Né à Mbour, Pape Daouda Leye, affectueusement surnommé « Papy », a construit depuis près de quatre décennies une remarquable histoire entre le Sénégal et la France. Ancien joueur de Division 2 avec le RC Ancenis, puis entraîneur et manager des Voltigeurs de Châteaubriant, il est aujourd’hui l’une des figures du football amateur français. Un parcours marqué par la réussite sportive, mais surtout par l’éducation, la transmission et l’accompagnement des jeunes Africains.
À Mbour, son nom est peut-être moins connu qu’à Châteaubriant. Pourtant, l’histoire de Pape Daouda Leye est profondément sénégalaise.
Né à Mbour, sur la Petite-Côte, à environ 80 kilomètres de Dakar, celui que tout le monde appelle désormais « Papy » n’a jamais oublié ses racines.
« Je suis bien plus qu’un Sénégalais, je suis un Mbourois ! », confie-t-il dans une longue interview accordée à 13heuresfoot.fr.
Cette identité reste au cœur de son parcours, plus de 40 ans après son départ du Sénégal.
De Mbour à Paris, puis au football français
Pape Daouda Leye grandit dans une famille où l’éducation occupe une place centrale. Son père est professeur d’histoire-géographie et président du Stade Mbour, tandis que sa mère est institutrice.
Le football est donc présent dans son environnement familial, mais ses parents souhaitent avant tout le voir réussir dans les études.
À 22 ans, en 1986, il rejoint la France pour poursuivre son parcours scolaire. Installé dans la région parisienne, il découvre progressivement le football organisé.
Une rencontre va changer son destin.
Un certain Jean-Claude, rencontré Porte de Clignancourt, lui propose de passer un essai au RC Ancenis. Papy Leye saisit l’opportunité.
Il arrive alors dans un club qui évolue en Division 4 et va rapidement devenir l’un des joueurs importants de l’équipe.
L’épopée d’Ancenis
Défenseur central puis libéro, Papy Leye participe à l’une des plus belles périodes de l’histoire du RC Ancenis.
Le club accède à la Division 3 en 1989 avant de rejoindre la Division 2 deux ans plus tard.
Dans cette équipe, le Sénégalais devient l’un des symboles d’une formation réputée pour sa solidité défensive.
Son ancien partenaire Pascal Robert garde notamment le souvenir d’une défense complémentaire : lui était chargé de la « première couche », tandis que Papy Leye constituait la « deuxième lame ».
Ces années vont également être déterminantes dans son intégration en France.
L’ancien entraîneur Miklos Béres et la famille du président Michel Jestin l’accompagnent dans ses premiers pas. Au-delà du football, ils l’aident à comprendre son nouvel environnement.
Une expérience qui influencera profondément sa vision de la formation.
« Ancenis m’a appris l’Occident »
Cette phrase résume une partie essentielle du parcours de Papy Leye.
Arrivé du Sénégal à 22 ans, il découvre une nouvelle société, une nouvelle culture et un nouveau fonctionnement.
Il apprend progressivement à gérer son quotidien, ses finances, les démarches administratives et la vie en France.
Cette expérience personnelle explique aujourd’hui son engagement en faveur des jeunes footballeurs africains qui arrivent en Europe.
Pour lui, un jeune joueur ne peut pas être considéré uniquement comme un footballeur.
Il doit également être accompagné dans son éducation et son adaptation.
Une autre idée de la formation
C’est probablement l’un des messages les plus forts de son témoignage publié par 13heuresfoot.fr.
Papy Leye estime que la formation ne doit pas se limiter aux performances sportives.
Lorsqu’un jeune Africain arrive en France, il doit pouvoir être accompagné pour apprendre la langue, gérer son argent, effectuer ses démarches, se déplacer, prendre soin de sa santé et préparer son avenir.
« La formation, ce n’est pas seulement créer des centres », insiste-t-il.
Son propre parcours lui sert de référence.
Il estime avoir eu la chance, à son arrivée en France, de bénéficier de personnes capables de l’accompagner et de le protéger.
Aujourd’hui, il souhaiterait que davantage de jeunes joueurs africains puissent bénéficier d’un accompagnement similaire.
Châteaubriant, sa deuxième maison
Après son passage à Ancenis, Papy Leye rejoint les Voltigeurs de Châteaubriant en 1993.
Il ne quittera quasiment plus la ville.
Pendant plus de trois décennies, il va participer au développement du club, notamment dans la formation des jeunes et la structuration de l’encadrement.
Son ambition est claire : permettre aux jeunes de Châteaubriant de croire en leurs possibilités et de construire une véritable identité locale.
Plusieurs joueurs passés par le club connaîtront ensuite le football professionnel.
Le Sénégalais Sambou Soumano, notamment, passera par Châteaubriant avant de poursuivre sa carrière professionnelle. D’autres jeunes comme Nabil Homssa ou Samba Diop connaîtront également le haut niveau.
Papy Leye et la réussite de Babacar
L’une des plus belles histoires de cette aventure reste évidemment celle de son fils, Babacar Leye.
Né et formé en partie à Châteaubriant, Babacar a poursuivi son parcours au FC Nantes avant de revenir dans son club formateur.
Après avoir combiné football et études, il a finalement signé son premier contrat professionnel avec Pau FC en Ligue 2.
Une réussite qui constitue une immense fierté pour son père.
Avec humour, Papy raconte néanmoins que son fils n’hésite pas à lui rappeler une différence entre leurs deux carrières : Babacar a joué et marqué en Ligue 2, contrairement à son père.
Une petite revanche familiale racontée avec le sourire.
Un Sénégalais qui n’oublie pas les siens
Aujourd’hui manager général des Voltigeurs, Papy Leye continue de porter un regard particulier sur les jeunes Africains qui arrivent dans le football français.
Son message est simple : le talent ne suffit pas.
Il faut également préparer les joueurs à leur nouvelle vie.
Pour lui, un jeune de 18 ans qui arrive du Sénégal et découvre soudainement un salaire important peut rapidement être dépassé par les responsabilités qui l’attendent.
Gestion de l’argent, logement, entourage, alimentation, transport ou démarches administratives : autant de paramètres qui peuvent influencer une carrière.
Son expérience personnelle nourrit donc une volonté de transmission.
De Mbour à Châteaubriant, une histoire de transmission
Près de quatre décennies après son départ du Sénégal, Pape Daouda Leye reste profondément attaché à Mbour.
Il a construit sa vie en France, participé à l’essor d’un club et contribué à l’émergence de plusieurs générations de joueurs.
Mais son discours dépasse largement les frontières de Châteaubriant.
Son parcours raconte celui d’un Sénégalais parti en France pour étudier et qui a finalement construit sa vie autour du football.
Un parcours qui illustre aussi l’importance de l’accueil et de l’accompagnement des jeunes joueurs africains lorsqu’ils franchissent les frontières pour tenter leur chance dans le football européen.
À Châteaubriant, on l’appelle « Papy ».
À Mbour, il reste avant tout Pape Daouda Leye, le Mbourois.
Source : interview de Pape Daouda « Papy » Leye réalisée par Anthony Boyer et publiée par 13heuresfoot.fr.







