Une réunion interministérielle présidée par le Premier ministre Ousmane Sonko a abordé la situation d’Air Sénégal SA et d’AIBD SA, deux acteurs majeurs du secteur aérien sénégalais. À l’issue de cette rencontre, plusieurs mesures ont été prises pour redresser la situation de ces deux entreprises stratégiques.
Les transports aériens jouent un rôle crucial dans l’économie du Sénégal, notamment dans le cadre du « Référentiel Sénégal 2050 ». Cependant, malgré les efforts de soutien, Air Sénégal et AIBD SA rencontrent des difficultés financières graves. Créée en 2018 après la faillite de Sénégal Airlines, la compagnie Air Sénégal a reçu 181 milliards FCFA d’aide de l’État, mais elle est actuellement endettée à hauteur de 118 milliards FCFA et a enregistré des pertes importantes de 89 milliards FCFA en 2022 et 57 milliards FCFA en 2023. Ces pertes sont dues à des défaillances managériales, notamment les coûts élevés des locations d’avions et l’échec du plan de relance de 2022, réalisé à seulement 5 %. AIBD SA, quant à elle, se trouve dans une situation financière préoccupante avec un budget 2024 de 23 milliards FCFA, tandis que ses ressources propres ne s’élèvent qu’à 6 milliards FCFA. Cette crise est aggravée par la hausse des effectifs de la société et la gestion opaque des 200 milliards FCFA issus de la Redevance pour le Développement des Infrastructures Aéroportuaires (RDIA), destinés au développement du hub aérien.
Pour remédier à ces problèmes, des orientations stratégiques ont été définies. L’objectif est de consolider Air Sénégal en tant que pilier du transport aérien national en créant un groupe diversifié d’aviation, axé sur la connectivité domestique, régionale et internationale. Cette stratégie implique un partenariat renforcé avec AIBD SA, responsable des infrastructures aéroportuaires, qui devra déployer des infrastructures modernes et soutenir la connectivité des huit pôles économiques identifiés dans le cadre du plan « Sénégal 2050 ». Un cadre réglementaire solide sera mis en place sous l’égide de l’ANACIM pour garantir une gestion efficace du secteur.
En ce qui concerne Air Sénégal SA, plusieurs mesures spécifiques ont été adoptées. Le ministre des Finances et celui des Transports aériens doivent élaborer un plan pour apurer les dettes d’exploitation d’ici fin juin 2025, rétablissant ainsi la confiance avec les créanciers. Un audit complet de la société sera réalisé pour établir un diagnostic sur ses opérations. Le Premier ministre a également demandé une reconstitution des fonds propres de la compagnie par un mécanisme d’accordéon financier d’un montant de 16 milliards FCFA. Le réseau de destinations d’Air Sénégal sera redimensionné pour mieux correspondre à la taille de la flotte et à la demande réelle. De plus, une nouvelle filiale, Air Sénégal Express, sera créée pour les vols intérieurs et régionaux, avec un capital ouvert au secteur privé national.
Pour AIBD SA, un audit des marchés en cours sera mené, visant à résilier les contrats non essentiels et réorganiser ceux jugés prioritaires. Un audit organisationnel sera également réalisé pour réorganiser les ressources humaines et recentrer l’entreprise sur ses missions essentielles. Un plan social négocié sera mis en place pour rationaliser les effectifs, tandis que des efforts seront faits pour apurer les passifs de l’ex-Aéroport du Sénégal et de l’indemnité de sécurité aérienne (ISA). Le Premier ministre a également recommandé la révision de la convention de gestion de l’aéroport international Blaise Diagne pour en optimiser la gouvernance.
Le développement du fret aérien sera également une priorité, en collaboration avec les ministères du Commerce et des Finances, pour favoriser l’exportation des produits sénégalais par avion. En outre, des projets de certification des aéroports régionaux, notamment ceux de Ziguinchor, Matam et Saint-Louis, seront accélérés. L’objectif est de rendre ces aéroports opérationnels et homologués d’ici la fin de l’année 2025.
Ces mesures visent à redresser Air Sénégal et AIBD SA, à renforcer leur compétitivité et à soutenir le développement du secteur aérien sénégalais, en cohérence avec les ambitions du Sénégal pour 2050. Les retombées attendues de cette stratégie incluent la dynamisation du tourisme, la stimulation des échanges commerciaux, l’attractivité des investissements et la création d’emplois qualifiés.
Emedia