Au moment où la presse sénégalaise cherche à trouver avec l’actuel ministre des voies de relance, il me plait de vous transmettre mon ambition pour la presse sénégalaise en vue d’en faire un des champions nationaux dans les 10 prochaines années. Ce document pose les fondations de notre pacte. Il est soumis à vos observations, vos critiques et vos contributions pour construire ensemble les médias du Sénégal de 2029.
I. Le Socle National : La dignité sociale, la détaxation totale et l’assainissement des plateaux
Pour assainir le secteur et garantir l’utilisation rigoureuse de l’argent public, je propose un programme de financement réservé à 40 entreprises de presse titulaires d’une Licence Nationale d’Excellence (10 Presse écrite, 10 Radios, 10 Télévisions, 10 Médias Web), sélectionnées selon des critères stricts de transparence financière et de certification du personnel. Les organes officiels représentant les journalistes feront le choix initial de ces 40 entreprises. Celles qui finiront pas ne plus être conformes en seront retirées
Détaxation intégrale de la presse sous licence : Suppression totale de la TVA sur les produits de presse, exonération de l’Impôt sur les Sociétés (IS) à condition de réinvestissement dans les salaires, et suppression des droits de douane sur tout le matériel professionnel (studios, caméras, serveurs). L’impôt ne sera plus jamais une arme de chantage politique contre la presse.
Application de la Grille Salariale Certifiée : Pour éliminer le « journalisme alimentaire », l’État subventionnera les charges patronales à hauteur de 50% pour imposer les minima bruts suivants :
Reporter Débutant / Stagiaire certifié : 312 450 FCFA brut (env. 275 000 FCFA net)
Journaliste Senior / Enquêteur : 562 500 FCFA brut (env. 495 000 FCFA net)
Chef de Rubrique / Secrétaire de Rédaction : 937 500 FCFA brut (env. 825 000 FCFA net)
Rédacteur en Chef / Directeur de l’Information : 1 500 000 FCFA brut (env. 1 320 000 FCFA net)
Couverture Santé et Retraite Complète : Création d’une mutuelle nationale de santé obligatoire, subventionnée à 60% par l’État pour le journaliste et sa famille. Mise en place d’un fonds de rachat public des cotisations IPRES non versées pour garantir une retraite digne aux aînés de la profession.
Le programme Logement « Cité des Médias » : Création d’un fonds de cautionnement public auprès des banques pour permettre aux journalistes d’accéder à la propriété immobilière à taux zéro, sans apport initial massif.
Régulation des plateaux et VAE obligatoire : Pour mettre fin à l’anarchie des animateurs et chroniqueurs introduits par effraction sur le champ médiatique, une mesure de salubrité publique sera imposée. Tout non-journaliste officiant de manière régulière sur un plateau d’information ou de débat devra obligatoirement obtenir une Validation des Acquis de l’Expérience (VAE) certifiée conjointement par le CESTI et le CORED. À défaut, le média titulaire de la licence s’exposera à des sanctions financières et au retrait de sa subvention. Ceux qui par leur expérience et la qualité de leurs prestation depuis des années auront convaincu de leur professionalisme seront reconnus par leur pairs et intégrés pour y occuper leur place.
II. Révolution Technologique : Souveraineté Numérique, IA et Mémoire Collective
Face à l’avènement de l’Intelligence Artificielle, le Sénégal doit protéger son patrimoine informationnel et armer ses professionnels pour la modernité.
Numérisation du fonds documentaire et Droits d’Auteur Perpétuels : L’État financera un programme historique de numérisation intégrale de toutes les archives de la presse sénégalaise (depuis l’indépendance jusqu’à nos jours). Une loi sanctuarisera un droit d’auteur perpétuel sur ces fonds documentaires numériques. Les multinationales de la Tech et les éditeurs d’IA devront obligatoirement rémunérer les rédactions d’origine pour chaque requête ou entraînement d’algorithme exploitant ces archives historiques. C’est en protégeant ces droits que les acteurs de la presse auront une base légale solide contre ceux qui vampirisent leurs productions intellectuelles et s’enrichissent sur leur dos, sans droit ni autorisation. Les geants du TECH devront conclure des accords avec la presse.
Plateforme d’Archivage Intégrée (Média-Cloud Sénégal) : Mise à disposition d’une infrastructure cloud souveraine de très haute sécurité, interconnectée avec la TNT, la RTS et tous les éditeurs de presse privés volontaires. Cette plateforme assurera la consolidation méthodique et la conservation perpétuelle de notre mémoire collective audiovisuelle et écrite, tout en restant la propriété exclusive de ses créateurs. Il appartiendra aux participants de déterminer les conditions de partage et de gestion de ces données.
