
La Commission nationale des droits de l’homme du Sénégal (CNDH), en partenariat avec le bureau régional pour l’Afrique de l’Ouest du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH), a lancé à Ziguinchor un atelier de formation de trois jours destiné aux organes de la police judiciaire. Cette session vise à renforcer les compétences des forces de l’ordre en matière de droits humains et de protection de l’enfance, face à des défis sécuritaires de plus en plus complexes.
Durant ces trois journées, les participants sont appelés à approfondir leur connaissance des instruments juridiques nationaux, régionaux et internationaux relatifs à la protection des droits fondamentaux. L’objectif est également de favoriser le partage d’expériences afin d’intégrer davantage les principes des droits humains dans les pratiques quotidiennes de la police judiciaire.
La présidente de la CNDH, Pr Amsatou Sow Sidibé, a insisté sur l’importance de cette initiative dans un contexte marqué par la montée de nouvelles formes de criminalité.
« Aujourd’hui, les défis sécuritaires sont devenus beaucoup plus complexes avec la cybercriminalité, les crimes graves transfrontaliers, le terrorisme et les violences atroces sur nos enfants. Ce sont des défis autour desquels il faut plus de tact, plus de vigilance et plus de perception de ce qui est pernicieux », a-t-elle déclaré.
Pour Pr Amsatou Sow Sidibé, la maîtrise des normes internationales doit permettre aux enquêteurs d’améliorer leurs pratiques sur le terrain tout en garantissant le respect de la dignité des personnes.
« Le professionnalisme accompagné du respect des droits humains, c’est-à-dire d’humanisme, permet d’être plus efficace et d’obtenir des résultats durables. La police judiciaire pourra ainsi mieux percevoir les cas de violation des droits humains, mais aussi intégrer une dose d’humanisme dans le traitement des dossiers, lors de l’audition des victimes et des personnes poursuivies », a-t-elle expliqué.
Elle a conclu en appelant à renforcer la culture des droits humains au sein des forces de sécurité. « Cette culture des droits humains, qui existe sans doute chez les policiers, doit être davantage mise en valeur afin de renforcer l’action de la Police nationale au service de la justice et du respect de la dignité humaine. »
Cette formation s’inscrit dans le cadre du Projet d’appui à la protection des enfants victimes de violations de leurs droits (PAPEV), mis en œuvre par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme avec l’appui de la coopération italienne.
Le représentant régional adjoint du HCDH a rappelé que les policiers occupent une place centrale dans la protection des enfants.
« Cette formation est essentielle. Dans le cadre du projet PABEV, le Haut-Commissariat aux droits de l’homme est en soutien des autorités sénégalaises pour renforcer la formation des policiers, qui jouent un rôle fondamental dans la protection des enfants. Un rôle fondamental pour la prévention de la traite des enfants, mais aussi pour empêcher des violations des droits humains et des droits des enfants d’arriver, et pour assurer que ceux responsables de la traite soient jugés », a-t-il affirmé.
Il a également souligné que cette démarche s’inscrit dans une vision à long terme grâce à une coopération étroite avec les institutions nationales.
« Le Haut-Commissariat aux droits de l’homme apporte tout son soutien à l’État sénégalais et coopère de manière très étroite avec la Commission nationale des droits de l’homme et avec l’École de police, pour s’assurer que dans le cursus des policiers, la dimension droits humains soit intégrée afin qu’ils puissent assurer la protection des droits des enfants », a-t-il précisé.
Selon lui, les modules de formation abordent l’ensemble de la chaîne de prise en charge des enfants victimes.
« Les thématiques de ces trois jours sont essentielles : comment prendre en charge des enfants victimes de traite, comment conduire un processus d’enquête efficace permettant d’aboutir aux condamnations nécessaires, mais aussi comprendre les difficultés auxquelles sont confrontés ces enfants. Ce ne sont pas uniquement des problèmes juridiques, ce sont également des problèmes psychosociaux. Un enfant victime a besoin d’une véritable chaîne de services, allant de l’accès aux soins à l’accompagnement psychosocial et à l’éducation, afin de retrouver une vie normale », a-t-il expliqué.
Le responsable du HCDH a enfin rappelé que le respect des droits humains constitue le socle de la mission policière.
« Le policier doit comprendre que le respect des droits humains est au cœur de sa mission. C’est cette approche qui permet de renforcer la confiance des citoyens envers les institutions de l’État et envers la police, tout en assurant une meilleure prise en compte des besoins spécifiques des enfants », a-t-il conclu.
Coordonnatrice régionale du projet PAPEV, Aminata Kébé, officière des droits de l’homme au HCDH, a souligné que les enfants demeurent les premières victimes des violations de droits dans la sous-région.
« Les enfants constituent une cible particulièrement vulnérable qui mérite une attention spécifique, notamment en ce qui concerne le respect de leurs droits humains. Il est essentiel de renforcer les compétences des intervenants de première ligne pour garantir une meilleure protection », a-t-elle déclaré.
Elle a rappelé que le projet, initialement consacré à la lutte contre la mendicité des enfants au Sénégal, a été élargi à partir de 2017 à plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, en partenariat avec la CEDEAO et avec le soutien de la coopération italienne. Aujourd’hui, le PAPEV concentre une partie de ses actions sur les zones frontalières, où les risques liés à la traite, à l’exploitation des mineurs et aux autres formes de criminalité transnationale demeurent particulièrement élevés.
À travers cette formation organisée à Ziguinchor, les partenaires entendent renforcer les capacités des forces de sécurité afin qu’elles puissent conjuguer efficacité des enquêtes, respect des droits humains et protection accrue des enfants, tout en consolidant la confiance entre les citoyens et les institutions chargées de leur sécurité.





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