La bataille politique pour le contrôle de Ziguinchor pourrait connaître un nouveau tournant. Le parti KIIRAAY, porté par le président Bassirou Diomaye Faye, entend désormais s’imposer dans ce qui était considéré comme l’un des principaux bastions d’Ousmane Sonko et de PASTEF. Son coordonnateur départemental, le professeur Ansoumana Diatta, revendique un ancrage territorial déjà solide et annonce la présentation de candidats dans les différentes communes de la région aux élections locales de 2027. Il prédit même une victoire de sa formation, qu’il présente comme une alternative fondée sur le « souverainisme pragmatique », l’unité, la paix et le développement.
KIIRAAY revendique un ancrage territorial déjà solide en Casamance
KIIRAAY entend accélérer son implantation politique dans le département de Ziguinchor. Malgré sa relative jeunesse, la formation politique lancée autour du président de la République, Bassirou Diomaye Faye, revendique une progression rapide sur le terrain. Son coordonnateur départemental, le professeur Ansoumana Diatta, assure que le parti dispose déjà d’une présence importante dans les communes et les villages de la région.
Selon lui, cette implantation repose notamment sur les structures qui avaient été mises en place dans le cadre de la coalition Diomaye Président, avant la naissance de KIIRAAY. Ces coordinations constituent aujourd’hui, explique-t-il, le socle organisationnel du nouveau parti. Il précise toutefois que leur validation formelle reste attendue, avec l’arrivée prochaine des émissaires et commissaires chargés de cette mission.
Pour le responsable politique, KIIRAAY n’est donc plus dans une simple phase de mobilisation, mais dans une dynamique d’enracinement territorial.
« PASTEF a abandonné ce bastion » : KIIRAAY affiche ses ambitions à Ziguinchor
C’est sans doute l’une des déclarations les plus offensives de cet entretien. Interrogé sur la capacité de KIIRAAY à convaincre dans une ville longtemps considérée comme un fief politique d’Ousmane Sonko, Ansoumana Diatta estime que le rapport de force est en train d’évoluer.
« Hier, c’était un bastion de PASTEF, mais un bastion abandonné par PASTEF », affirme-t-il, avant de soutenir que KIIRAAY est en train d’occuper cet espace politique.
Pour expliquer cette évolution, le coordonnateur départemental met en avant ce qu’il considère comme un décalage entre les promesses de changement formulées par PASTEF et les réalisations concrètes sur le terrain. Il évoque notamment les insuffisances en matière d’infrastructures routières, de ponts et d’équipements éducatifs, avec la persistance d’abris provisoires dans certaines localités.
Face à ce qu’il considère comme des attentes déçues, KIIRAAY entend proposer une autre démarche politique. Ansoumana Diatta parle de « souverainisme pragmatique », une approche qui, selon lui, consiste à dépasser les promesses et les discours de combat pour privilégier la transformation concrète du pays, dans le respect de l’ordre constitutionnel.
Une orientation qu’il résume autour de trois principes : l’unité, la paix et le développement.
Locales de 2027 : le parti de Diomaye annonce ses candidats et vise la victoire
La bataille pour le contrôle des collectivités territoriales constitue déjà un horizon stratégique pour KIIRAAY. Le parti compte présenter ses propres candidats dans les différentes communes de la région de Ziguinchor, y compris dans les localités où PASTEF conserve une influence politique importante.
Interrogé particulièrement sur la mairie de Ziguinchor et sur les moyens dont dispose sa formation pour affronter les autres forces politiques, le professeur Ansoumana Diatta se montre particulièrement confiant.
Il prédit une victoire de KIIRAAY, s’appuyant sur ce qu’il décrit comme une forte vague d’adhésions enregistrée ces dernières semaines. Il affirme également observer un basculement d’électeurs de PASTEF vers sa formation politique.
Une affirmation qui traduit les ambitions du nouveau parti, même si cette dynamique électorale reste à confirmer sur le terrain.
Diomaye-Sonko : une séparation que KIIRAAY juge désormais consommée
L’entretien a également été marqué par les explications du coordonnateur départemental sur la rupture politique entre le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko.
Pour Ansoumana Diatta, les deux hommes ont certes cheminé ensemble et contribué au même combat politique, mais les réalités de l’État et les aspirations de la nation ont fini par prendre le dessus sur les intérêts partisans.
