
Face à la dégradation accélérée des ressources naturelles, un nouveau projet entend faire de l’agroécologie un véritable outil de résilience en Casamance et en Guinée-Bissau. Lancée mardi 8 septembre à Ziguinchor, l’initiative « Construire des ponts verts » ambitionne de restaurer les écosystèmes, renforcer les capacités des communautés rurales et favoriser les échanges économiques entre les deux pays.
La salinisation des terres, la baisse de la fertilité des sols et le recul de la biodiversité constituent aujourd’hui des menaces croissantes pour les activités agricoles et les moyens de subsistance des populations. En Casamance comme en Guinée-Bissau, cette pression sur les ressources naturelles fragilise les équilibres environnementaux et économiques des territoires ruraux.
C’est dans ce contexte que le projet « Construire des ponts verts » a été lancé. Portée par un consortium composé d’Enda Tiers Monde, d’Usoforal à Ziguinchor et de Kafo en Guinée-Bissau, l’initiative sera mise en œuvre au Sénégal dans les communes de Kataba 1, Kafountine, Niamone et Oulampane, ainsi qu’à Oyo et dans d’autres collectivités bissau-guinéennes.
Pour Jean-Michel Wally Sène, secrétaire exécutif d’Enda Tiers Monde et membre du consortium, le projet répond à une situation devenue préoccupante. « Nos ressources naturelles subissent une forte pression qui entraîne la salinisation des terres, la baisse de leur fertilité et un recul préoccupant de la biodiversité », a-t-il expliqué, soulignant également la faiblesse des mécanismes de gouvernance au niveau local et entre les communautés.
L’objectif est désormais de renforcer la coordination entre les initiatives existantes et d’intervenir directement auprès des populations. « Construire des ponts verts est une nouvelle dynamique que nous voulons porter dans la synergie et la complémentarité avec les projets déjà présents en Casamance et en Guinée-Bissau », a indiqué Jean-Michel Wally Sène. Cette coopération devrait également contribuer au renforcement des relations économiques entre le Sénégal et la Guinée-Bissau.
Au cœur du projet figure la promotion de pratiques agroécologiques susceptibles de restaurer les sols tout en améliorant durablement les conditions de vie des populations. Les promoteurs veulent notamment agir sur l’ensemble de la chaîne agricole, de la production de semences paysannes à la transformation et à la valorisation des produits, avec un accent particulier sur la modernisation des équipements.
Dans les départements d’Oussouye, de Bignona et de Ziguinchor, où la dégradation de la biodiversité est jugée particulièrement avancée, l’initiative prévoit également de renforcer les mécanismes de gouvernance locale et d’accompagner les communautés dans une gestion plus durable de leurs ressources.
Les collectivités territoriales ciblées voient dans ce projet une opportunité de répondre à des défis auxquels elles sont confrontées depuis plusieurs années. Pour Sagar Coly, maire de la commune de Oulampane, l’initiative peut apporter des réponses concrètes aux besoins des populations en matière de protection et de gestion durable des ressources naturelles. L’élu insiste notamment sur la nécessité de renforcer la sensibilisation et l’accompagnement des communautés afin de préserver ce patrimoine.
Les femmes et les jeunes constituent également des bénéficiaires prioritaires du projet. Yaye Ami Konté, présidente de la fédération des femmes de la commune de Niamone, estime que cette initiative pourrait permettre de renforcer les capacités des femmes, d’améliorer leurs revenus et de mieux valoriser leurs activités économiques. Les jeunes devraient eux aussi bénéficier de cet accompagnement afin de développer davantage leurs initiatives dans les secteurs liés à l’agriculture et à la valorisation des ressources locales.
À travers « Construire des ponts verts », les acteurs du projet veulent ainsi créer une dynamique transfrontalière autour d’un même objectif : préserver les ressources naturelles tout en renforçant l’autonomie économique des communautés. Entre restauration des terres, développement de l’agroécologie et coopération entre le Sénégal et la Guinée-Bissau, le pari consiste à construire dès aujourd’hui les bases d’une agriculture plus résiliente et d’un développement durable pour les générations futures.
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