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Sénégal : le rejet de la loi de finances rectificative, un rendez-vous manqué avec la responsabilité parlementaire

3 minutes ago
in ACTUALITÉS, POLITIQUE, SOCIETE
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Sénégal : le rejet de la loi de finances rectificative, un rendez-vous manqué avec la responsabilité parlementaire
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Le rejet du projet de loi de finances rectificative (LFR) 2026 par l’Assemblée nationale,

le 3 novembre, dépasse largement le cadre d’un désaccord entre le gouvernement et

la majorité parlementaire. Au-delà du résultat du vote, c’est la méthode qui interroge

: contestation du rapport de la commission des finances, accusations d’altération de

documents, absence remarquée du président de l’institution au perchoir et interruption

des débats avant tout examen au fond. Une séquence qui pose une question

essentielle : peut-on prétendre défendre les intérêts du peuple tout en renonçant à

débattre d’un texte qui engage directement son avenir économique et social ?

Le droit de rejeter, le devoir de débattre

Le Parlement n’est pas une chambre d’enregistrement de l’Exécutif. Les députés

disposent pleinement du droit de contester les orientations budgétaires du

gouvernement et, le cas échéant, de rejeter ses propositions. Mais cette liberté

s’accompagne d’une responsabilité : cele d’éclairer les citoyens sur les raisons de leurs

décisions.

Or, le 3 novembre, les députés ont adopté, par 109 voix contre 20 et trois abstentions,

une question préalable qui a mis un terme à l’examen du projet de loi n° 40/2026. En

choisissant cette procédure, l’Assemblée nationale a interrompu l’examen du texte

sans véritable débat général sur son contenu.

La question n’est donc pas de savoir si les députés avaient le droit de rejeter cette loi.

Ils l’avaient. Ele est de savoir pourquoi un texte aussi déterminant pour la conduite

des finances publiques n’a pas fait l’objet d’une confrontation approfondie des

arguments.

Une loi de finances rectificative n’est pas un document administratif ordinaire. Ele

détermine les ajustements nécessaires aux recettes et aux dépenses de l’État,

conditionne certains investissements et engage la continuité de nombreuses politiques

publiques.

Une majorité parlementaire peut rejeter un budget. Elle ne devrait jamais

considérer qu’elle peut se dispenser d’expliquer au peuple pourquoi elle le

fait.

Une commission des finances au cœur de la controverse

La séquence est d’autant plus préoccupante que le projet avait déjà été rejeté à deux

reprises par la commission des finances. Le gouvernement avait pourtant obtenu, le

27 octobre, un renvoi en commission afin de poursuivre les discussions et d’apporter

des réponses aux préoccupations exprimées par les députés.À l’issue des nouveaux échanges, le rejet a été maintenu. Le ministère de l’Economie,

des Finances et du Plan affirme avoir transmis des éléments détaillés sur les

observations de la commission, notamment concernant les subventions énergétiques,

les dépenses sociales et les investissements publics. Les parlementaires ont, de leur

côté, soulevé des insuffisances documentaires relatives à l’exécution des

investissements, à la dette et à certains audits.

Ces divergences auraient dû constituer la matière première d’un débat parlementaire

exigeant. Elles concernaient précisément les questions sur lesquelles les représentants

du peuple sont appelés à exercer leur contrôle.

Plus troublant encore, la séance plénière a été marquée par une vive polémique autour

du rapport de la commission. Le ministre chargé des Finances Cheikh Diba a contesté

certains éléments du document présenté, tandis que des députés ont évoqué

publiquement une possible altération du rapport.

De telles accusations ne peuvent être considérées comme établies sans vérification

indépendante. Mais elles sont suffisamment graves pour exiger des explications. La

publication des comptes rendus, des amendements et des enregistrements des travaux

de la commission apparaît dès lors indispensable.

Une institution parlementaire ne peut durablement inspirer confiance si la fidélité de

ses propres documents de travail devient un sujet de controverse.

Une absence qui interroge, une responsabilité qui demeure

Autre élément de cette séquence : l’absence du président de l’Assemblée nationale,

Ousmane Sonko, au perchoir lors de la séance décisive. Les travaux ont été conduits

par le premier vice-président, Malick Ndiaye.

