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Editorial : Macky et Diomaye se jaugent

5 heures ago
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Editorial : Macky et Diomaye se jaugent
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L’Afrique, habituée aux arabesques, s’offre un tracé en gestation pour mieux s’affirmer sur les différentes scènes de représentation. La coupe du monde vient de s’achever avec neuf des dix nations qui ont eu à franchir le premier tour de qualification. La suite du tournoi a révélé les insuffisances africaines du haut niveau de compétition. 

 L’actuelle candidature de Macky Sall au poste de Secrétaire Général des Nations Unies démontre à satiété une forte aspiration de l’élite continentale à jouer les premiers rôles dans les places fortes, là où se décide le sort (ou le destin) du monde. L’ancien président du Sénégal a très tôt affiché ses intentions. 

 Au pouvoir déjà, il s’était fortement impliqué dans la construction d’un gigantesque QG de l’ONU à Diamniadio, en écho à celui édifié par le Kenya à Nairobi et qui stupéfie les hôtes de passage dans la ville verte sous le soleil. Macky Sall est un esprit prévenant. Il enrobe son action dans une relative discrétion qui prend de court ceux qui s’évertuent à disséquer avec un grand souci du détail, ses discours, ses entretiens, ses audiences ou ses silences…

 En quittant le pouvoir non sans empressement et irritations, il observait un temps de décence en choisissant de se retirer à Marrakech au Maroc, loin du vacarme sénégalais pour jouir d’une quiétude propice à la réflexion et à l’action post-présidentielle. Désormais son temps lui appartient. Il planifie son agenda, tentant de donner du contenu et de la visibilité à ses déplacements qui s’enchaînent tout en veillant à la cohérence de son propos sur les différentes scènes d’incubation qui s’honorent de sa présence, de son leadership et de sa qualité d’ancien chef de l’Etat à la crédibilité bin assise. 

 Chez lui, et son entourage en atteste, la réflexion et l’action s’équilibrent. En outre, Il prête une attention soutenue aux intérêts mais aussi aux enjeux sans négliger les dynamiques collectives favorisées par des collaborateurs enjoués qui travaillent en réseau pour « fortifier et polir» l’image de l’ancien président, lui construire une identité remarquable après le pouvoir et maintenir son standing pour parler « d’égal à égal » avec ceux de ses pairs encore en exercice. 

 Depuis deux ans, il sillonne le monde. Il avale les distances et jongle avec les fuseaux horaires d’un continent à un autre tout en gardant une fraîcheur avantageuse. Cet aspect de « jet set » a son importance pour séduire ou dissiper, et l’intéressé joue à fond cette carte avec à l’appui une intelligence des situations que bien des interlocuteurs admiratifs lui reconnaissent comme des attributs de « soft power ». Mais il y a un hic qui pimente une telle trajectoire. 

 Partout où il s’est rendu il a été reçu ès qualité eu égard à son rang. La chaleur de l’accueil, à lui réservée, témoignait de sa valeur foncière. Mezza voce, des échos lui parvenaient qu’une gêne latente empêchait bien des chefs d’Etat de lui manifester ostensiblement leur soutien. Il a fini par le comprendre et, résolu à lever l’hypothèque Macky s’est employé à remettre les choses à l’endroit. L’absence de soutien du Sénégal à sa candidature fait désordre au sein d’un continent plus prompt à se diviser qu’à s’unir. Le Président Diomaye avait dégagé une hostilité de principe. Celle-ci pouvait s’atténuer. D’aucuns disaient que la radicalité présidentielle s’expliquait suivant un contexte qui ne prévaut plus. 

 Il s’y ajoute que d’autres chefs d’Etats ne voulant pas se montrer plus royalistes que le roi,  invitaient  le président sénégalais à lever l’obstacle pour soutenir une candidature qui est, après tout, plus africaine que nationale. L’autre argument, d’ordre économique et financier qui a amené Diomaye à réviser sa position tient à la discrète pression du Nigéria, du Maroc, de la France, de l’Union européenne, de la Banque mondiale, tous engagés dans la construction d’un gigantesque chantier de gazoduc devant traverser plus d’une dizaine de pays africains pour atteindre l’Europe. 

