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Editorial : La dèche

1 heure ago
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Editorial : La dèche
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 Le Sénégal se cherche une voie de salut ! Pour peu il vacillerait. Son point d’équilibre n’est pas rompu. Mais ballottée par les vents contraires, les courants et les humeurs, sa stabilité s’avère aléatoire. Chaque jour apporte son lot de doute et d’inquiétude. Depuis trois ans, une page est tournée par un indiscutable fait majoritaire, à l’issue de la présidentielle de 2024. 

 En revanche, une nouvelle page ne s’ouvre pas encore. Ou plutôt, elle demeure blanche si même elle n‘est pas jaunie,exposée à des mains tremblantes, donc loin de s’immobiliser.C’est le monde impitoyable des impostures. Dans cet entre-deux sans éclaircie, les Sénégalais s’interrogent. Ils grommellent, esquivent les questions gênantes et s’interdisent de vociférer. Sans bruit.

 Emmitouflés dans un excès de pudeur, ils vivent mal cette période de dèche alors que les prix des denrées montent en flèche. Le pouvoir d’achat dégringole. Pas besoin d’un dessin pour s’en apercevoir. Plus grave, l’argent circule rarement. Il emprunte des circuits inhabituels. En d’autres termes, l’argent est capté par des acteurs marqués au fer par une culture de bas de laine. Ils thésaurisent, instinct grégaire entretenu par un attachement à des croyances surannées. L’atonie actuelle traduit la morosité ambiante avec un désarmante lenteur des échanges entre acteurs économiques.

 Les foyers, contraints de s’ajuster, se fixent des limitesindépassables et éliminent illico presto de leur quotidien les dépenses ostentatoires ou superfétatoires. Le panier s’allège, signe d’un marché qui s’anime moins. Il n’y a pas grand monde, ni dans les surfaces, ni dans les magasins. Est-il écrit d’éternité que les prix doivent s’inscrire à la hausse permanente ? En principe, les baisses enthousiasment tandis que l’inflation traumatise. S’ensuit une guerre des nerfs à laquelle se livrent des forces qui déplacent la confrontation sur le terrain politique. 

 Au centre de l’arène se trouvent des adversaires que tout oppose aujourd’hui alors qu’hier tout les unissait pour accéder au pouvoir. Le PASTEF et KIRAAY, en l’occurrence, pour ne pas les nommer. Des deux côtés percent des individualités qui s’exposent en public. Leur goût immodéré du paraître trahit un délire enfoui de « faire l’opinion ». Une telle prétention n’est pas de nature à enterrer la hache de guerre. Ce déchirement entraine des pugilats sous la forme d’une mystification. Une fois conquis, ce pouvoir, au lieu d’être un « cadeau du ciel », se transforme subitement en un facteur de division, laissant apparaître des lignes de démarcation que le temps met à nu. 

 De part et d’autre, les fausses apparences tombent comme des écorces d’arbres. A ce compte, l’hypocrisie se dévoile au grand jour. C’est à se demander si les turpitudes actuelles n’exaspèrent pas les Sénégalais au point de renvoyer dos-à-dos les « porteurs de promesses » perçus comme des illusionnistes maîtrisant « l’art de tromper » mais dépourvus de dextérité pour matérialiser le «miracle promis ». Les politiques sont encore à ce jeu. 

 Leur habileté s’estompe et secrète une amertume qui s’épaissit avec le temps, à mesure que la conjoncture se crispe. En clair, l’horizon n’est pas dégagé. Une étrange porosité traverse les cercles d’agitation des partis politiques. Ils se neutralisent plus qu’ils ne nouent des alliances stratégiques susceptibles de forger un élan de renversement. Or en lieu et place, la désillusion n’est pas loin. Elle est à la fois une déception et une frustration mêlées à une tristesse qui se lit sur bien des visages ou à travers des voix de plus en plus audibles dans des espaces de réception qui deviennent des relais naturels d’amplification des échos.

 La volubilité peine à masquer les carences, surtout si l’ordinaire des populations ne change guère. L’empressement à occuper l’échiquier politique cache un jeu et un enjeu alimentés d’invectives qui ne suscitent plus d’intérêt majeur. La volonté vive de tous les politiques d’en découdre leur ôte une certaine légitimité dès lors qu’ils se montrent inaptes àprendre en charge les urgences du pays. Face au chaos, ils s’en détournent. Il en découle un ordre illisible des priorités. 

