Ancien président du comité disciplinaire de la CAF et arbitre respecté au Tribunal arbitral du sport, Raymond Hack livre une analyse tranchée sur la controverse entourant l’application de l’article 84 du règlement de la CAN par le jury d’appel. Selon lui, la décision rendue repose sur une lecture erronée des textes, avec des conséquences lourdes pour la crédibilité du football africain.
Pour comprendre la polémique, Hack insiste d’abord sur la nécessité de revenir à la base juridique. La commission d’appel s’est appuyée sur l’article 82, qui prévoit des sanctions lorsqu’une équipe quitte le terrain sans autorisation. Mais, souligne-t-il, cette disposition ne peut être invoquée seule pour justifier une élimination. L’article 84 est explicite : il exige une violation conjointe des articles 82 et 83. Or, dans le cas étudié, le Sénégal n’a enfreint que l’article 82. La nuance entre « et » et « ou » est, selon lui, déterminante et a été ignorée.
L’expert rappelle également un principe fondamental du droit sportif : la décision de l’arbitre est finale. En s’appuyant sur le code disciplinaire de la CAF et les règles de l’IFAB, il explique que le match ne prend fin qu’au coup de sifflet final de l’arbitre. Dans cette rencontre, malgré le départ temporaire des joueurs sénégalais après un penalty accordé au Maroc, l’arbitre n’a pas mis un terme au match. Il a autorisé la reprise du jeu, le penalty a été manqué, et la rencontre s’est poursuivie jusqu’à son terme.
Autre élément clé : aucune réserve officielle n’a été formulée par l’équipe marocaine pendant le match. En l’absence de contestation formelle, les deux équipes ont accepté la poursuite du jeu jusqu’à la décision finale sur le terrain. Pour Hack, cela clôt le débat : le résultat acquis après prolongation doit être maintenu.
Il critique par ailleurs certaines décisions disciplinaires annexes, notamment la réduction des sanctions liées à l’utilisation de lasers dans le stade. Le règlement étant clair sur leur interdiction, il juge incohérent d’alléger les peines si l’infraction est avérée. De même, le comportement des ramasseurs de balle, qui ont interféré avec le jeu, aurait mérité selon lui une appréciation plus rigoureuse au regard de l’esprit du jeu.
En s’appuyant sur des précédents historiques, Hack rappelle que les juridictions sportives, y compris le Tribunal arbitral du sport, ont toujours défendu l’autorité de l’arbitre comme ultime référence. Remettre en cause ce principe ouvrirait, selon lui, la porte à une instabilité dangereuse dans l’application des règles.
Au-delà du cas précis, il déplore l’impact global de cette affaire sur l’image du football africain, qu’il qualifie de « cirque » médiatique et juridique. Pour lui, vouloir réinterpréter a posteriori ce que l’arbitre aurait dû faire affaiblit l’autorité sur le terrain et brouille les règles du jeu.
Quant à une éventuelle procédure devant le Tribunal arbitral du sport, Hack prévient qu’elle sera longue et sans urgence réelle, le match étant terminé, les récompenses attribuées et les primes versées.
Sa conclusion est sans ambiguïté : seul l’arbitre avait le pouvoir de mettre fin à la rencontre, ce qu’il a fait après les prolongations. En conséquence, le Sénégal reste légitimement champion.
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