L’Afrique franchit une nouvelle étape dans sa stratégie de souveraineté énergétique. Les 18 pays membres de l’Organisation des Producteurs africains de Pétrole (APPO), en partenariat avec la Banque africaine d’import-export (Afreximbank), ont officiellement procédé à la création de la Banque africaine de l’énergie (BAE), également appelée Africa Energy Bank. La cérémonie constitutive s’est tenue le 31 octobre 2026 à Abuja, au Nigeria, où l’institution aura son siège. Dotée d’un capital autorisé de 5 milliards de dollars, cette nouvelle banque panafricaine ambitionne de mobiliser les financements nécessaires au développement du secteur énergétique sur le continent.
Cette initiative vise à répondre à l’un des principaux défis de l’industrie pétrolière et gazière africaine : le manque de financements pour valoriser les ressources naturelles du continent. La Banque africaine de l’énergie aura ainsi pour mission de soutenir des projets couvrant l’ensemble de la chaîne de valeur des hydrocarbures, depuis l’exploration et la production jusqu’au raffinage, au transport, au stockage et à la distribution.
À l’issue de l’Assemblée générale constitutive, les premiers organes de gouvernance de l’établissement ont été officiellement installés. Le ministre ivoirien des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Mamadou Sangafowa-Coulibaly, actuellement président en exercice de l’APPO, a été élu à la présidence de l’Assemblée générale de la banque pour un mandat d’un an.
La direction générale de la nouvelle institution a, quant à elle, été confiée à l’Égyptien Helmy Ghazi, qui aura la responsabilité de conduire les premières étapes opérationnelles de la banque et de contribuer à la mise en œuvre de ses orientations stratégiques.
Prenant la parole lors de la rencontre d’Abuja, Mamadou Sangafowa-Coulibaly a mis en évidence le paradoxe énergétique auquel le continent reste confronté. Selon les données présentées par le ministre ivoirien, l’Afrique importe environ 70 % des produits pétroliers qu’elle consomme, alors qu’elle exporte près de 75 % de sa production de pétrole brut.
Une situation qui illustre, selon lui, les limites du modèle énergétique actuel, marqué par une forte dépendance aux importations de produits raffinés, malgré l’abondance des ressources pétrolières africaines. « Pour une fois, nous disposons de la matière première, du marché et du savoir-faire. Il ne manquait plus que le financement », a-t-il déclaré pour souligner l’importance de cette nouvelle institution.
Le ministre ivoirien a également rendu hommage au président de la République de Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara, dont il a salué l’engagement dans les discussions ayant conduit à la concrétisation du projet. Il a notamment souligné le rôle joué par le chef de l’État ivoirien dans la confiance accordée à son pays par les autres membres de l’APPO pour conduire les négociations.
« Je salue le leadership du président Alassane Ouattara, qui nous a valu la confiance de nos pairs pour porter les discussions ayant permis de mener à terme le projet de la banque et d’en présider les premiers pas », a affirmé Mamadou Sangafowa-Coulibaly à Abuja.
Au-delà de sa dimension financière, la création de la Banque africaine de l’énergie traduit une volonté commune des pays producteurs de renforcer leur autonomie dans le financement de leurs infrastructures énergétiques. L’objectif est notamment de permettre aux États africains de disposer de ressources financières adaptées pour développer leurs capacités de production et de transformation, tout en limitant leur dépendance aux financements extérieurs.
Les ambitions de cette nouvelle institution sont d’autant plus importantes que les besoins d’investissement dans le secteur énergétique africain sont estimés à environ 200 milliards de dollars. Face à ces besoins considérables, la BAE entend jouer un rôle de catalyseur en mobilisant des capitaux auprès des investisseurs et des partenaires financiers pour accompagner les projets structurants du continent.
Parmi les priorités figurent la construction et la modernisation des raffineries, le développement des infrastructures de transport et de stockage, ainsi que l’amélioration des capacités de distribution des produits pétroliers. La banque devrait également contribuer à la mise en valeur de nouveaux gisements et à la création de conditions favorables aux échanges énergétiques entre les pays africains.
Les premières opérations de la Banque africaine de l’énergie sont attendues en janvier 2027. Cette échéance marquera le début de la phase opérationnelle d’une institution appelée à occuper une place importante dans le financement des projets pétroliers et gaziers en Afrique.
À travers cette initiative portée conjointement par l’APPO et Afreximbank, les pays producteurs entendent reprendre davantage la maîtrise du financement de leur industrie énergétique. L’enjeu est de transformer les ressources naturelles disponibles en véritables leviers de développement économique, de création de valeur ajoutée et d’intégration régionale.
Pour les États africains, la création de cette banque représente ainsi une nouvelle opportunité de réduire les importations de produits pétroliers raffinés, de développer les capacités industrielles locales et de mieux tirer profit des richesses énergétiques du continent. Reste désormais à concrétiser les ambitions affichées à Abuja en mobilisant les financements nécessaires et en accompagnant efficacement les projets annoncés.
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