Le Conseil des diffuseurs et éditeurs de presse du Sénégal (CDEPS) dénonce la poursuite, par le ministre de la Communication, de pratiques jugées illégales dans la gestion du Fonds d’appui et de développement de la presse (FADP) au titre de l’exercice 2025.
Selon le CDEPS, le ministre procède actuellement à la distribution de l’aide publique à la presse dans une opacité totale, sans avoir préalablement pris ni publié l’arrêté de répartition fixant les montants attribués aux entreprises de médias bénéficiaires, en violation des textes en vigueur.
Plus grave encore, l’organisation patronale affirme que le ministre s’est affranchi de l’arrêt rendu par la Cour suprême le 11 décembre 2025. Pour rappel, cette décision avait annulé les arrêtés n°017412 et n°024462 relatifs à la mise en place d’une plateforme numérique d’identification des entreprises de presse, ainsi qu’à la création de la Commission d’examen et de validation des déclarations des entreprises de presse du Sénégal.
En dépit de cette décision définitive, le ministre de la Communication a publié, le 24 décembre 2025, un communiqué annonçant l’ouverture des dépôts de demandes de subvention pour les entreprises de presse, sur la base d’une plateforme pourtant déclarée illégale par la Cour suprême. Le délai de dépôt, fixé du mercredi 24 au samedi 27 décembre 2025, est par ailleurs jugé arbitraire et manifestement inéquitable, le jeudi ayant été largement entamé, le vendredi étant un jour férié, écourté par la prière, et le samedi n’étant pas un jour ouvrable. Pour le CDEPS, cette manœuvre traduirait une volonté délibérée d’exclure les entreprises de presse ayant refusé de se soumettre à une plateforme illégale.
Face à cette situation, les organisations patronales APPEL et CDEPS ont saisi le ministre afin de lui demander de surseoir à la convocation du Conseil de gestion prévue le 29 décembre 2025 et d’ouvrir une période normale, équitable et conforme au droit pour le dépôt des demandes de subvention, notamment au bénéfice des médias jusque-là déclarés illégalement « non conformes ». Ces interpellations seraient restées sans suite.
Le CDEPS déplore également d’autres entorses majeures à la légalité. En l’absence de réunion du Conseil de gestion du FADP, seul organe habilité à statuer sur la répartition de l’aide publique à la presse, le ministre aurait accordé des enveloppes de plusieurs dizaines de millions de francs CFA au CORED et à la Commission de la carte nationale de presse. La Maison de la Presse Babacar Touré, structure qui ne figure pas parmi les bénéficiaires statutaires du FADP, aurait également reçu des fonds issus de cette aide publique.
L’organisation patronale s’indigne aussi de l’octroi de subventions à des entreprises de presse du secteur public, alors que celles-ci sont déjà financées par le budget général de l’État et bénéficient de crédits régulièrement votés par l’Assemblée nationale. Depuis la création de l’aide publique à la presse, celle-ci a toujours été exclusivement destinée aux entreprises de presse privées, rappelle le CDEPS.
Pour le CDEPS, l’ensemble de ces actes s’inscrit, depuis plus de vingt-trois mois de la troisième alternance politique, dans une dynamique préoccupante visant à fragiliser, voire à affaiblir structurellement la presse privée sénégalaise.
Les entreprises de presse membres du CDEPS appellent désormais le ministre de la Communication à faire preuve de responsabilité républicaine et de courage politique, en prenant enfin l’arrêté de répartition du Fonds d’appui et de développement de la presse pour l’année 2025. Elles estiment que les idéaux de justice, de transparence et de respect du droit, portés par le JUB, le JUBEL et le JUBANTI, ne peuvent prospérer que dans un cadre légal et équitable.
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