Lors du fameux « tera-meeting », le Premier ministre du Sénégal d’alors avait solennellement menacé de poursuites judiciaires quiconque affirmerait qu’il disposait d’une caisse noire. Dont acte.
Il fut ensuite soutenu qu’Ousmane Sonko ne bénéficiait pas de « fonds secrets », mais de ressources destinées au suivi du processus de paix en Casamance.
Cette distinction sémantique ne saurait toutefois dispenser le pouvoir d’une obligation fondamentale.
Il est de leur devoir d’expliquer aux Sénégalais, et singulièrement aux populations casamançaises, la destination précise de ces fonds.
De la présidence d’Abdoulaye Wade à celle de Macky Sall, des ressources spécifiques, distinctes du budget de l’Agence nationale pour la relance des activités économiques et sociales en Casamance (l’ANRAC) ont été mobilisées pour accompagner le processus de paix.
Elles devaient notamment favoriser le retour des populations déplacées, soutenir leur réinstallation et contribuer à la réalisation d’infrastructures sociales essentielles : écoles, postes de santé, forages, pistes de production et autres équipements indispensables à la reconstruction des territoires affectés par plusieurs décennies de conflit.
Dès lors, une question s’impose est quelle utilisation concrète a été faite des fonds placés à la disposition du Premier ministre au titre de la Casamance ?
Ousmane Sonko n’a-t-il pas personnellement assisté, en Guinée-Bissau, sous la présidence d’Umaro Sissoco Embaló, à la signature d’accords de paix impliquant une faction du Mouvement des forces démocratiques de la Casamance ?
Une telle initiative diplomatique et politique pouvait légitimement justifier la mobilisation de moyens conséquents.
Si une partie de ces ressources a servi à accompagner le désarmement de l’aile combattante du Front Sud du MFDC, il conviendrait de le dire clairement.
Dans ce cas, les fonds auraient été employés conformément à leur vocation, car il s’agissait de consolider la paix, soutenir le désarmement et préparer une réinsertion durable.
Mais le silence, les contradictions et l’opacité alimentent inévitablement le doute.
Pendant ce temps, dans quel état se trouve l’ANRAC ?
Cette agence dispose-t-elle des véhicules, des équipements et des moyens opérationnels nécessaires à l’accomplissement de sa mission ?
Pourquoi ne bénéficie-t-elle toujours pas d’un siège institutionnel digne de ce nom à Ziguinchor ?
Pourquoi une structure aussi stratégique pour la paix et la reconstruction demeure-t-elle fragilisée, presque orpheline, installée dans des locaux loués et insuffisamment dotée ?
L’affectation d’une partie de ces ressources à la construction du siège de l’ANRAC, à l’acquisition de véhicules d’intervention ou au renforcement de ses capacités opérationnelles aurait difficilement pu être qualifiée de détournement d’objectif.
Elle aurait, au contraire, constitué un investissement structurant au service de la paix et du développement territorial.
Or, il est aujourd’hui allégué que des ressources destinées à la Casamance auraient notamment servi à la réfection du building administratif. Sic!
Si cette information est exacte, elle appelle une justification précise.
La réhabilitation de ce bâtiment administratif, aussi utile soit-elle, correspond-elle réellement à la finalité de crédits annoncés comme étant consacrés au processus de paix et à la reconstruction de la Casamance ?
Il ne peut y avoir, sur une question aussi grave, ni faux-fuyant, ni diversion, ni alibi politique.
Ousmane Sonko revendique constamment son attachement à la Casamance. Pour plus de crédibilité, cette déclaration doit désormais se mesurer à l’aune des actes, de la transparence et de la capacité à rendre compte.
Je pense en toute humilité que les juridictions et institutions compétentes devraient se saisir de cette affaire afin d’établir les faits, de déterminer la nature juridique de ces ressources et d’en retracer précisément l’utilisation.
Comment comprendre qu’un Premier ministre affirme, un jour, ne disposer d’aucuns fonds secrets et que, le lendemain, circulent des montants d’un, deux, voire trois milliards de francs CFA, sans qu’aucune communication officielle ne permette d’identifier le chiffre exact ni l’usage effectif des sommes concernées ?
La Casamance n’est ni un slogan électoral ni un instrument de légitimation politique.
Elle porte les blessures d’un conflit ancien, les attentes de populations déplacées et l’espoir d’une paix définitive.
Chaque franc mobilisé en son nom doit servir sa reconstruction, son désenclavement, le retour de ses populations et la consolidation de la paix.
Si les ressources destinées à cette région ont été détournées de leur finalité, alors l’acte serait politiquement indéfendable et moralement inacceptable.
Ousmane Sonko ferait alors plus que décevoir. Il porterait atteinte à la dignité d’une Casamance dont il prétend incarner les aspirations.
-La vérité doit être établie.
-Les montants doivent être précisés.
-Les dépenses doivent être retracées.
-Les responsabilités doivent être assumées.
Car gouverner, exige certes de dénoncer les pratiques d’hier, mais le plus important est d’accepter de répondre, en temps réel , aux exigences que l’on imposait autrefois aux autres.
IDRISSA BENJAMIN SANÉ, journaliste-communicant et Membre du parti KIIRAY à Ziguinchor







