L’or s’éclot. Sur toutes les places fortes, il s’épanouit en retrouvant des couleurs vives. Ainsi, l’once se négocie à prix… d’or ! Elle vaut plus de 5 mille dollars. Cette soudaine hausse, inscrite dans la durée selon des prévisionnistes réputés, s’explique par la montée des inquiétudes et les incertitudes des marchés affectés par des aléas conjoncturels.
Ceux-ci fluctuent au gré des situations : guerres, conflits régionaux, menaces sur les approvisionnements en hydrocarbures, convoitises de mines aurifères, achats massifs, stocks tout aussi massifs de matières premières. De tels facteurs de perturbation agissent sur les cours des métaux précieux dont l’or considéré partout comme une valeur refuge. Il y a longtemps qu’une telle excitation n’était plus perceptible sur la valeur marchande de l’or. Mais des signes précurseurs s’annonçaient.
En une décennie, le cours s’est apprécié de 14 % par an, précisent les mêmes prévisionnistes ! L’un d’eux va plus loin : « il n’y a plus de limite à la hausse du cours de l’or ! ».
L’Australie, épargnée par les vives tensions, organise nettement mieux que toutes les concurrences, l’exploration et l’exploitation de l’or. Deuxième producteur mondial derrière la Chine, le « pays des kangourous » tire avantage de l’envolée des prix de l’or en raison de sa stabilité, de la robustesse de son économie parfaitement intégrée dans l’économie mondiale. Elle attire capitaux et investisseurs.
Pékin produit et consomme de l’or. Mieux, la Chine domine le marché par ses achats et dicte implicitement sa loi. Il se dit, et ça se confirme de plusieurs sources informées, qu’elle réduit sa détention d’actifs en dollars en se débarrassant avec subtilité des bons du Trésor américain qu’elle détient. Elle en est un grand créancier même si elle s’abstient d’assumer un rôle accru et prépondérant dans le pilotage des monnaies internationales via son yuan qui ne porte ni ne reflète la puissance économique de la Chine.
La lisibilité de sa stratégie ne transparaît pas au grand jour. D’aucuns considèrent néanmoins que le yuan ne saurait tarder à se positionner comme une « monnaie alternative » face à la devise américaine. D’où sa propension à davantage acheter et stocker de l’or dans l’optique de se soustraire à l’influence de Londres et New-York et ainsi, de pousser à l’affirmation osée de Shanghai Gold Exchange.
Parfois, la rivalité entre Washington et Pékin se joue dans des couloirs feutrés et non par « bras de fer » interposés. En une décennie seulement, les rapports de forces s’égalisent presque. Tous au moins, les regards s’inversent. A la frénésie américaine, la Chine oppose une démarche de souplesse, « sans bruit ». Elle trace sa route de la soie pour encercler le monde significatif. Les Etats-Unis, eux, s’apprêtent à percer le Groenland pour, dit-on, mieux assurer leurs arrières et sécuriser leurs sources d’approvisionnement en ressources stratégiques.
L’or en est une. Les Américains regrettent-ils la belle époque de la convertibilité du dollar en or ? En 1971, Richard Nixon, alors président des Etats-Unis, avait cassé cette « liaison » jugée dangereuse du fait que d’autres nations industrialisées échangeaient leurs dollars en acquérant de l’or. L’inquiétude grandissait, l’hypothèque d’un découplage se précisait, puisque les réserves d’or s’épuisaient alors que les masses de dollars s’épaississaient. L’étalon-or prenait fin en raison de la surévaluation du dollar, ce qui rendait la convertibilité « insoutenable ».
En d’autres termes, l’or a vécu bien des péripéties avant de luire à nouveau avec les perspectives souriantes qui se dessinent maintenant.
Les Etats du golf ne sont pas en reste. Présents au Soudan, les Emirats Arabes Unis (EAU) ont fait main basse sur une bonne partie de l’or de ce pays ravagé par des guerres ethniques meurtrières. Abou Dabi livre sans vergogne des armes aux fractions et raflent tout l’or disponible. Les Emirati ne s’en cachent même pas. Pas plus que cette duplicité n’est dénoncée par l’Union africaine qui se voile le visage devant le drame soudanais qui jette sur le chemin de l’exil vers le sud est du Tchad des millions de Soudanais sans aucune protection.
