Je m’incline pieusement devant la mémoire de Georges Déthié Diop, tombé sur le champ de bataille de l’information.
À sa famille biologique, à ses proches, ainsi qu’à la grande famille de Futurs Médias, j’adresse mes condoléances les plus sincères.
Que son âme repose en paix.
Mais au-delà de l’émotion et du deuil, il nous faut parler de l’homme.
Georges incarnait une certaine idée du journalisme : rigueur, intégrité, fidélité à l’éthique. Une conception noble du métier, devenue rare.
Au Sénégal, les journalistes attachés à la déontologie se comptent désormais sur les doigts d’une main. Georges appartenait à cette minorité précieuse. Une génération d’hommes debout.
Pourtant, ces artisans de l’exigence ne sont pas toujours soutenus à la hauteur de leur engagement. Ils investissent sans compter, travaillent sans relâche, défendent leur groupe avec loyauté souvent au prix de leur santé et de leur vie familiale. Puis vient l’hommage. Et la page se tourne.
Des professionnels comme Georges méritent mieux qu’une reconnaissance posthume. Ils méritent un salaire versé à temps, des émoluments décents, une considération réelle. Car comment parler d’excellence quand la précarité s’installe ? Comment exiger le meilleur lorsque la dignité matérielle n’est pas garantie ?
Je me souviens de 2018. Nous coordonnions RFM Matin à la Télé avec Papa Samba Diarra, Pape Cissé et le talentueux réalisateur Ibrahima Yague. Entre la TFM aux Almadies et la RFM à la Médina, nous bâtissions chaque jour un pont éditorial.
Durant les périodes d’essai, nous étions aux studios dès minuit pour une émission qui débutait à 6 heures. Six heures d’attente, de préparation, de tension créative. C’était exigeant. C’était éprouvant. Mais c’était aussi une fierté. Une passion. L’expérience s’est renouvelée plus tard avec la coordination de la matinale sur la TFM.
Sous d’autres cieux, un tel engagement serait rémunéré à sa juste valeur. En France, les présentateurs de matinales sur les grandes radios privées (RTL, RMC, Europe 1) perçoivent entre 30 000 et 35 000 euros par mois, soit près de 20 à 23 millions de FCFA.
Chez nous, même des salaires modestes peinent à être versés régulièrement. Les arriérés s’accumulent. L’incertitude devient la norme.
Nous savons tous rendre hommage aux disparus.
Mais savons-nous honorer les vivants ?
Derrière le «malaise» dont on parle tant, il y a le stress silencieux, la fatigue accumulée, l’angoisse quotidienne. Il y a ce père de famille qui se lève à 4h30 pour informer le pays, sans être certain de pouvoir assurer le petit-déjeuner des siens.
À force de lutter dans l’ombre, l’homme s’use.
À force de tenir debout, il finit par vaciller.
Georges n’était pas seulement un journaliste.
Il était un symbole.
Et les symboles nous obligent.
Mor Talla Gaye







