Une cérémonie de commémoration chargée d’émotion s’est tenue vendredi au quartier Golfe, à Mbour. Les familles de nombreux jeunes disparus en mer lors de tentatives d’émigration irrégulière s’y sont retrouvées pour se souvenir, pleurer et témoigner. Larmes aux yeux, parents, veuves, orphelins et proches ont ravivé le souvenir d’une tragédie qui continue de marquer profondément la ville.
Sur une banderole déployée pour l’occasion, les photos de plusieurs jeunes disparus rappelaient l’ampleur du drame : Awa Ndoye, Lahat Faye, Fatou Samb, Waly Mbaye, Demba Diop, entre autres. Ils ne représentent qu’une infime partie des centaines de candidats à l’émigration qui ont quitté le quartier Golfe, laissant derrière eux des familles brisées et une communauté décimée.
Les organisateurs ont voulu faire de cette rencontre un moment de « commémor’action », alliant devoir de mémoire et engagement. « Nous faisons la promesse de ne pas oublier ceux qui ont été tués et nous dénonçons les frontières qui les ont tués. Nous estimons qu’il n’existe pas d’émigration irrégulière, car voyager est un droit », a déclaré Saliou Diouf, migrant de retour et président de l’association Boza Fi, engagée dans la défense des droits des migrants. Ému, il a rappelé son vécu personnel, marqué par la perte de nombreux amis et par l’inhumation de corps restés sans identification.
L’association Boza Fi a une nouvelle fois fait le déplacement au quartier Golfe dans le cadre de cette commémoration organisée simultanément dans plusieurs pays à travers le monde. Pour Aminata Boye, présidente du Coves, collectif des victimes de l’émigration au Sénégal, les causes du phénomène sont clairement identifiées. « La première cause de cette émigration est l’impossibilité pour les jeunes d’obtenir des visas, contrairement aux Européens qui viennent librement chez nous. Dans ce quartier, il est difficile de compter dix jeunes âgés de vingt ans. L’émigration a décimé la zone », a-t-elle déploré. Elle a également pointé la crise de la pêche artisanale à Mbour, affaiblie par l’essor de la pêche industrielle, qui a plongé de nombreux acteurs du secteur dans la précarité.
Rappelant l’origine de cette commémoration, Babacar Ndiaye, président de l’Association pour la solidarité des migrants et des familles démunies basée à Mbao, a indiqué que l’événement faisait mémoire à une tragédie précise. « Le 6 février 2014, quatorze jeunes migrants ont été tués au Maroc. C’est ce drame que nous commémorons aujourd’hui », a-t-il expliqué, avant de conclure : « Pour lutter durablement contre l’émigration, il est impératif de revoir notre politique de développement ».
Aboubakry Kane, Emedia Mbour








