citées. Les variétés à cycle long sont notamment représentées par la WAR 1, la ROC 5 et la WAR 77, davantage adaptées aux conditions de la riziculture de mangrove.
Face à la variabilité de la pluviométrie, les chercheurs recommandent aujourd’hui davantage l’utilisation des variétés à cycle court. Mais cette recommandation se heurte parfois aux habitudes des producteurs casamançais. Beaucoup privilégient encore les variétés à cycle long, dont la maturité intervient plus tard dans la saison.
Cette préférence est notamment liée à la pression des oiseaux granivores. Avec une variété à cycle court, le riz peut arriver rapidement à maturité, obligeant les producteurs à assurer une surveillance accrue des parcelles. Les variétés à cycle long permettent, elles, de faire coïncider davantage les périodes de maturité, généralement vers novembre-décembre, ce qui facilite la gestion de cette contrainte.
Sur le site de Djibélor, les activités de production concernent également les générations G2 et G3. Siméon Bassène, responsable de la production de semences au centre, présente une station de 25 hectares dédiée à la fois aux expérimentations et à la production de semences de pré-base.
« Nous avons ici six variétés pour les niveaux G2 et G3 », précise-t-il. Il cite notamment la BG 90, la WAR 77 et la ROC 5, cultivées chacune sur un hectare, ainsi que la Tox et la WAR 1, sur des superficies de trois quarts d’hectare.
Le repiquage étant terminé, les équipes procèdent actuellement au remplacement des plants ayant subi des mortalités. Les jeunes plants, âgés d’une quinzaine de jours au maximum, sont encore au stade de reprise et n’ont pas commencé leur tallage. Quelques pertes sont toutefois observées, notamment en raison d’intrusions salines.
Pour lutter contre la salinité, plusieurs solutions sont mises en œuvre. « Nous avons les moyens physiques, comme l’érection des barrages hydro-agricoles anti-sel », explique Siméon Bassène. À cela s’ajoutent les amendements calciques, notamment le Tyracalco, ainsi que le phosphogypse et les amendements organiques à base de feuilles de manguier.
Le contrôle de la lame d’eau constitue également un moyen de repousser le sel au-delà de la zone racinaire. « Il faut que les plantes grandissent un peu pour qu’on inonde la parcelle. C’est ce qui va constituer une pression qui va repousser le sel au-delà des racines », détaille le responsable.
Le choix variétal complète ce dispositif. Dans les zones exposées à la salinité, toutes les variétés ne peuvent pas être utilisées. La ROC 5, la WAR 1 et la WAR 77 sont ainsi privilégiées en raison de leur tolérance à la salinité. Les engrais chimiques sont également utilisés, mais « de façon raisonnée », précise Siméon Bassène.
La station fonctionne par ailleurs en lien avec des producteurs et des organisations paysannes de plusieurs zones de la Casamance. Les producteurs intervenant directement sur le site proviennent principalement de Djibélor et des quartiers périphériques de Ziguinchor. Les coopératives partenaires sont notamment implantées dans les départements de Bignona, Sédhiou et Kolda.
La répartition des superficies répond aux besoins exprimés avant chaque campagne. Un gestionnaire est chargé du patrimoine foncier, du matériel agricole et du matériel roulant. Chaque chercheur formule ses besoins en superficies et le gestionnaire procède ensuite à leur répartition en fonction des demandes.
Sur le terrain, le travail repose aussi largement sur la main-d’œuvre locale. Adèle Diatta, employée par l’ISRA, intervient sur les différentes opérations culturales depuis environ six ans. Elle raconte un travail qui commence dès la préparation des parcelles et se poursuit jusqu’à la récolte.
« Nous faisons le semis direct du riz. Après, nous venons répandre ceci, enlever les mauvaises herbes. Quand nous avons fini, nous repiquons », explique-t-elle. Pendant la croissance du riz, les ouvrières reviennent régulièrement pour le désherbage avant de revenir au moment de la récolte.
Cette année, son activité a commencé dès le mois de mars avec la préparation des parcelles et l’utilisation de feuilles de manguier comme matière organique destinée à améliorer le sol. Les équipes ont ensuite participé à la préparation des pépinières, au semis direct et au repiquage.
Les journées de travail commencent généralement à 8 heures et s’achèvent à 14 heures. Mais les conditions de travail restent éprouvantes. Adèle Diatta évoque notamment les difficultés liées à l’utilisation des machines. Même après le passage des engins agricoles, les ouvrières doivent parfois intervenir manuellement pour enlever les mauvaises herbes et préparer les parcelles au repiquage.
« Le fait de rester courbée aussi, se baisser et se relever tout le temps, c’est très dur », témoigne-t-elle.
Employée par l’ISRA, elle précise que sa rémunération n’est pas fixe et dépend du pointage effectué pendant la campagne.
À travers ces activités, Djibélor apparaît ainsi comme un maillon important du dispositif de recherche et de production semencière de l’ISRA en Casamance. La production de semences de pré-base, la sélection de variétés adaptées au climat et à la salinité, ainsi que l’accompagnement des producteurs constituent autant de leviers pour renforcer la riziculture dans une région où la maîtrise de l’eau et l’adaptation à la variabilité climatique demeurent des enjeux majeurs.
Le partenariat avec le PCAE contribue au financement de ces activités de production de semences dans plusieurs stations de l’ISRA. Entre Djibélor et Séfa, près de 20 hectares sont ainsi consacrés à ces opérations, renforçant le dispositif destiné à mettre à la disposition des producteurs des semences de qualité, adaptées aux différentes conditions de production.

Emedia








