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Editorial : L’Afrique se disloque

2 heures ago
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Editorial : L’Afrique se disloque
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 A l’exception de l’Afrique, toutes les grandes régions du monde s’efforcent de s’adapter au basculement qui s’annonce et se prépare. Le monde crie grâce dans le silence. L’échelle de transformation ou de modification des rapports sonne le glas des certitudes et bouleverse bien des visions et des schémas de pensées. Le plus cocasse, sans pour autant faire rire, c’est la différence d’attitude qu’observent de part et d’autre du globe les humains qui l’habitent et le peuplent. Les uns anticipent et scénarisent à l’aide d’hypothèses. Les autres se complaisent dans l’ignorance et y trouvent du plaisir. Les tragédies et les catastrophes s’enchainent à un rythme soutenu.Par naïveté ou par insouciance, l’homme aggrave la situation en exploitant plus que de raison la Nature. Par-ci la dette, massive. Par-là, le climat et une perte irréversible de la biodiversité. Les experts et les économistes du climat multiplient les alertes. Ils pointent le doigt sur le flux de dommages infligés à l’environnement. Bonjour les dégâts ! Mais gare à la revanche naturelle !

 Le retour de Trump au pouvoir à Washington perturbe la douceur du climat mondial en refusant l’autorité de la science et la valeur de la rationalité vouées aux gémonies par des forces conservatrices qui voient en ce président-milliardaire leSauveur ! Elles remettent en cause tous les ordres, réfutent les conventions et récusent bien des droits acquis. Une telle conduite inquiète. D’aucuns y voient les prémices d’une réelle menace de l’état et de l’équilibre du monde.

 Déjà l’Asie se rebiffe. La Chine et l’Inde se rapprochent, nonobstant leurs rivalités d’Orient. Les deux Géants, s’accordent pour aplanir leurs divergences. Ainsi, New-Delhi et Pékin, puissances nucléaires et démographiques à la fois, comptent peser sur la destinée en faisant valoir les arguments dont ils se prévalent. Ensuite, ils ne conçoivent pas de subir de diktat de l’Amérique sans réagir au double plan économique et commercial. 

 En joignant leurs poids, la Chine et l’Inde, valorisent leurs forces d’autant que sur bien des segments de technologie de pointe, microprocesseurs, IA et semi-conducteurs entre autres, elles ont du répondant. 

 Washington le sait et redoute tout bras-de-fer qui écornerait son prestige. Sous Trump, les Etats-Unis n’ont d’yeux que pour l’empire du Milieu qu’ils surveillent et qui les fascine.Une salve tout aussi pénétrante vient de l’Europe. Bruxelles, épicentre de cette vieille Europe jadis chahutée par Donald Rumsfeld (Défense) et Henry Kissinger (Département d’Etat)cherche à se reconstruire tout en minorant l’apport américain.

 Selon les dirigeants européens, le Président des Etats-Unis n’est plus un « allié » sûr et loyal. La base de confiance étant sapée, ils n’écartent plus de reconsidérer la relation vidée de sa substance par un Trump « malhabile, imprévisible et déroutant », disent-ils de lui. Ils comptent de moins en moins sur lui pour leur garantir un quelconque parapluie vis-à-vis de Moscou. Trump excite l’opinion européenne en réévaluant les droits de porte de nombre de produits industriels avant leur entrée sur le sol américain. 

 A cela s’ajoute sa volonté de demander à l’Europe de relever sa « quote-part » dans le budget de l’OTAN pour assurer sa sécurité face aux visées expansionnistes de la Russie de Poutine. L’accélération de l’histoire donne du fil à retordre aux Africains pris dans une fascinante spirale cosmique. 

 Par ce vertigineux tournant, l’Afrique semble mal préparée et très peu disposée à jouer les grands rôles dans une reconfiguration aux allures de découpage qui ne dit pas son nom. Aucun leader africain ne s’impose. Tous semblent avoir renoncé pour se replier sur des périmètres résiduels. Ce qui en dit long sur les ambitions nourries. 

 Le Rwandais Paul Kagamé a une politique de plus en plus illisible. II s’engonce et prend du poids, visible à l’œil nu. L’engourdissement le gagne. Le conflit à l’est de la RDC l’implique et le voilà épinglé, ce qui nuit à son prestige. Et à sa réputation. Privé de moyens d’établir la fausseté des allégations l’accablant, il se confine dans le réduit de Kigali et tente de propulser son fils, haut gradé de l’armée comme successeur potentiel. 