 Aucune clarté lunaire n’illumine les politiques incapables d’abréger les souffrances. Au contraire, ils les prolongent tout en se détournant des enjeux sociopolitiques, autres signes de faiblesse si ce n’est d’incompétence avérée. Pour échapper aux périls qui se dressent sur le chemin du rebond, aucune initiative n’est de trop pourvu qu’elle soit couronnée de succès. L’école ouvre ses portes début octobre. Rien n’est prêt cependant. Et les fournitures coûtent cher. Quant aux inscriptions, elles sont hors de portée des familles. Il y avait pourtant un consensus en faveur d’une réduction substantielle des frais de scolarité auquel avaient souscrit les écoles privées. L’imminence de la rentrée ne présage pas d’un climat serein. 

 Qui plus est, les syndicats se réchauffent à cette veille d’ouverture avec des menaces de grève du fait de l’impréparation de cette rentrée, de la distorsion de conditions dans les ordres d’enseignement et surtout d’une kyrielle de manquements liés aux affectations, aux dotations, aux réfections de différents établissements (abris provisoires), au déficit d’enseignants dans de nombreuses académies desrégions et des départements.

 Le réveil des syndicats risque d’embrumer le secteur éducatif déjà accablé de préoccupations. Il st même à craindre un élargissement massif du front syndical pour obliger le pouvoir  à réviser sa posture d’évitement. Le privé a besoin d’être assaini. Trop d’écoles, détentrices de licences douteuses, ont pignon sur rue et prétendent dispenser des formations qu’aucune instance académique de validation ne contrôle ni en amont, ni en aval. L’appât du gain (facile) obnubile ces faux dévots de l’éducation. Quelle infamie ! 

Que faire dès lors ? Frapper un retentissant coup d’arrêt en rappelant tout ce monde à l’ordre. Ensuite punir sévèrement les faussaires pour l’illégalité des pratiques nocives et ruineuses dont ils se rendent éhontément coupables. Sans gêne… L’hypocrisie, jadis dissimulée, se répand ainsi jusque dans la transmission du savoir en faisant des jeunes (élèves collégiens, lycéens, étudiants) des victimes de ces impénitents sans foi ni loi ! Des parents grugés par ces tromperies crient au scandale en prenant à témoin l’opinion et les médias. 

 La ruée vers établissements atypiques affecte l’image et le standing de l’Ecole sénégalaise, objet d’admiration jusqu’en Afrique centrale, d’où proviennent de nombreux étudiants en quête de savoir au Sénégal réputé pour la qualité de son enseignement même si le sérieux « y fait défaut », selon un syndicaliste chevronné. Sur un autre registre, le Sénégal héritede l’organisation des Jeux olympiques de la Jeunesse (JOJ) dont le démarrage est prévu à fin octobre ; en pleine année scolaire. Il s’agit d’un fête de la jeunesse à laquelle sont naturellement conviés les écoliers aux fins de donner à cet événement exceptionnel un cachet populaire. 

 A cette fin, Dakar s’active pour s’honorer de recevoir le monde à domicile. Les effets de la crise se font sentir dans la timidité des populations, le ronron dans les rues et aux alentours des stades, autrefois grouillants de monde. De partout viendraient de frêles silhouettes déterminées à se construire, avec la capitale sénégalaise comme point de fixation et surtout étape décisive dans l’éclosion des talents en herbe qui s’élanceront sur les pistes. 

 Le Sénégal, son Etat, sa diplomatie et ses plénipotentiaires se sont déployés à l’interne et à l’extérieure dans l’ultime but d’assurer à ce grand rendez-vous sportif le franc succès qui en est attendu. L‘occasion est propice au jaillissement d’initiatives fécondes voire d’espoir d’un réarmement moral des couches juvéniles d’Afrique. Le sport reste ce facteur fédérateur, en un mot, un instrument de rapprochement entre peuples nourris aux idéaux de l’olympisme pour changer la face hideuse d’un monde truffé d’intrigues. Quid de la sécurité ? Les forces de défense veillent au grain, dit-on ! Au détour de longues simulations, elles ont fini par circonscrire les poches de danger, planifiant les interventions au fur et à mesure.  Même si la violence décline pas, elle reste résiduelle, à l’image des actes répétitifs de sabotage des installations de la SENELEC. Par ces agissements, la violence migre. Vers où ? Nul ne sait. Sauf les FDS, prévenues des dangers sur la foi des modes opératoires déjà répertoriés. Nom de code : vigilance !  

 

 Par Mamadou NDIAYE

Tags: dècheÉditorial
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