Il considère que cette séparation est la conséquence d’une divergence fondamentale entre les exigences de la République et ce qu’il présente comme une logique de parti. À ses yeux, le président de la République a fait le choix de privilégier les institutions et l’ordre constitutionnel.
Face aux accusations selon lesquelles KIIRAAY serait une machine politique destinée à affaiblir Ousmane Sonko et à assurer la réélection de Bassirou Diomaye Faye en 2029, le responsable politique rejette catégoriquement cette lecture.
Il défend plutôt l’existence d’un projet politique autonome, doté de sa propre vision de l’État et du développement du Sénégal.
Sur la nature des relations avec PASTEF, Ansoumana Diatta se veut néanmoins nuancé : il considère désormais cette formation comme un adversaire politique, mais certainement pas comme un ennemi. Il estime cependant que la responsabilité de la rupture incombe à PASTEF, auquel il reproche notamment une personnalisation excessive du combat politique.
Bras de fer autour de la loi de finances rectificative : KIIRAAY accuse PASTEF de freiner l’action gouvernementale
Autre sujet majeur abordé au cours de l’entretien : les tensions autour de la loi de finances rectificative de 2026. Alors que PASTEF réclame notamment des éclaircissements sur la dette, les fonds spéciaux, les dépenses publiques et la protection du pouvoir d’achat, KIIRAAY défend la démarche du gouvernement.
Pour Ansoumana Diatta, les discussions parlementaires autour de ce texte ne devraient pas prendre la forme d’un affrontement politique. Il estime que la loi de finances rectificative répond avant tout à un impératif de rationalisation budgétaire et de continuité de l’État.
Le coordonnateur départemental de KIIRAAY reproche ainsi à certains responsables de PASTEF de ne pas avoir suffisamment compris les enjeux du texte. Il les invite à mieux s’approprier les dispositions constitutionnelles et à privilégier l’intérêt supérieur de la nation.
Il salue également le travail pédagogique du Premier ministre dans l’explication des enjeux économiques et financiers de cette loi.
Selon lui, les blocages parlementaires risquent d’avoir des conséquences sur la réalisation de certains projets prioritaires, notamment à travers le report ou la reprogrammation des dépenses prévues.
Une position qui place clairement KIIRAAY dans le camp de ceux qui défendent la continuité de l’action gouvernementale face aux réserves exprimées par une partie de la majorité parlementaire.
Fonds destinés à la Casamance : Ansoumana Diatta réclame une enquête de l’OFNAC
La question de la gestion des fonds destinés à la Casamance a également occupé une place importante dans cet entretien. Le professeur Ansoumana Diatta est revenu sur ses précédentes interpellations concernant l’utilisation de ces ressources, dans un contexte de polémique politique impliquant notamment Ousmane Sonko.
Le responsable de KIIRAAY déplore le ralentissement du développement de la région et estime que les ressources mobilisées pour accompagner la reconstruction et le développement de la Casamance doivent faire l’objet d’une clarification complète.
Il affirme que certaines infrastructures et initiatives de développement attendues dans la région connaissent des retards qu’il associe à un détournement des objectifs assignés aux fonds concernés.
Face à cette situation, il réclame davantage de transparence et de traçabilité dans leur utilisation.
Ansoumana Diatta va même plus loin en souhaitant l’intervention de l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption (OFNAC), ainsi que la mise en place d’une enquête parlementaire.
Il affirme ne pas avoir obtenu, jusqu’ici, de réponses suffisamment claires sur l’utilisation de ces ressources.
KIIRAAY veut s’imposer comme une force politique incontournable dans le Sud
Au terme de cet entretien, le coordonnateur départemental de KIIRAAY réaffirme sa détermination à poursuivre l’implantation du parti dans le département de Ziguinchor et dans l’ensemble de la région.
Pour lui, l’enjeu dépasse la seule compétition entre formations politiques. Il s’agit également de faire de la Casamance un véritable moteur du développement national.
Mais derrière cette volonté d’implantation se dessine surtout une ambition politique majeure : faire de KIIRAAY une force électorale capable de contester à PASTEF son influence historique dans le Sud du Sénégal.
Les élections locales de 2027 constitueront ainsi un premier test grandeur nature pour mesurer la réalité de cette ambition et vérifier si le basculement électoral annoncé par Ansoumana Diatta se traduira effectivement dans les urnes.
Emedia








