Au cimetière musulman de Yoff, sous une pluie battante, la terre de Dakar a accueilli la dépouille de Cheikh Hamidou Kane, grande figure de la littérature sénégalaise, homme d’État, ancien gouverneur de Thiès, ministre sous Senghor et Abdou Diouf, ancien haut fonctionnaire international, mais surtout homme de valeurs, de devoir et de fidélité.
Ce jour-là, le ciel lui-même semblait prendre part à notre peine. La pluie tombait sans discontinuer. Le tonnerre grondait. Les larmes coulaient.
Et quelque part, dans cette atmosphère lourde de tristesse, résonnait le souvenir de Samba Diallo, ce personnage immortel de L’Aventure Ambiguë qui avait fait entrer son « créateur » dans le patrimoine universel de la littérature. Samba Diallo est parti. Mais les grands hommes ne disparaissent jamais tout à fait. Car il est des hommes qui ne meurent jamais, parce que leur œuvre vit et vivra dans les temps.
Cheikh Hamidou Kane était de ces hommes qui n’avaient pas besoin de rechercher les honneurs pour être honorés. Sa grandeur résidait dans sa simplicité, son humilité, sa discrétion et cette élégance morale qui caractérisait chacun de ses actes.
Il était le grand patriarche, le gardien du temple, celui qui veillait sur la mémoire, les valeurs et les liens qui unissent une famille.
Il était à l’image de l’homme qu’il fut : présent dans les moments qui comptent, fidèle aux siens et attaché aux traditions qui donnent un sens à la famille.
Ce dimanche 4 octobre, en regardant sa dépouille rejoindre la terre, une pensée me revint : certains hommes quittent ce monde, mais ils ne quittent jamais véritablement les vivants. En effet, il y a les hommes qui vivent une vie ordinaire et ceux dont l’existence devient une partie de la mémoire collective.
Cheikh Hamidou Kane appartient désormais à cette seconde catégorie. Son œuvre immense a franchi les frontières, traversé les générations et donné à la littérature sénégalaise une voix qui continuera de résonner longtemps après lui. Ses réflexions continueront d’interroger les générations futures. Son nom continuera d’être prononcé avec respect et son œuvre continuera de vivre.
Le corps retourne à la terre, mais la pensée demeure. L’homme disparaît, mais son œuvre lui survit. La voix s’éteint, mais le message continue de parler.
Le gardien du temple a donc remis les clés. Il est parti rejoindre son Seigneur, répondant à l’appel de l’Ange de la Mort. Pour le croyant, la mort n’est pas l’anéantissement. Elle est le commencement d’une autre vie, la vraie vie, la vie éternelle ; celle qui ne connaît ni vieillesse ni maladie, ni séparation ni fin.
Alors, en ces moments de tristesse, nous pleurons l’homme que nous avons connu, mais nous célébrons aussi l’héritage qu’il nous laisse.
Que Dieu, dans Son infinie miséricorde, accueille Cheikh Hamidou Kane auprès de Lui. Qu’Il lui pardonne ses fautes, illumine sa tombe et lui accorde le Firdaws. Qu’Il donne à sa famille, à ses proches et à tous ceux qui l’ont aimé la force de supporter cette immense perte.
Le gardien du temple s’en est allé mais le temple demeure.
Repose en paix, grand patriarche.
Cheikh Hamidou Kane
Sicap Liberté 6







