L’analyse de l’adjudication du 9 mars 2026 sur le marché régional des titres publics montre que, si le Sénégal continue d’accéder au financement, les conditions deviennent de plus en plus prudentes. Plusieurs signaux indiquent un affaiblissement progressif de la confiance des investisseurs.
Une adjudication hors du calendrier soumis à UMOA-Titres
Cette opération est intervenue hors du calendrier initialement soumis à UMOA-Titres.
Dans les marchés financiers, une adjudication hors calendrier traduit souvent une tension de trésorerie pressante, obligeant l’émetteur à mobiliser rapidement des liquidités. Dans un contexte de fortes échéances de dette en 2026, ce signal peut être interprété comme une pression croissante sur la trésorerie de l’État.
Une domination du très court terme
La structure des offres est particulièrement révélatrice : les Bons du Trésor (BAT) ont représenté environ 78 % des soumissions lors de cette adjudication.
Au final, les 50 milliards FCFA retenus l’ont été exclusivement sur les BAT à 364 jours, alors que les OAT à 3 ans et 5 ans n’ont enregistré aucune retenue, malgré des offres existantes.
Cela signifie que le financement obtenu s’est fait uniquement à court terme, ce qui accentue le risque de refinancement pour l’État.
Une stratégie défensive des investisseurs
Ce comportement traduit une prudence croissante des investisseurs. Ils continuent de financer le Sénégal, mais privilégient les maturités très courtes afin de limiter leur exposition au risque.
Autrement dit, les investisseurs préfèrent aujourd’hui prêter au Sénégal sur quelques mois plutôt que sur plusieurs années.
Une comparaison éclairante avec la Côte d’Ivoire
La comparaison avec la Côte d’Ivoire est instructive.
Le 3 mars 2026, l’État ivoirien a levé environ 66 milliards FCFA sur le marché régional avec des obligations à moyen et long terme :
OAT 3 ans : 5,35 %
OAT 5 ans : 5,60 %
OAT 7 ans : 5,85 %
Ces rendements relativement modérés reflètent la confiance des investisseurs dans la trajectoire financière ivoirienne.
À l’inverse, les rendements des OAT sénégalaises dépassent souvent 7 %, traduisant une prime de risque nettement plus élevée exigée par les investisseurs.
Une inversion de la structure des émissions
En 2025, les OAT représentaient environ 75 à 90 % des levées du Sénégal, ce qui traduisait une confiance relative des investisseurs.
Mais en 2026 la situation s’est inversée : les BAT dominent désormais les émissions, illustrant une stratégie défensive des investisseurs cherchant à réduire leur exposition au risque.
Un contexte international plus risqué
Cette évolution intervient dans un environnement international incertain. Les tensions au Moyen-Orient autour du conflit Israël – États-Unis / Iran pourraient entraîner une hausse du pétrole, raviver l’inflation et maintenir des taux d’intérêt élevés.
Dans ce contexte, les investisseurs deviennent plus sélectifs, ce qui pénalise en priorité les pays dont la crédibilité financière est fragilisée.
L’adjudication du 9 mars 2026 confirme que le marché régional continue de financer le Sénégal, mais avec une prudence croissante.
Le recours à une émission hors calendrier, la domination des BAT et la difficulté à lever des ressources à moyen et long terme traduisent une érosion progressive de la confiance des investisseurs régionaux. Dans un environnement international tendu, cette évolution constitue un signal préoccupant pour la stratégie de gestion de la dette du Sénégal.
Pr Amath Ndiaye
FASEG-UCAD








