Dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), la quasi-totalité des États membres bénéficient aujourd’hui d’un programme avec le Fonds monétaire international. Ces programmes leur permettent de stabiliser leurs finances publiques, d’accéder à des financements concessionnels et de rassurer les investisseurs.
Le Sénégal constitue actuellement une exception. Après la révélation d’un niveau d’endettement bien plus élevé que prévu, le programme en cours avec le FMI a été suspendu et de nouvelles négociations sont engagées.
Pour comprendre les enjeux, il faut d’abord examiner comment fonctionne le financement du FMI et comment les pays voisins l’utilisent pour soutenir leurs politiques économiques.
Les différents instruments de financement du FMI
Le FMI propose plusieurs instruments adaptés aux besoins des pays en développement.
Le premier est la Facilité élargie de crédit (FEC). Il s’agit d’un financement concessionnel destiné aux pays à faible revenu. Le taux d’intérêt est généralement nul et le remboursement peut s’étaler sur une dizaine d’années, avec une période de grâce de plus de cinq ans. L’objectif est de permettre aux États de mener des réformes tout en desserrant la contrainte budgétaire à court terme.
Le second instrument est le Mécanisme élargi de crédit (MEDC), qui accompagne des réformes économiques plus profondes. Les taux y sont plus proches des conditions de marché, autour de 5 à 6 %, mais le programme permet de restaurer la crédibilité macroéconomique et de faciliter l’accès aux marchés financiers.
Enfin, le FMI propose désormais le Fonds pour la résilience et la durabilité (FRD), destiné à financer la transition écologique et la résilience face aux catastrophes climatiques. Les maturités peuvent atteindre vingt ans.
Des programmes actifs dans presque toute l’UEMOA
Plusieurs pays de la région utilisent ces instruments pour stabiliser leur économie et soutenir leurs investissements.
En Côte d’Ivoire, le programme est le plus important de la zone. Il combine financement standard et financement climat pour un montant total d’environ 4,8 milliards de dollars. Une large part des ressources a déjà été décaissée afin de soutenir les infrastructures et la modernisation de l’administration fiscale. L’objectif est de maintenir une croissance élevée tout en ramenant progressivement le déficit public vers 3 % du PIB.
Le Bénin dispose également d’un programme actif d’environ 635 millions de dollars. En février 2026, une nouvelle tranche a été validée après une évaluation positive de la gestion budgétaire du pays. Les ressources servent notamment à protéger les populations vulnérables et à renforcer la résilience face aux risques climatiques.
Au Burkina Faso, malgré un contexte sécuritaire difficile, le FMI continue de soutenir les autorités. Le programme représente environ 425 millions de dollars. En février 2026, une tranche de 33 millions de dollars a été décaissée, tandis qu’une enveloppe supplémentaire de 124 millions a été approuvée pour la résilience climatique.
Le Togo, de son côté, bénéficie d’un programme d’environ 390 millions de dollars destiné à renforcer la discipline budgétaire, améliorer le climat des affaires et moderniser la gestion foncière.
Au Niger, les discussions ont repris après une période de suspension. Le programme, estimé à environ 320 millions de dollars, vise à soutenir les investissements dans l’éducation et la santé tout en maîtrisant la trajectoire de la dette.
Le Sénégal en situation d’attente
La situation du Sénégal est différente. Après l’audit des finances publiques qui a révélé un niveau de dette nettement supérieur aux estimations initiales – autour de 132 % du PIB selon certaines évaluations – le programme précédent avec le FMI a été suspendu.
Les autorités sénégalaises négocient désormais un nouveau programme pour 2026, qui devra intégrer la nouvelle trajectoire de la dette ainsi que les perspectives liées aux revenus pétroliers du champ de Sangomar.
Dans l’intervalle, le pays continue de se financer principalement sur le marché régional, dans un contexte de conditions de marché plus exigeantes.
Le Sénégal doit-il suivre l’exemple de ses voisins ?
La question est aujourd’hui au cœur du débat économique.
Dans la région, les programmes avec le FMI jouent souvent un rôle déterminant pour restaurer la confiance des marchés. Ils permettent non seulement d’obtenir des financements à taux très faibles – parfois à 0 % – mais aussi de mobiliser d’autres ressources auprès des institutions multilatérales comme la Banque mondiale ou la Banque africaine de développement.
Un programme avec le FMI agit en effet comme un signal de crédibilité macroéconomique. Les investisseurs considèrent alors que les comptes publics sont surveillés et que la trajectoire budgétaire est encadrée.
Pour un pays confronté à des besoins de financement importants, cela peut contribuer à réduire le coût de la dette et à stabiliser les anticipations des marchés.
Dans le cas du Sénégal, le débat ne se limite donc pas à la question du financement. Il concerne aussi la stratégie économique globale : comment restaurer la crédibilité financière, soutenir l’investissement et répondre aux attentes sociales dans un contexte de contrainte budgétaire élevée.
L’enjeu est de taille. Car au-delà des discussions techniques avec le FMI, c’est la capacité du pays à retrouver des marges de manœuvre budgétaires et à relancer durablement sa croissance qui est en jeu.
Pr Amath Ndiaye
FASEG-UCAD