Beaucoup meurent en route : enfants, femmes, vieillards et personnes malades. Et même des bras valides ! Sans assistance possible puisque ce génocide à « huis clos » prive les rares organisations humanitaires présentes aux alentours les possibilités d’apporter soutien et soulagement à les pauvres populations qui errent sans fin le long d’interminables routes de l’aventure.
L’Egypte ferme ses frontières et tourne le dos à l’hécatombe. Seules des images de satellites fournies par l’armée américaine éclaire faiblement l’atrocité des tueries et les fosses communes creusées à la hâte pour ensevelir indistinctement des corps putréfiés, non identifiés et sans sépulture décente.
L’or du Soudan alimente les coffres-forts des Emirats qui ne s’embarrassent d’aucun scrupule pour abriter les pourparlers RDC, Rwanda et la rébellion du M23. L’Union africaine ne pipe mot de ces duperies. Impuissante à agir pour endiguer ces pillages, elle s’efface alors qu’elle est en droit de s’afficher pour flétrir cette « Reconquista » version arabe. Décidément Al Andalus s’éloigne et s’évanouit dans l’imaginaire de bien des péninsules !
Si bien que l’appétit féroce d’or entretient partout en Afrique d’âpres batailles. Celles-ci gagnent l’Afrique centrale via la Centrafrique, déjà exsangue et complètement dépecée par des gangs organisés avec en arrière-plan des « mains invisibles » qui actionnent de redoutables leviers d’influence.
Des essaims de bandes armées se déplacent sans cesse vers des « zones prometteuses » : le nord du Cameroun, le Sud-ouest du Nigeria, le Niger, le Burkina et le Mali où elles se drapent dans les habits de la religion pour prospérer. Elles dictent leurs lois. Elles font par ailleurs face aux armées régulières auxquelles elles tiennent tête non sans leur infliger assez souvent de substantielles pertes de position, de soldats et de matériels.
Les « rares oasis » épargnées s’étendent des pays de l’Entente au Sénégal, à la Guinée et dans une moindre mesure la Guinée-Bissau, en proie une chronique instabilité militaro-politique. Le Sénégal produit de l’or dans des quantités variables, d’une année à l’autre. Dakar aurait pu mieux s’organiser pour asseoir une politique de transaction qui lui permettrait de pénétrer davantage les cercles où se détermine le fixing du prix de l’once.
Par ailleurs, Kédougou, épicentre de la production du métal jaune, fait pâle figure d’autant que l’or extrait n’y est ni conditionné, ni manufacturé encore moins labellisé comme lieu d’origine. Plutôt est-il exporté brut vers des pays dotés d’infrastructures de mesure, d’étalonnage et de certification, à l’image de l’Inde, du Pakistan, du Canada et de la Belgique où atterrissent justement d’importants tonnages de lingots, prisés par les négociants, les investisseurs et la bijouterie de luxe.
Ces opportunités nous échappent. Et pourtant ce n’est pas faute de manquer de spécialistes pour « vendre » notre or au meilleur prix et de ce fait, développer l’attractivité de la zone d’extraction par excellence qu’est la région de Kédougou. N’est-on pas mieux servi que par soi-même !
La richesse aurifère n’impacte pas le milieu où prévalent toujours les stigmates visibles de la pauvreté et des poches de misère que tentent de camoufler certaines sociétés extractives par le biais de la fumeuse responsabilité sociétale des entreprises ! Une case de santé par-ci ! Un foyer des jeunes par-là et partout des lots de consolations aux femmes ou des jeux de maillots aux équipes sportives locales. Manipulations et détournement d’objectifs…
La cure de sobriété imposée à cette région est simplement affligeante. La légèreté ou la naïveté coûtent cher dans cette partie orientale de notre pays frontalière de la Guinée vers où se braquent tous les regards avec l’exploitation effective du fer de Simandou. Par une réelle anticipation, des comptoirs et des laboratoires de certification devraient s’installer, entraînant du coup un rehaussement du standing de Kédougou comme lieu incontournable d’expansion de l’or…
Une adaptation positionnelle s’impose pour redorer une région jadis considérée, à tort, comme une destination punitive…
En 1’ ans le cours s’est apprécié de 14 % par an ! il n’ a plus de limite à la hausse du cours de l’or. Gagner du temps, prouesse politique année pour rien
Par Mamadou NDIAYE