Plan National de Formation IA : Financement d’un programme de formation continue obligatoire et certifiant à l’Intelligence Artificielle pour tous les journalistes en activité au Sénégal. L’objectif est de maîtriser les outils d’aide à l’enquête (data-mining, détection de deepfakes, OSINT) tout en protégeant les standards éthiques face aux dérives technologiques.
III. Le retour à la mission de Service Public : Rentabilité démocratique et intégrité publique
L’argent injecté dans ce programme n’est pas une subvention perdue, c’est un placement d’intérêt public. La presse professionnelle est le premier moyen d’assurer la transparence de l’État.
Fonds de soutien à l’Investigation : Allocation de ressources directes pour financer vos grands reportages et vos enquêtes au long cours, vous libérant définitivement de la dépendance des « per diem ».
L’équation financière de la transparence : Investir 15 milliards de FCFA par an pour auditer, enquêter et documenter la gestion publique est la décision financière la plus astucieuse qu’un chef d’État puisse prendre. En investissant 15 milliards par an dans une presse libre et outillée, nous sauverons des centaines de milliards de FCFA de deniers publics actuellement perdus dans la corruption, les détournements et les contrats opaques. Le journaliste d’investigation devient le premier rempart de l’intégrité budgétaire de la nation.
Bouclier Juridique d’État : Prise en charge intégrale des frais d’avocats pour défendre les journalistes d’investigation face aux procédures bâillons ou aux pressions judiciaires.
Loi d’Accès à l’Information Publique : Vote d’une loi contraignant l’administration à délivrer sous 48 heures tout document requis par un journaliste certifié.
IV. L’Option Internationale : Conquérir le monde pour briser les monopoles
Le continent africain subit aujourd’hui un envahissement asymétrique des grandes chaînes d’information internationales (BBC, France 24, CNN, CCTV, Al Jazeera). En l’absence de champions médiatiques africains de taille mondiale, nos populations consomment une actualité formatée à l’étranger. L’Afrique est constamment racontée à travers le prisme des crises, de la misère ou des intérêts géopolitiques des puissances extérieures.
Pour y répondre, le Sénégal doit avoir l’ambition de couvrir le monde dans sa totalité.
Le réseau des 300 correspondants mondiaux : Déploiement d’un journaliste sénégalais dans chaque pays du monde (194 pays) et dans chaque grande métropole stratégique. L’actualité internationale, des crises géopolitiques aux grandes mutations scientifiques, sera rapportée par des Africains, pour les Africains, avec une objectivité totale.
Le statut de Journaliste-Ambassadeur : Chaque correspondant international sera accrédité par l’État du Sénégal et rattaché à nos ambassades. Ce statut unique offrira un bouclier diplomatique inviolable protégeant le reporter contre l’arbitraire des régimes étrangers, tout en faisant de lui un promoteur du rayonnement économique, culturel et touristique du Sénégal.
V. Un budget réaliste, souverain et immédiatement disponible
Certains technocrates crieront à l’utopie budgétaire. La réalité des chiffres leur répond avec force. Le secteur du numérique au Sénégal pèse aujourd’hui plus de 1 200 milliards de FCFA de chiffre d’affaires annuel, générant des dizaines de milliards de redevances collectées par l’ARTP.
Zéro franc pour le contribuable : Les 15 milliards de FCFA requis chaque année ne pèseront ni sur le budget général de l’État, ni sur les citoyens. Ils représentent une infime fraction (à peine 1,25 %) de la redevance globale du numérique au Sénégal.
Autosuffisance financière : Même sans l’apport immédiat des taxes sur les GAFAM – que nous battrons en brèche à l’échelle sous-régionale –, les redevances actuelles de l’ARTP suffisent largement à couvrir l’intégralité du programme national, international et technologique (IA) dès 2029.
Un retour direct dans l’économie : Cet investissement retourne intégralement dans le circuit économique sénégalais. Il crée des centaines d’emplois hautement qualifiés à l’international, stimule nos universités et nos écoles de formation, et fait des entreprises de presse nationales détaxées des pôles de croissance économique majeure.
Consultation Ouverte : Vos Observations
Ce document de travail sert de base à nos futurs échanges lors de mes prochaines visites dans vos instances. Vos amendements et contributions (sur la mise en œuvre de la VAE, la gestion paritaire du Fonds d’Impact ou les critères d’attribution des 40 licences) sont attendus pour affiner ce projet avant sa validation pour l’échéance de 2029.
Amadou Gueye, Président de l’UNIS







