La campagne de commercialisation de l’arachide, secteur stratégique pour l’économie rurale sénégalaise, connaît cette année de graves dysfonctionnements que le Front pour la Défense de la République (FDR) qualifie de crise majeure. Selon le Front, la situation actuelle expose des millions de producteurs à une précarité accrue et révèle l’absence de préparation et de réalisme des autorités publiques.
Au cœur des inquiétudes figure l’objectif officiel d’achat de 450 000 tonnes d’arachide. Un volume jugé largement hors de portée de la SONACOS, dont les capacités industrielles et financières restent limitées. À titre de comparaison, lors de la campagne précédente, l’entreprise publique n’avait pu collecter qu’environ 155 000 tonnes, pour une valeur estimée à 52 milliards de francs CFA, sans parvenir à transformer intégralement cette production en huile. Fixer un objectif presque trois fois supérieur, sans investissements nouveaux ni garanties financières solides, apparaît irréaliste pour de nombreux acteurs du secteur.
Sur le plan budgétaire, les chiffres avancés sont tout aussi alarmants. L’achat de 450 000 tonnes d’arachide nécessiterait près de 150 milliards de francs CFA pour le coût des graines rendues usine. À cela s’ajoute l’apurement des arriérés dus aux opérateurs privés stockeurs, estimés à environ 60 milliards de francs CFA, conformément aux engagements pris par le Premier ministre lors du conseil interministériel du 25 novembre 2025. Au total, les besoins financiers de la campagne s’élèveraient à plus de 210 milliards de francs CFA, dans un contexte où l’État peine déjà à honorer ses engagements dans des secteurs vitaux comme l’éducation et les transports.
Pour le FDR, ce déséquilibre financier se traduit directement par une détresse sociale dans le monde rural. Faute de liquidités et de circuits d’achat fonctionnels, de nombreux producteurs sont contraints de céder leur récolte à des prix largement inférieurs au prix plancher annoncé. Cette situation affecte des millions de familles paysannes, pour qui l’arachide constitue souvent la principale source de revenus annuels, et fragilise davantage des ménages déjà confrontés à la hausse du coût de la vie et à l’augmentation des charges de production.
Le Front pointe également les failles structurelles de la gouvernance de la filière. Les retards dans la mobilisation des financements, l’accumulation des dettes envers les opérateurs privés et l’insuffisance des capacités de transformation industrielle entretiennent une désorganisation chronique. Selon le FDR, sans une réforme en profondeur de la chaîne de valeur, la campagne arachidière continuera de se solder par des crises répétées, avec des conséquences économiques et sociales lourdes.
Au-delà de la campagne actuelle, le FDR appelle à une refonte de la stratégie nationale pour l’arachide, fondée sur des objectifs réalistes, la modernisation des infrastructures industrielles et un meilleur accompagnement des producteurs. À défaut de telles mesures, avertit le Front, l’échec annoncé de cette campagne risque de compromettre durablement l’avenir d’une filière qui représente encore une part essentielle de l’emploi rural et de la stabilité sociale du Sénégal.
Emedia








