L’Agence française de développement (AFD) entre dans une période charnière. Avec le départ de son directeur général, Rémy Rioux, et l’arrivée de Christophe Lecourtier à sa tête, l’établissement est confronté à une remise en question de son modèle, alors que l’aide publique au développement fait l’objet de critiques croissantes en France comme à l’international.
Plusieurs facteurs fragilisent aujourd’hui l’institution. La dégradation de la note souveraine de la France renchérit le coût de ses financements, tandis que la réduction des dotations budgétaires de l’État limite ses marges de manœuvre. À cela s’ajoutent des coûts de fonctionnement jugés élevés et une diversification progressive de ses missions, allant de l’octroi de prêts au financement de la recherche, en passant par des activités de conseil et de communication publique. Cette dispersion des activités intervient dans l’attente d’un nouveau contrat d’objectifs et de moyens appelé à redéfinir les priorités de l’agence.
Sur le plan politique, l’AFD se retrouve au cœur de débats opposant des visions très différentes de la coopération internationale. Une partie de la droite et de l’extrême droite plaide pour une aide davantage tournée vers le soutien aux intérêts économiques français, tandis que l’extrême gauche dénonce une répartition des financements qu’elle estime insuffisamment équitable et peu efficace. Dans le même temps, de nombreux partenaires du Sud global remettent en cause un système qu’ils considèrent comme hérité d’une approche paternaliste.
Cette réflexion s’inscrit dans un débat plus large sur l’avenir de l’aide au développement. Certains experts, à l’image de l’économiste américain Jeffrey Sachs, estiment que les financements demeurent insuffisants face aux besoins des pays en développement. À l’inverse, d’autres voix, dont celle de l’économiste camerounais Célestin Monga, ainsi que plusieurs États comme les États-Unis ou le Canada, défendent un modèle privilégiant des investissements ciblés, économiquement viables et porteurs de bénéfices mutuels.
Dans ce contexte, un collectif composé du professeur d’économie Marc-Arthur Diaye, de l’ancien conseiller à Matignon Ibrahima Diawadoh N’jim, du professeur de finance Khaled Guesmi, de l’enseignant-chercheur en géographie Abdoul Hameth Ba, ainsi que des avocats Fatou Babou et Saïd Hassane Saïd Mohamed propose une refonte en profondeur de l’AFD.
Selon eux, l’établissement devrait évoluer vers une véritable banque de soutien à l’industrie et aux entreprises françaises, capable de contribuer au développement des chaînes de valeur en Afrique tout en générant des retombées économiques pour la France. Cette orientation viserait à concilier coopération internationale et intérêts économiques nationaux dans un contexte de concurrence accrue avec des puissances émergentes, notamment la Chine, dont les mécanismes de financement sont souvent perçus comme plus pragmatiques et plus lisibles.
Les auteurs de cette proposition préconisent également la création d’un fonds d’investissement stratégique indépendant, adossé à la nouvelle structure. Doté de plusieurs milliards d’euros, ce fonds aurait pour vocation de financer des projets industriels, numériques et énergétiques, de soutenir la création de coentreprises et de sécuriser les investissements dans les zones présentant un risque élevé.
L’objectif serait de faciliter l’accès des PME africaines à des financements compétitifs tout en accompagnant le développement international des entreprises françaises. À terme, cette évolution ambitionne de favoriser l’émergence de nouveaux champions économiques régionaux et de substituer à la logique traditionnelle de l’aide publique un modèle fondé sur l’investissement, le partenariat et la création de valeur partagée.
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