Un vent de fronde souffle sur la Société nationale d’électricité du Sénégal (Senelec). Réunies sous la bannière de la Convergence Syndicale des Travailleurs de Senelec (CSTS), qui regroupe le SUTELEC, le SUDETEN, le SYNTES et le SYCAS, les organisations syndicales viennent de lancer une mise en garde solennelle à leur direction ainsi qu’aux autorités étatiques.
Réagissant avec indignation aux manœuvres visant à suspendre le paiement de la Prime sur le Résultat Annuel Bénéficiaire (PRAB), les syndicats dénoncent une injustice flagrante et menacent d’engager une riposte d’envergure.
Pour les représentants du personnel, cette prime constitue un avantage acquis incontestable, fondé sur un principe historique unique : l’enregistrement d’un résultat comptable bénéficiaire, certifié par les commissaires aux comptes et validé par le conseil d’administration. La CSTS dénonce le recours récent à de nouveaux critères financiers, tels que le ratio d’endettement ou la solvabilité fiscale, qu’elle qualifie d’interprétations opportunistes et de prétextes inacceptables destinés à priver les agents du fruit de leurs efforts. Sur le plan juridique, le syndicat rappelle que cette prime répond à tous les critères d’un usage établi en droit social — généralité, constance et fixité —, un principe renforcé par la Convention collective nationale interprofessionnelle.
Selon les syndicats, le nœud du problème réside dans une tentative de faire porter aux travailleurs la responsabilité d’une situation financière dont ils ne sont pas à l’origine. Les chiffres avancés par la CSTS mettent directement en cause l’État du Sénégal ainsi que d’autres acteurs du secteur. L’ardoise publique est particulièrement lourde : l’État resterait redevable de plus de 182 milliards de francs CFA au titre des consommations de l’administration et des collectivités, tandis que les compensations tarifaires impayées atteindraient 391 milliards de francs CFA. À cela s’ajouteraient 60 milliards de francs CFA de créances liées aux exportations d’électricité, 9 milliards dus par les concessionnaires ruraux, ainsi qu’un manque à gagner de 18 milliards de francs CFA entièrement supporté par la Senelec après la baisse des tarifs décidée par le gouvernement en 2025.
Face à ce qu’elle qualifie de « ligne rouge », la CSTS exige le paiement immédiat de la PRAB et demande à l’État d’apurer ses dettes sans délai afin de préserver l’équilibre financier de l’entreprise. Refusant que les travailleurs servent de variable d’ajustement budgétaire, les syndicats ont déjà arrêté un calendrier de mobilisations nationales.
Après la publication officielle de leur déclaration, prévue ce jeudi 9 juillet 2026, les agents arboreront des brassards rouges sur l’ensemble du territoire le lundi 13 juillet à partir de 7 h 30. Une conférence de presse est également programmée le même jour à la cité Keur Gorgui. Le mouvement montera ensuite d’un cran le mardi 14 juillet avec une assemblée générale de mobilisation au siège de Vincens, à Dakar, où les quatre secrétaires généraux de la convergence dévoileront le mot d’ordre final d’un conflit social qui s’annonce particulièrement tendu.
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