Au terme d’une visite officielle au Sénégal, la Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la torture, Alice Jill Edwards, a dénoncé des conditions de détention alarmantes, qualifiant les prisons sénégalaises de « poudrière ». Elle appelle le gouvernement à des mesures urgentes pour désengorger les établissements pénitentiaires et améliorer les conditions de détention.
« La surpopulation dans les prisons est dramatique et inhumaine », a-t-elle déclaré, alertant sur un risque d’explosion sociale, d’émeutes ou de propagation incontrôlable de maladies. Lors de sa tournée dans cinq prisons, elle a constaté des cellules bondées où les détenus dorment à même le sol, parfois sous des lits superposés, faute d’espace suffisant.
Edwards reconnaît les efforts des directeurs d’établissements, mais souligne que l’encombrement pousse à des restrictions sévères, réduisant les rations alimentaires et compromettant la séparation des détenus selon leur statut juridique. Face à cette crise, elle recommande des mesures immédiates : réduction automatique des peines de 20 % pour les détenus purgeant des peines de trois ans ou moins, libération des prévenus en détention provisoire depuis plus d’un an – sauf pour les crimes graves – et une réforme des pratiques judiciaires pour limiter la détention préventive.
Elle plaide également pour la libération des femmes incarcérées pour avortement, notamment en cas de viol ou d’inceste, estimant que ces détentions vont à l’encontre du Protocole de Maputo, ratifié par le Sénégal.
Sur le volet sécuritaire, Edwards exhorte le gouvernement à abroger la loi d’amnistie couvrant les violences commises lors des manifestations de 2021 à 2024 et réclame justice pour les victimes. Elle invite également le Sénégal à rejoindre l’Alliance pour un commerce sans torture, un cadre international visant à réglementer la production et la vente d’équipements liés à l’application de la loi.
Son rapport complet sera présenté au Conseil des droits de l’homme en mars 2026.
Emedia