La population des palmiers à huile sauvages a considérablement diminué dans le sud du Sénégal, sous l’effet combiné des variations climatiques et des activités humaines. La Haute-Casamance, notamment la région de Kolda, est particulièrement touchée.
Les conséquences, à la fois environnementales et économiques, sont déjà perceptibles. Car, au-delà de sa valeur écologique, le palmier à huile a longtemps constitué une importante source de revenus et de produits alimentaires pour de nombreuses familles de la région.
À Linkéring Kanffodiang, le chef de village, Mamadou Salif Baldé, se souvient encore des vastes palmeraies qui faisaient autrefois la richesse de la localité.
« Avant, il y avait beaucoup de palmiers et les populations tiraient largement profit de ces palmeraies luxuriantes. Mais la récurrence des années de sécheresse, à partir des années 1970, ainsi que les actions de l’homme, ont considérablement réduit la population des palmiers. Le litre d’huile de palme, qui coûtait environ 500 francs CFA, est aujourd’hui vendu jusqu’à 2 500 francs. »
Un constat partagé par Yaya Kandé, président du Collectif des chefs de village de la commune de Dioulacolon. Pour lui, la disparition progressive des palmeraies entraîne avec elle toute une chaîne de valeur.
« Les palmeraies ont disparu avec toute leur chaîne de valeur. L’huile de palme n’est presque plus produite localement, et cela n’est pas sans conséquence sur le prix d’achat, qui n’est plus à la portée de tout le monde », déplore-t-il.
Face à cette situation, l’heure est désormais à l’action. Il s’agit à la fois de préserver cette espèce emblématique du paysage casamançais, de restaurer la biodiversité et de renforcer la résilience des territoires face aux effets du changement climatique.
C’est dans cette perspective que s’inscrit une campagne de repeuplement des palmiers à huile sauvages dans la région de Kolda. Dans une première phase pilote, plus de 3 000 jeunes plants ont été réceptionnés et distribués aux chefs de village.
L’initiative est portée par AWSOFMAY, dans le cadre du Projet intégré pour l’autonomisation de la femme, sous la houlette d’ADIS Universel, présidé par Lansana Goudiaby.
La campagne semble déjà bénéficier d’une forte adhésion des communautés. Les populations locales se sont particulièrement approprié l’initiative, perçue comme une réponse concrète à la dégradation progressive des palmeraies et à la perte d’une importante source de revenus.
Cette adhésion contraste toutefois avec les difficultés rencontrées par une autre initiative de repeuplement portée par Swami Agri, qui peine encore à obtenir une mobilisation similaire des communautés.
Une différence d’approche qui suscite des interrogations et met surtout en évidence l’importance de la concertation, de l’implication des populations et de l’appropriation communautaire dans les projets de restauration des écosystèmes.
La campagne se poursuit. Les départements de Kolda et de Médina Yoro Foulah ont déjà réceptionné leurs quotas de plants. À terme, la phase pilote prévoit la mise en terre de 10 000 jeunes palmiers à huile.
Au-delà de la restauration de l’écosystème, l’ambition est aussi de relancer une filière locale génératrice de revenus, de préserver les moyens de subsistance des populations et de redonner au palmier à huile sa place dans le paysage et l’économie de la Haute-Casamance.
Seydou Diatta Emedia -Kolda