Cette situation n’est pas, en ele-même, une irrégularité : le règlement intérieur prévoit

naturellement la suppléance du président. Mais dans un contexte de tensions entre le

gouvernement et la commission des finances, la présence du premier responsable de

l’institution aurait eu une portée symbolique particulière.

Quelques jours auparavant, Ousmane Sonko avait lui-même présidé les travaux ayant

conduit au renvoi du texte en commission. Le retour en séance plénière constituait

donc un moment important pour garantir la continuité du dialogue institutionnel.

Le leadership parlementaire ne consiste pas seulement à faire respecter les

procédures. Il consiste aussi à préserver les conditions d’un débat contradictoire et à

prévenir les crises qui fragilisent l’institution.

La rationalisation des agences : une réforme qui méritait mieux qu’un

silence parlementaire

La question de la rationalisation des agences et des structures parapubliques mérite

également d’être replacée dans cette séquence.Lorsqu’il était Premier Ministre, Ousmane Sonko avait fait de la réduction du train de

vie de l’État et de la rationalisation du secteur parapublic des orientations importantes

de son action gouvernementale.

Le 4 mars 2026, le Conseil des ministres a communiqué sur les résultats d’un travail

de rationalisation portant notamment sur 19 entités proposées à la suppression et 10

autres appelées à être repositionnées. Les économies budgétaires nettes envisagées

étaient estimées à 55 milliards de francs CFA sur trois ans.

Ces chiffres auraient mérité une évaluation parlementaire sérieuse : quelles économies

ont réellement été réalisées ? Quels coûts accompagnent ces restructurations ? Quelles

conséquences sur les services publics et les ressources humaines ?

Il ne suffit pas d’annoncer la rationalisation de l’État. Encore faut-il en mesurer les

résultats et en contrôler les effets.

Le Parlement aurait précisément pu être le lieu de cette évaluation. C’est toute la

contradiction de cette séquence : alors que la maîtrise des dépenses publiques

constitue un argument central de la politique gouvernementale, l’occasion d’en discuter

concrètement les instruments et les résultats a été manquée.

Le peuple ne peut être le grand absent du débat budgétaire

Derrière les chiffres de la LFR, il y a des réalités quotidiennes : les investissements

publics, les subventions énergétiques, les dépenses sociales, les engagements de l’État

et le financement des services publics.

Le déficit prévisionnel, les tensions de trésorerie et les besoins de financement ne sont

pas de simples indicateurs réservés aux spécialistes. Ils déterminent les marges de

manœuvre de l’État et, par conséquent, sa capacité à répondre aux attentes des

citoyens.

Le gouvernement doit rendre compte de ses choix. Les députés doivent les contrôler.

Mais lorsque le débat est interrompu avant même l’examen au fond, les Sénégalais

sont privés d’une confrontation publique qui aurait permis de comprendre les

divergences et d’en apprécier la pertinence.

C’est précisément ce que l’on attend d’une démocratie parlementaire : non pas

l’absence de désaccord, mais la capacité à transformer le désaccord en inteligence

collective.

Une responsabilité historique

Le rejet de la LFR 2026 peut être défendu comme une décision politique. Il ne peut

cependant être soustrait à l’exigence de responsabilité qui accompagne le mandat

parlementaire.Une commission des finances divisée, un rapport contesté, des accusations

d’altération, une séance conduite en l’absence du président de l’institution et,

finalement, un rejet sans examen au fond : l’ensemble dessine une séquence

particulièrement préoccupante pour la crédibilité du Parlement.

Il ne s’agit pas d’exiger des députés qu’ils approuvent systématiquement les

propositions du gouvernement. Il s’agit de leur demander de faire leur travail jusqu’au

bout. Le gouvernement doit répondre aux interrogations, produire les documents

nécessaires et assumer ses arbitrages. Le Parlement doit, en retour, exercer

pleinement sa mission de contrôle.

Le mandat parlementaire n’est pas un privilège politique. C’est une délégation de

responsabilité.

Les Sénégalais n’ont pas élu leurs représentants pour assister à des démonstrations

de force ou à des règlements de comptes internes. Ils les ont élus pour défendre leurs

intérêts, contrôler l’utilisation de leurs ressources et contribuer à la construction de

l’avenir national.

Le Sénégal mérite mieux qu’un Parlement qui compte ses voix. Il mérite un

Parlement qui fait parler les idées, qui éclaire les décisions et qui mesure,

avant chaque vote, le poids de ses responsabilités envers le peuple…

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