Le projet de loi de finances rectificative (LFR) 2026 a finalement été rejeté à l’Assemblée nationale, à la suite de l’adoption d’une question préalable. Le scrutin, dont les résultats ont été affichés après le vote, fait état de 109 voix pour, 20 contre et 3 abstentions, sur un total de 132 votants.
Cette décision a entraîné le rejet du texte, dans un contexte de fortes divergences entre le gouvernement et les parlementaires sur la sincérité et la transparence budgétaires.
Face à la presse, le ministre des Finances et du Budget, Cheikh Diba, défend le. recours à une loi de finances rectificative, qu’il présente comme une nécessité au regard des évolutions des recettes et des dépenses de l’État. Il évoque les conséquences de la guerre entre la Russie et l’Ukraine sur les cours mondiaux du pétrole, dont le baril serait passé de 64 à 120 dollars, selon ses explications.
Pour faire face à cette situation et soutenir le pouvoir d’achat des populations, le gouvernement prévoit de porter les subventions à 790,3 milliards de francs CFA, contre 250 milliards initialement inscrits dans la loi de finances initiale. Le ministre évoque ainsi un besoin supplémentaire de 540,3 milliards de francs CFA. Il salue les investissements prévus dans le projet, notamment la construction de cinq hôpitaux à Bakel, Mbour, Kaolack, Ziguinchor et Saint-Louis, ainsi qu’une enveloppe de 97,35 milliards de francs CFA destinée à l’assainissement de Touba.
Cheikh Diba a par ailleurs apporté des précisions sur le Plan de résilience économique et sociale (PRES). Sur les 762 milliards de francs CFA initialement attendus, 173,3 milliards avaient été mobilisés au 30 septembre. Le gouvernement espère atteindre 311 milliards d’ici à la fin de l’année. Pour le ministre, ces écarts entre les prévisions et les réalisations justifient les ajustements budgétaires présentés aux députés. Il estime que l’Assemblée nationale avait refusé le débat sur les enjeux du texte.
Une lecture vivement contestée par le groupe parlementaire PASTEF. Le président du groupe parlementaire PASTEF, Mohamed Ayib Daffé, justifie le rejet du projet par des réserves portant notamment sur la sincérité des dépenses et le niveau du déficit budgétaire. Selon ses estimations, celui-ci pourrait être limité à 5,6 %, au lieu des 7,6 % présentés par le gouvernement, si les dépenses étaient évaluées sur la base de leur exécution réaliste d’ici à la fin de l’année.
Le député critique la politique gouvernementale de protection du pouvoir d’achat, qu’il juge insuffisante face à la hausse du carburant, de l’électricité et des denrées de première nécessité. Il a dénoncé ce qu’il considère comme un manque de transparence, concernant la transmission de certains documents à l’Assemblée nationale. Il a toutefois indiqué que la procédure pourrait se poursuivre si le gouvernement revoit son projet en tenant compte des préoccupations soulevées par les députés.
Dans les rangs de l’opposition, Abdou Mbow a dénoncé une décision qu’il qualifie de « sabotage organisé ». Le député reproche aux parlementaires de PASTEF de refuser de voter un texte fondé, selon lui, sur des prévisions budgétaires initialement défendues par le même camp politique. Il critique l’absence d’amendements ou de contre-propositions et accuse la majorité parlementaire de privilégier les divergences politiques au détriment du débat budgétaire.
Le député non-inscrit Mbaye Dione a pour sa part, évoqué une crise institutionnelle qui viendrait s’ajouter aux difficultés économiques et politiques du pays. Il conteste les arguments avancés par le groupe PASTEF, rappelant que des lois de finances rectificatives avaient déjà été examinées en 2024 et en 2025. Il déplore le recours à une question préalable, estimant que cette procédure n’avait pas permis aux différents groupes parlementaires de confronter leurs arguments.
Le rejet du projet de LFR 2026 met ainsi en évidence les profondes divergences entre l’Exécutif et les députés sur les orientations budgétaires du pays. Alors que le gouvernement défend la nécessité de réajuster les prévisions pour faire face aux contraintes économiques, les députés de PASTEF maintiennent leurs réserves sur la sincérité et la transparence du document. La suite de la procédure dépend désormais des décisions que les autorités compétentes prendront face à ce blocage.
Khady Seck







