Le Programme de modernisation de la gestion des déchets solides (PROMOGED) a franchi une nouvelle étape dans le processus de réhabilitation de la décharge à ciel ouvert de Mamatoro et de mise en place de centres intégrés de valorisation des déchets (CIVD) à Kafountine et Niaguis, dans la région de Ziguinchor.
Réunis autour du gouverneur de Ziguinchor, Mor Talla Tine, les autorités administratives et territoriales, les services techniques déconcentrés, la SONAGED, les représentants des communautés et l’équipe de consultants ont pris part à un atelier consacré au partage de l’avant-projet sommaire relatif à la réhabilitation de la décharge de Mamatoro et à l’étude de faisabilité des infrastructures projetées à Kafountine et Niaguis.
Selon la directrice du PROMOGED, Mme Sophie Dione, cette rencontre vise à restituer les résultats des travaux menés ces derniers mois et à recueillir les observations des différents acteurs afin d’affiner les études. Elle a rappelé que les investigations ont porté aussi bien sur les infrastructures existantes que sur les quantités et la nature des déchets produits dans la région.
Les équipes mobilisées ont notamment procédé à une caractérisation des déchets au niveau des ménages et des sites actuellement exploités. Elles ont également analysé les distances séparant les futurs sites des différentes communautés ainsi que les conditions d’acheminement des déchets. Ces données doivent permettre de mieux évaluer les coûts de réalisation et d’exploitation des futures infrastructures, mais également d’optimiser leur organisation à l’échelle territoriale.
Pour Sophie Dione, cette démarche repose sur une approche inclusive associant les collectivités territoriales, les services techniques, l’administration, les communautés et la SONAGED, chargée de la gestion opérationnelle des déchets. Elle doit permettre de disposer d’informations scientifiques et techniques suffisamment solides pour orienter les choix d’investissement de l’État.
La directrice du PROMOGED a également insisté sur le changement de paradigme dans la gestion des déchets au Sénégal. Il ne s’agit plus seulement de considérer les déchets comme une nuisance à éliminer, mais comme une ressource susceptible d’être valorisée, de générer des activités économiques et de créer des emplois.
Dans cette perspective, les infrastructures prévues à Niaguis et Kafountine sont appelées à constituer les composantes d’un véritable système territorial de gestion et de valorisation des déchets. Le PROMOGED entend notamment mettre l’accent sur l’intercommunalité, la valorisation économique des déchets, l’amélioration de la gouvernance et l’implication du secteur privé.
Un consultant a ainsi été recruté pour accompagner les communes concernées dans la mise en place d’un cadre de coopération intercommunale. L’objectif est de clarifier les responsabilités des collectivités et de créer les conditions d’une gestion mutualisée, efficace et durable des infrastructures.
Présidant la rencontre, le gouverneur de Ziguinchor, Mor Talla Tine, a salué une initiative qu’il considère comme une réponse à un problème devenu préoccupant dans la région. Il a rappelé que la croissance démographique, l’urbanisation et l’évolution des modes de consommation ont entraîné une augmentation importante de la production de déchets, alors que leur gestion reste encore largement fondée sur la collecte et le dépôt sans tri ni valorisation.
Selon lui, le choix de Niaguis et de Kafountine comme sites d’implantation des futurs centres intégrés de valorisation des déchets répond à une logique territoriale. Niaguis, située dans l’hinterland de Ziguinchor, pourrait notamment polariser plusieurs collectivités, dont Ziguinchor, Nyassia, Enampore et Adéane, avec une possibilité d’élargissement à d’autres zones urbaines comme Bignona.
Kafountine présente également un intérêt particulier en raison de son poids démographique et économique. La commune abrite l’un des principaux pôles de pêche artisanale du pays et pourrait connaître une croissance démographique accrue avec les perspectives de développement touristique dans la zone d’Abéné et ses environs.
Le gouverneur a par ailleurs rendu hommage aux élus locaux qui ont accepté d’accompagner l’État en mettant à disposition les assiettes foncières nécessaires à la réalisation des infrastructures. Il a également salué l’implication des communautés locales, tout en reconnaissant les appréhensions suscitées par ce type de projet.
Mor Talla Tine est notamment revenu sur la situation de la décharge de Mamatoro, dont la fermeture avait conduit les autorités à utiliser provisoirement le site de Boutoupa pour le dépôt des déchets. Une solution d’urgence qui, selon lui, n’a fait que déplacer le problème.
Le gouverneur a présenté ses excuses aux populations de Boutoupa, confrontées aux nuisances liées à cette situation provisoire. Il a expliqué que les autorités avaient dû agir dans l’urgence afin d’éviter que les déchets ne soient abandonnés dans les rues, les caniveaux ou brûlés à l’air libre, avec des conséquences potentielles sur l’environnement et la santé publique.
Il a toutefois rappelé que le recours à Boutoupa n’était qu’une mesure provisoire, l’objectif des autorités étant depuis le départ de mettre en place des solutions durables à travers les centres intégrés de valorisation des déchets.
La prochaine étape sera consacrée à la validation des solutions techniques avant le lancement de l’étude d’impact environnemental et social. Cette phase devra notamment permettre d’identifier et de prendre en compte les éventuels impacts négatifs du projet, mais aussi de mettre en évidence ses retombées économiques et financières pour les collectivités territoriales et les communautés locales.
Le gouverneur a également insisté sur la nécessité d’impliquer le secteur privé dans la construction et l’exploitation des infrastructures. L’État devrait financer les équipements, mais leur gestion pourrait être confiée à des opérateurs privés dans le cadre de mécanismes adaptés, notamment de partenariats public-privé. Une telle approche pourrait favoriser la création d’emplois et générer de nouvelles opportunités économiques au bénéfice des populations locales.
Du côté de Niaguis, le projet est accueilli avec enthousiasme. La maire de la commune, Victorine Anquédiche Ndèye, a rappelé que le Conseil municipal avait approuvé le projet lors d’une session tenue le 23 décembre 2023.
L’ancienne ministre de la Microfinance et de l’Économie sociale et solidaire considère cette infrastructure comme « une aubaine » pour les populations de Niaguis. Elle estime que le projet va bien au-delà de la seule question de la gestion des déchets, en ouvrant également des perspectives économiques pour les habitants.
Avec la réalisation du futur centre, Niaguis devrait ainsi tourner la page des dépôts à ciel ouvert pour disposer d’une infrastructure répondant aux normes internationales, selon l’édile.
À travers cet atelier, le PROMOGED entend consolider les choix techniques et recueillir les contributions des acteurs locaux avant de poursuivre le processus. Pour les autorités, l’enjeu est désormais de transformer la gestion des déchets en un véritable levier de développement territorial, en associant expertise technique, responsabilité publique, participation communautaire et opportunités économiques.
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