La question de l’accaparement des terres et de la sécurisation foncière était au centre d’une rencontre organisée autour de la présentation d’une étude consacrée à cette problématique au Sénégal. À cette occasion, des élus territoriaux, des parlementaires et des acteurs de la société civile ont souligné la nécessité de mieux documenter le phénomène afin de renforcer le plaidoyer en faveur des communautés rurales et des exploitations familiales.
Conseillère stratégique et membre du conseil d’administration d’Enda Pronat, Mariam Sow explique que cette étude vise à mesurer l’ampleur de l’accaparement des terres et à comparer la situation actuelle avec celle observée dans une précédente étude réalisée une dizaine d’années plus tôt. L’objectif est de déterminer si le phénomène s’est aggravé, s’il se poursuit ou s’il connaît une évolution à la baisse.
Pour Mariam Sow, ces données doivent permettre aux organisations de la société civile, aux communautés paysannes, aux élus locaux et aux médias de mieux comprendre les enjeux fonciers. Elle estime également que cette étude intervient dans un contexte marqué par les perspectives de réformes, notamment autour de la loi d’orientation agro-sylvo-pastorale. Elle insiste particulièrement sur la nécessité de préserver les terres agricoles et pastorales, tout en revalorisant les exploitations familiales. Selon elle, la promotion de modèles agricoles industriels ne doit pas se faire au détriment des communautés paysannes, de leurs terres et de leurs moyens de subsistance.
La question de la gouvernance foncière a été soulevée par Oumar Bâ, maire de Ndiop, président de l’Association des maires du Sénégal et membre du conseil d’administration d’Enda Pronat. Il souligne que les collectivités territoriales particulièrement les maires, occupent une place centrale dans la gestion du domaine national. Toutefois, il souligne que les décisions foncières ne relèvent pas uniquement des maires, puisque les délibérations des conseils municipaux doivent également être approuvées par l’autorité administrative.
Oumar Bâ nous appelle à considérer les maires comme des partenaires dans les stratégies de sécurisation foncière, plutôt que de les désigner systématiquement comme responsables des contestations liées aux terres. Il salue par ailleurs la pertinence de l’étude, qui, selon lui fournit des analyses et des données susceptibles de renforcer les capacités de plaidoyer des élus locaux en faveur des populations et des exploitations familiales.
Du côté de l’Assemblée nationale, le député Samba Dang, vice-président chargé des questions d’aménagement du territoire, d’habitat, d’urbanisme et d’environnement, évoque le processus de révision de la loi d’orientation agro-sylvo-pastorale et halieutique. Il a indiqué que les consultations avaient déjà été réalisées et que le texte devait encore être examiné en commission puis en séance plénière, au cours de la session ordinaire 2026-2027.
Le parlementaire plaide pour une loi qui protège prioritairement les intérêts des populations, plus précisément les agriculteurs, les pêcheurs et les éleveurs. Il insiste sur la place des exploitations familiales dans la sécurité alimentaire et estimé que leur protection devait constituer une priorité face au développement de l’exploitation industrielle.
À travers cette étude, Enda Pronat entend ainsi contribuer à une meilleure compréhension des dynamiques foncières et à l’orientation des politiques publiques. Les intervenants insistent sur la nécessité de renforcer les moyens des collectivités territoriales, de consolider les droits des communautés et de faire de la gouvernance foncière un levier de développement local.
Khady Seck









