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Sénégal : plongée dans le casse-tête d’une dette de 44 milliards de dollars

2 heures ago
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Sénégal : plongée dans le casse-tête d’une dette de 44 milliards de dollars
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Le Sénégal fait face à un défi majeur : convaincre le Fonds monétaire international (FMI) que sa dette publique peut être placée sur une trajectoire soutenable afin de pouvoir accéder à de nouveaux financements. Mais l’équation s’annonce complexe, tant l’ampleur et la composition de la dette rendent difficile toute solution rapide.

Selon une analyse publiée par Reuters le 29 septembre 2026, la dette de l’administration centrale sénégalaise atteignait 25 200 milliards de francs CFA, soit environ 44 milliards de dollars, à la fin de 2025. En incluant les entreprises publiques et les engagements garantis par l’État, le ratio de dette rapporté au produit intérieur brut (PIB) avait atteint environ 130 % après la révélation, en 2024, de niveaux d’endettement précédemment sous-déclarés.

Le gouvernement sénégalais souhaite parvenir à un traitement de la dette dans les prochains mois. Les autorités évitent toutefois de parler ouvertement de « restructuration », un terme politiquement sensible. Le président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko, a notamment déclaré qu’un défaut de paiement serait une « honte ».

Parmi les options envisageables figurent un allongement des maturités ou une réduction des taux d’intérêt. Mais compte tenu du poids de la dette, il pourrait être difficile d’éviter que certains investisseurs ne subissent des pertes, sous la forme notamment de décotes sur leurs créances.

Le Sénégal doit également faire face à d’importants arriérés. Ceux-ci s’élevaient à 1 956 milliards de francs CFA, soit environ 3,42 milliards de dollars, en mars 2025. Un audit doit encore permettre d’en établir le montant définitif. Le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo a déjà averti que ces arriérés pesaient sur l’activité économique.

La situation budgétaire reste par ailleurs sous tension. Le gouvernement a récemment relevé sa prévision de déficit pour 2026 à 7,6 % du PIB, soit près de deux points de plus que prévu auparavant. Cette dégradation s’explique notamment par l’augmentation des subventions à l’énergie, qui ont plus que triplé, la hausse du coût du service de la dette et la diminution des recettes publiques.

Dans ce contexte, le Sénégal doit convaincre le FMI de la soutenabilité de sa dette. L’institution prend en compte plusieurs paramètres, parmi lesquels le coût du service de la dette, les recettes de l’État, les besoins de financement et le niveau de l’endettement par rapport à la taille de l’économie. Les modifications envisagées du cadre d’analyse de la soutenabilité de la dette du FMI sont également suivies de près par les investisseurs.

Sur le plan des créanciers bilatéraux, la France et la Chine occupent une place centrale. Elles sont les principaux créanciers bilatéraux du Sénégal et pourraient être appelées à jouer un rôle important dans d’éventuelles discussions avec les pays membres du Club de Paris, même si aucune annonce officielle n’a encore été faite.

La question de la Chine constitue l’un des points sensibles des négociations. Son rôle important dans le financement de plusieurs pays africains a déjà été au cœur de discussions complexes lors des restructurations de la dette de l’Éthiopie et de la Zambie. Le principe de « comparabilité de traitement » pourrait ainsi devenir déterminant pour fixer le niveau d’effort demandé aux différents créanciers.

Une autre question concerne le statut de certains prêteurs régionaux, notamment la Banque ouest-africaine de développement (BOAD), Afreximbank et Africa Finance Corporation (AFC). Le débat porte notamment sur la question de savoir s’ils devraient être protégés contre d’éventuelles pertes ou participer, eux aussi, à l’effort de traitement de la dette.

Tous les créanciers ne devraient toutefois pas être exposés de la même manière. Le FMI, la Banque mondiale et certains autres prêteurs multilatéraux bénéficient généralement d’un traitement privilégié dans les restructurations souveraines. Certaines facilités de crédit à court terme liées aux exportations sont également susceptibles d’être protégées.

En 2024, les créanciers multilatéraux représentaient environ 40 % de la dette extérieure du Sénégal, tandis que les crédits à l’exportation représentaient environ 9 %. Une éventuelle réduction de dette pourrait donc principalement concerner une partie des créanciers restants, notamment les détenteurs d’obligations internationales.

La dette libellée en francs CFA constitue un autre élément majeur du dossier. Dakar a indiqué que les obligations détenues par les investisseurs particuliers ainsi que la dette contractée sur le marché régional ne feraient pas partie du traitement envisagé. Or, ces engagements représentaient environ 30 % de la dette de l’administration centrale à la fin de 2024.

Depuis la suspension du soutien du FMI et la réduction de l’accès aux marchés internationaux consécutives aux révélations sur les chiffres de la dette, le Sénégal a fortement augmenté ses emprunts sur le marché régional. Les émissions régionales ont plus que doublé pour atteindre 2 200 milliards de francs CFA l’année dernière et avaient déjà atteint 2 000 milliards de francs CFA à la fin du mois d’août.

Cette évolution est particulièrement importante puisque la dette régionale représente désormais près de 58 % du coût du service de la dette prévu dans le budget révisé pour 2026. Si cette dette reste exclue du traitement, une part plus importante de l’effort pourrait mécaniquement être demandée aux créanciers extérieurs.

L’agence de notation S&P a d’ailleurs souligné que l’importance de la dette intérieure sénégalaise pourrait conduire à l’intégration des obligations en monnaie locale dans un éventuel traitement plus large de la dette.

Le dossier est encore compliqué par le recours du Sénégal aux total return swaps (TRS), des instruments financiers dérivés adossés à des obligations d’État en monnaie locale. À la fin de 2025, ces opérations avaient permis au pays de mobiliser environ 1,26 milliard de dollars de financement net.

Le FMI a exprimé des préoccupations concernant le manque de transparence associé à ces instruments. Des experts s’interrogent également sur leur impact potentiel sur le rang de priorité des différents créanciers en cas de restructuration.

Le FMI considère les TRS sénégalais comme faisant partie de la dette extérieure, mais laisse au gouvernement et à ses créanciers le soin de déterminer leur traitement dans le cadre d’un éventuel accord sur la dette. Ces instruments restent par ailleurs largement inédits dans les restructurations souveraines. Fitch estime que le cadre commun de traitement de la dette n’est pas encore suffisamment adapté à leur prise en compte.

Certains investisseurs estiment que Dakar pourrait chercher à dénouer ces opérations avant un éventuel traitement de la dette. Mais avec 1,26 milliard de dollars de financement obtenu par cette voie, les TRS représentent une composante non négligeable de l’endettement du pays.

Pour le Sénégal, l’enjeu dépasse donc la seule réduction des dépenses publiques. Il s’agit de trouver un équilibre entre les exigences du FMI, les intérêts des différents créanciers, la préservation du financement régional et la nécessité de rétablir la confiance des investisseurs, alors que le pays cherche à stabiliser ses finances publiques.

Source : Reuters, Libby George, 29 septembre 2026.

Tags: dette du Sénégal
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