L’HOMME DE L’ÉTAT ET L’HOMME D’ÉTAT :
UNE LEÇON PHILOSOPHIQUE DE LA RÉPUBLIQUE
Il existe des Hommes dont l’existence dépasse leurs propres égos. Ils cessent d’appartenir à leur époque pour entrer dans la mémoire politique d’une Nation. Leur plus grand héritage n’est pas le Pouvoir qu’ils ont exercé, mais la manière dont ils ont Réfléchi la Gestion de l’État, servi la République et élevé la politique au rang d’une éthique.
Après avoir eu le privilège de servir, durant plus de six années, comme Secrétaire particulier d’Ousmane Tanor Dieng, je ressens aujourd’hui un Devoir de Témoignage sincère.
Non pour célébrer un homme. Mais de rappeler une certaine IDÉE de l’État.
Les Circonstances actuelles invitent plus aux passions qu’à la méditation. Les tensions politiques qui traversent notre Cher Pays ne sont ni inédites ni exceptionnelles. Reconnaître que le Sénégal a déjà connu des crises plus profondes, des fractures plus douloureuses et des affrontements plus périlleux. Mais il ne s’est jamais effondré, c’est parce qu’il s’est toujours trouvé des Hommes capables de faire prévaloir la Raison d’État sur celles partisanes, Vigueur et Permanence des Institutions sur l’éphémère des victoires politiques, et l’intérêt général sur les intérêts particuliers. Cette différence constitue précisément la frontière philosophique entre l’Homme de l’État et l’Homme d’État.
L’Homme de l’État administre.
L’Homme d’État fonde.
Le premier exerce une Fonction. Mais le second assume une Mission.
Le premier Gouverne le Présent. Mais le second Prépare l’Avenir.
Le premier Protège l’Appareil institutionnel.
Le second Protège l’Esprit des Institutions. Cette Distinction rappelle la Réflexion d’Aristote selon laquelle la Politique n’est pas simplement l’Art de gouverner les Hommes, mais la Science du Bien commun. Qui rejoint également Max Weber lorsqu’il distingue l’Ethique de la Conviction, et de l’Ethique à la Responsabilité L’Homme d’État ne peut se contenter d’avoir raison; il doit mesurer les conséquences de chacune de ses décisions sur la Destinée collective.
J’ai vu en Ousmane Tanor Dieng cette rare Capacité à conjuguer la fermeté de ses Principes avec la souplesse méthodologique et organisationnelle. Il savait que le Dialogue n’a jamais été une Capitulation.
Il savait que la Négociation non plus n’est pas une faiblesse. Il savait surtout que la République ne survit que lorsque les adversaires refusent de devenir des ennemis. Que la Politique ne perd son âme que lorsqu’ elle cesse d’être une Médiation pour devenir une Confrontation permanente et civilisée par l’esprit Rationnel de ses Hommes.
Hannah Arendt rappelait que la Politique naît lorsque les Hommes acceptent de se parler plutôt que de s’anéantir. Là où disparaît la Parole, surgit la Violence.
Là où s’éteint le Dialogue, la Démocratie commence à se fragiliser.
Dans le Cabinet de notre Ousmane Tanor Dieng, j’ai découvert une véritable Pédagogie du Sens de l’écoute. J’y ai aussi appris que Coopérer ne signifie jamais renoncer. Coopérer, c’est aussi Négocier, Dialoguer.
Et Négocier, ce n’est pas renoncer à ses Convictions; c’est Rechercher les Conditions d’une Coexistence durable des convictions différentes.
Cette Philosophie rejoint la Pensée de William Ury, pour qui la Coopération constitue désormais la Condition même de la survie des Sociétés contemporaines.
Les défis de notre siècle ne peuvent être relevés ni par la domination, ni par l’humiliation, mais par l’intelligence du compromis. Et le compromis n’est pas une Défaite morale.
Il est souvent la plus haute expression de la Sagesse politique. C’est cette intelligence qui a permis au Sénégal de connaître des Transitions apaisées, notamment lorsque le Président Abdou Diouf accepta d’intégrer son principal Opposant, Maître Abdoulaye Wade, dans le Gouvernement. Ce choix ne traduisait ni faiblesse ni renoncement. Mais une conviction supérieure : lorsque l’Intérêt National est en jeu, la République Doit toujours l’emporter sur les appartenances partisanes. Malheureusement,
L’Homme politique cherche parfois à gagner une Election.
L’Homme d’État cherche à préserver une Civilisation politique.
L’un Pense au prochain Scrutin. L’autre Réfléchit à la prochaine Génération.
L’un à la quête des adhésions. L’autre construit la Confiance.
L’un peut conquérir le Pouvoir. L’autre donne une âme au Pouvoir.
Aujourd’hui, face aux crispations qui traversent notre Pays, il serait peut-être utile de revenir à cette Philosophie républicaine
Les Nations ne meurent pas d’abord de leurs désaccords. Mais lorsque leurs Elites cessent de croire que le Dialogue demeure possible.
Une République ne repose pas uniquement sur une Constitution.
Elle repose d’abord sur une Culture. Mais celle de la retenue.
Une Culture de l’Ecoute.
Une Culture de la Responsabilité.
Une Culture du Dépassement de soi.
C’est cette Culture vertueuse et humaine que j’ai observée auprès d’Ousmane Tanor Dieng.
Voilà pourquoi cet Hommage n’est pas seulement tourné vers le Passé. Il est une Invitation adressée à l’Avenir.
Les Grandes Figures politiques disparaissent.
Les Grandes leçons, elles, demeurent.
Et la plus grande de toutes est peut-être celle-ci :
La véritable VICTOIRE d’un Homme d’État n’est pas d’avoir vaincu ses adversaires, mais d’avoir empêché que son Pays ne se vainque lui-même.
Vive la RÉPUBLIQUE
Vive le SÉNÉGAL
Vive le PARTI SOCIALISTE AFRICAIN SÉNÉGALAIS
Votre fidèle serviteur,
Major (er) Abdou FAYE








