Le récent débat autour du « recrutement » de professeurs sénégalais par les universités guinéennes révèle surtout un malentendu sur la nature et les objectifs de ce programme. Selon Meissa Diakhaté, enseignant-chercheur à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, la clé pour comprendre ce phénomène réside dans la pédagogie : il faut savoir simplifier des réalités souvent perçues comme complexes.
Les autorités sénégalaises ont d’ailleurs demandé aux Recteurs de clarifier la situation des enseignants-chercheurs impliqués, en distinguant le statut général de la fonction publique du statut spécifique des universitaires. Ce processus s’inscrit également dans le cadre d’un protocole de coopération universitaire et scientifique signé entre le Sénégal et la Guinée, ainsi que de l’appartenance des deux pays à des institutions régionales comme le CAMES et la CEDEAO.
Les critiques qui émergent sont souvent exagérées. Il est peu probable qu’un professeur titulaire de disciplines aussi pointues que la physique nucléaire, l’intelligence artificielle, la climatologie ou le droit choisisse de quitter ses universités sénégalaises pour « migrer » vers la Guinée sans cadre précis. Ces interventions sont en réalité des programmes structurés, encadrés dans le temps, et similaires aux missions pédagogiques qui ont vu, par le passé, des enseignants étrangers intervenir dans des lycées sénégalais.
L’expérience montre également que d’autres pays africains ont engagé davantage d’enseignants étrangers : le Bénin (116), la Guinée (45), le Mali (21), la Côte d’Ivoire (21), le Burkina Faso (19), le Togo (15), le Cameroun (14) ou encore la Tunisie (6). Les profils impliqués sont souvent exceptionnels, à l’image d’un professeur de droit public sénégalais, ancien ministre et médaillé international, qui participe au programme.
Au cœur du débat, il s’agit avant tout de science et de coopération académique : un professeur d’agroforesterie peut étudier les forêts guinéennes, un spécialiste en physique explorer le sous-sol riche en ressources naturelles, ou un chercheur en environnement analyser les sources du fleuve Sénégal. L’objectif n’est pas de transférer durablement des enseignants, mais de renforcer temporairement les capacités scientifiques et de créer un échange de savoirs bénéfique aux deux pays.
Pour que le programme réussisse, il doit être compris dans son esprit : des enseignants contractuels pour une durée déterminée, respectant toujours leurs obligations au Sénégal, tout en contribuant à des projets académiques et scientifiques structurés en Guinée. Les voies légales et les cadres contractuels assurent que ces missions restent loyales et transparentes, tout en enrichissant l’expérience des enseignants et le rayonnement des universités africaines.
Selon Meissa Diakhaté, la réussite de ce programme dépendra de la capacité des autorités à encadrer ces missions et à valoriser l’esprit d’ouverture et d’universalisme qui caractérise l’enseignement supérieur. Pour les enseignants sénégalais, il s’agit avant tout de continuer à servir leur pays tout en participant à des projets scientifiques et pédagogiques internationaux d’envergure.
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