 Celle-ci, échaudée par les avatars du conflit Russe-Ukraine, veut se soustraire aux caprices et aux humeurs changeantes de Moscou pour se ravitailler proprement en gaz. Poutine transforme son gaz en un levier de puissance et en moyen de pression pour rester « maître du jeu ». Excédée par les fantaisies du Kremlin, l’Europe décide alors de voir ailleurs. L’Afrique a la réponse pour soulager le vieux continent. D’autant que les Européens peuvent tout supporter sauf d’être privés de gaz, produit stratégique prisé par l’industrie et les foyers surtout en hiver. Or le Grand froid se prévoit. Il ne supporte pas l’improvisation et le manque de prévision. 

 Le Roi du Maroc, qui a eu le nez très creux, a sensibilisé, grâce à ses plénipotentiaires, grand monde acquis à l’idée que l’ONU n’est guère un « machin ». Le siège newyorkais reflète les dynamiques du monde et les avatars qui vont avec. L’inflexion de Diomaye s’explique en partie par cette conjoncture qui voit arriver un investissement de 20 milliards de dollars avec des transits à incidence financière le long du trajet gazier. 

 Doit-on, au motif que la politique oppose, « humilier » le pays en privilégiant des passions partisanes au détriment des intérêts supérieurs de la nation ? Bien évidemment, la grandeur ne se mesure pas que par l’élévation. Elle s’apprécie aussi et surtout par le courage de transcender des « clivages », fussent-ils factuels, donc réels. Briser la solitude des égos consiste à favoriser des approches consensuelles afin de conquérir de nouveaux espaces de notoriété. L’ONU en est un, indiscutablement… 

 L’esprit de dépassement a gagné Diomaye et Macky au point de s’offrir du temps pour s’accorder. D’où la rencontre du 17 juillet qui a enthousiasmé des foules jalonnant tout le long de l‘itinéraire emprunté par le désormais ex chef de l’Etat reçu par son successeur, tout souriant. L’attitude sibylline du Gouvernement n’aidait pas à mieux appréhender la posture du Sénégal. Toute l’Afrique, médusée, observait une lente dégradation du Sénégal au glorieux passé diplomatique auquel des générations entières d’Africains restent toujours attachés.Le communiqué de la Présidence sanctionnant l’audience ôte toute ambiguïté et enjoint de fait les représentations diplomatiques à coordonner les actions d’appui. 

 Cela faisait désordre que l’ancien Président, hôte dans un pays donné, ne puisse bénéficier du parapluie de notre chancellerie. Avec la note présidentielle, la normalité est revenue au centre. A-t-elle suffisamment de temps pour se déployer ? Gagnera-t-elle en efficacité ce qu’elle aura perdu en temps et en tergiversation ? En dépit des contraints, elle reste professionnelle et rompue à ce type d’exercices délicats à travers d’autres candidatures tout aussi prestigieuses. La présence de Macky Sall dans la capitale sénégalaise a certes alimenté des spéculations touchant à la gouvernance de l’un et aux manquements de l’autre, entendez Diomaye, les renvoyant dos-à-dos pour une cruelle complicité de circonstance. 

 L’histoire immédiate, disent les mêmes, a tranché en pourfendant un rapprochement jugé « honni et maléfique » et dénoncé avec véhémence et vivacité. Toutefois, il serait hasardeux d’en déduire une condamnation de l’histoire. Quelle histoire au juste ? La tentation est grande pour des adversaires des deux hommes d’Etats d’utiliser la « poignée de mains » comme le prototype d’un symbole infamant qui disqualifie certains gestes d’hommes politiques indexés pour une prétendue « tortuosité ». Or la lecture des paramètres de la gouvernance mondiale nous place devant nos responsabilités. 

 Le continent n’a pas voix au chapitre, faute de volonté de puissance qui s’incarne en une identité remarquable. Or il a tout pour peser sur la destinée du monde. Ses richesses s’exportent à l’état brut. Elles envahissent toutes les plateformes de transformation industrielles et s’insèrent dans les hautes technologies de pointe que se disputent les grandes économies qui mènent une époustouflante guerre de leadership et de convoitises des matières premières dont regorge l’Afrique.

 De nombreux chefs d’Etat et de gouvernement voient en Macky, le judicieux profil de ce moment fort judicieux et approprié. Mais du prestige… au vertige !

Par Mamadou NDIAYE

Tags: Diomaye FayeMacky Sall
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