Dix-huit Sénégalais derrière les barreaux. Pas pour un ballon, pas pour un match. Mais pour un verdict. Jeudi, au Tribunal de grande instance de Rabat, la justice marocaine frappe fort. Trois mois, six mois, un an de prison ferme. Des amendes. Pour des incidents survenus lors de la finale de la Coupe d’Afrique des nations 2025.
Neuf d’entre eux écopent d’un an et 5 000 dirhams d’amende. Six autres, six mois et 2 000 dirhams. Trois derniers, trois mois et 1 000 dirhams. Le parquet avait requis jusqu’à deux ans pour chacun. Les images des caméras du stade, les certificats médicaux… tout cela prouve des incidents. Mais pour la défense, il n’existe pas de preuves irréfutables. Aucun flagrant délit individualisé.
“Boucs émissaires”, crie l’avocat sénégalais. Une expression lourde de sens. Pour beaucoup, ces jeunes paient pour l’exemple. Le tournoi devait être parfait, la finale impeccable, et l’image du pays hôte, protégée à tout prix. Alors la justice frappe. Frappe fort. Mais frappe mal.
Le Sénégal est champion sur le terrain. Mais à Rabat, ses fils subissent la sanction. Ils disent leur innocence. Ils regrettent. Ils expliquent que les deux peuples sont frères. Mais leur voix se heurte au silence du verdict. La colère gronde. L’incompréhension aussi.
Un Français d’origine algérienne jugé pour avoir jeté une bouteille d’eau a lui aussi été condamné : trois mois et 1 000 dirhams d’amende. Les sanctions ne touchent pas seulement les Sénégalais. Elles frappent l’idée même d’équité.
La Confédération africaine de football avait déjà sanctionné les fédérations. Mais les décisions sportives ne peuvent pas remplacer la justice pénale. Pour la partie civile, elles confirment la culpabilité. Pour d’autres, elles appartiennent au terrain, pas à la prison.
Comme le Panenka manqué de Brahim Díaz en finale, le geste se voulait précis, élégant… et parfait. Mais il finit en fiasco. Pour ces supporters, le geste de la justice est le même : ambitieux, sévère… mais raté.
L’appel annoncé sera une chance de rééquilibrer. Mais pour l’instant, c’est la colère et l’injustice ressentie qui dominent au Sénégal. Dix-huit jeunes derrière les barreaux. Une image qui restera gravée. Une finale qui ne se joue plus sur le terrain, mais dans la douleur d’une sanction jugée disproportionnée.
Emedia