 Son voisin ougandais, le vieillissant Museveni, suit la même trajectoire et partage le même dessein d’aider son fils à arriver au sommet de l’Etat.  L’Equato-guinéen, Nguéma père et le Congolais Nguesso, optent pour un silence soporifique alors qu’un récit légendaire ou une fiction juridique entretiennent le doute sur leur réelles intentions à propos de leurs fils. Lesquels mènent des vies trépidantes, faites d’errance dans de prestigieux hôtels et de somptueuses résidences d’outre-mer.

 Un désir immodéré de posséder les habite. Leur appétit reste aussi insatiable que leur gourmandise est inassouvie. L’Afrique, avons-nous avancé, demeure hors champ. Le continent n’est pas partie prenante des réglages en cours. Il s’en est exclu faute d’initiatives venant de dirigeants qui ne sont pas à la hauteur des enjeux mondiaux. D’ailleurs ils manquent d’ambition à proprement parler. Et pourtant, toutes les tractations qui se ficellent en ce moment placent l’Afrique au cœur.

 Qu’ils s’agisse des matières premières, des métaux précieux, des terres rares,  des ressources naturelles et des sites géostratégiques. A cette fin, chacune des grandes ou moyennes puissances veut s’en procurer, en exclusivité au besoin. Ils ne lésinent pas sur les stratagèmes, quitte à déployer de gros moyens logistiques pour s’octroyer de substantielles parts de marché avec à la clé des visées de rentabilité. 

 Fin mai devait se tenir à New Delhi le sommet Afrique-Inde, reporté pour cause d’Ebola frappant les provinces à l’est de la RDC. Les écologistes s’en réjouissent. Cinquante-quatre Chefs d’Etat et de Gouvernement allaient se déplacer à bord d’avions dont les consommations en kérosène risquaient de se traduire en centaines de millions de tonnes de CO2. Cloués au sol, ces appareils coûtent encore aussi cher en entretien et en maintenance.

 Pour ce genre de sommet, les chefs d’Etat d’Afrique accourent comme des collégiens en goguette. Logés et blanchis, ils sirotent le petit lait quand l’hôte s’affaire pour conclure de juteux contrats qui sécurisent son positionnement géostratégique. On l’a vu avec le Canada face à l’ogre américain dans une dualité commerciale sans merci. Face à Trump, trempé dans une vive arrogance, le Premier ministre canadien Mark Carney a dû faire preuve de tact et d’habileté pour contenir son vis-à-vis avant de le contourner subtilement pour aligner son pays sur une trajectoire d’unité avec l’Europe elle-même en quête de rebond ailleurs qu’en Amérique du Nord. Toutefois, l‘épisode a valeur d’exemple. 

 Il démontre que, face aux épreuves, outre la solidité, il y a lieu d’afficher une réelle résilience, en d’autres termes être en mesure de se doter d’un mental inébranlable pour sereconstruire vaillamment après un traumatisme vécu. La résilience ne signifie pas la résistance. Les deux notions sont même opposables. Les Etats-Unis apprennent à leurs dépens que la géopolitique mondiale exige un renouvellement du paramétrage afin d’intégrer des lignes de forces en gestation. Le refus de soutenir l’Arabie Saoudite face aux remuants Houtis du Yémen administre la preuve que Washington réapprécie ses alliances pour cesser de passer pour le gendarme du monde. Ryad craint une extension du conflit Israël-Iran sans le parapluie américain. Ce qui expose l’Arabie Saoudite à des visées iraniennes, donc à l’ennemi.  

 Bien des pays africains subissent des chocs inflationnistes qui entraînent des pertes massives de pouvoir d’achat. Il est à craindre des colères collectives. A noter pour le souligner à traits renforcés que le taux de pauvreté est au plus haut historique sur le continent. Un état de sidération s’empare de larges couches sociales.  L’empire du bruit s’étend. Les tensions s’exacerbent même si, pour le moment, des soupapes endiguent les effusions. Il n’échappe à personne que le renchérissement du coût de la vie fragilise des vies avec des impacts et des conséquences économiques d’ampleur. 

 Quelque chose est en train de se rompre. Ces sévères mesures, qui ressemblent à un «doigt d’honneur aux peuples », créent des césures, des déchirures profondes voire un grand écart susceptible de dresser les couches populaires contre les classes moyennes et supérieures. Il y a –et c’est manifeste- une crise de l’écoute exacerbée par des clivages politiques parfois même au sommet de l’Etat ! Un comble

Par Mamadou NDIAYE

Tags: AfriqueÉditorial
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