Sadio Mané franchit une nouvelle étape dans sa vie. Il ne pouvait rêver mieux que de voir ses actes mis à l’honneur par les populations sous le regard ébaubi d’invités de marques venu par avion prendre part à la pose de la première pierre du parc agro-industriel implanté dans son village natal de Bambali. La star n’oublie pas ses origines. Le meneur des Lions vient d’ajouter une corde à son arc, achevant de faire de son « royaume d’enfance » l’épicentre d’une dynamique économique en gestation.
Sortie de l’anonymat, la bourgade tutoie la notoriété grâce à la célébrité de ce fils au prodigieux parcours. Son attachement à son terroir, en d’autres termes son ancrage a revigoré bien des esprits et fouetté l’imaginaire des jeunes obnubilés par l’aventure, souvent sans retour. Lui, Sadio revient et de fort belle manière nanti d’un exceptionnel vécu, au demeurant incomparable, tant sa présence et ses choix d’investissement impactent la région sud. Rien pour l’instant ne sonne comme un point bascule.
Sa carrière de footballeur se déroule à son rythme. Il est dans le second versant d’une trajectoire et entrevoit de nouveaux horizons qui laissent deviner les prémices d’une reconversion imminente. En lui se télescopent des idées. Des projets fleurissent. Il s’entoure et agrège des volontés. Bambali, doté en infrastructures d’envergure, s’annonce comme une polarité évidente susceptible de ravir la « vedette » à d’autres localités en termes d’attractivité, d’opportunités, d’ouverture et surtout d’expansion.
Par cette succession d’acquisitions, le village change d’échelle et de dimension tout en gardant sa spécificité. Il reste authentique par définition mais se modernise par une vocation qu’il s’octroie en additionnant des facteurs de progrès. Plus qu’une évolution, c’est une révolution d’ordre copernicien sur cette terre vierge mais féconde, dont Sadio Mané est bien l’inspirateur attitré. Il passe pour être le bienfaiteur social connu et reconnu sans forcer le trait ni s’attirer des faveurs de complaisance.
Aidé par sa posture de modestie, ce dieu des stades cultive la discrétion qui le confine à l’effacement dans une irréprochable conduite sociale saluée par toutes les « voix qui comptent » dans la contrée. Il a aidé à l’épanouissement des habitants. Lesquels le lui rendent par des signes de reconnaissance à de multiples occasions. Désormais, il s’attaque à l’éclosion des talents et des opportunités par la mise en perspective des potentialités et l’agrégation des facteurs de réussite.
Ainsi, la star slalome pour arrondir les angles, en évitant les obstacles. En réunissant des gens que tous oppose, le champion d’Afrique additionne des suffrages qui facilitent son approche des questions complexes. Les Sénégalais l’adoubent. Le solide gaillard en jouit. Mieux, ce bail avec ses compatriotes, établi de longue date, lui confère une naturelle réputation qui le prédispose à entreprendre sans se douter du succès au bout de l’effort.
Effort ? Sadio le déploie au quotidien sur les terrains et en dehors. Il habite l’histoire et la gravité le tient pour compagnon ou héraut dans les moments décisifs. N’est-ce pas Abou Gabal, alias Gabaski, déjà mystifié puis immolé ? Leur face à face d’un soir de finale de CAN fut d’anthologie. Ce triomphe, encore vivace dans les mémoire, entretient la figure du rédempteur et fait de lui un créateur de gloire. Dans un regard figé que des millions de pairs d’yeux ont capturé, le preux SM10 avance et d’un puissant tir, envoie l’Egypte au purgatoire et expédie le Sénégal dans les airs !
De ce jour, marqué au fer, naquit la légende autour d’un fabuleux récit qui sanctifie le Nanthio, l’homme des missions difficiles, dépositaire de valeurs séculaires et aux avant-postes des défis. A la fois pionnier et éclaireur, la talentueux footballeur à le sens de l’étape combiné au flair des coups avant d’agir pour s’octroyer des avantages (ou des dividendes) que rien ni personne ne vient contrarier. A fortiori contester…Et d’ailleurs n’a-t-il pas le mental haut pour avoir vu passer l’écume des vagues au gré des saisons et des intempéries ?
Par une touchante habitude, il esquisse toujours un sourire humble, trait de caractère des hommes de résolution. Et il en est un. Indiscutable. Le pari réussi de Sadio ouvre une nouveau chapitre de progrès. Son image ne sature pas. Alerte mais guilleret, le natif de Bambali garde la mesure en tout et atténue tout excès qu’il dissipe par une vive intelligence sociale.
Jamais dans l’outrance, ses silences espacés, ses sorties et ses apparitions traduisent une cohérence et une discipline auxquelles il se plie par nécessité. Autant il est à l’aise sur les pelouses, autant il affiche une certaine réserve devant les foules. C’est un couteau suisse, dans une version casamançaise capable d’épouser les situations et les contextes tout en reposant sur ss deux pieds. Ar réalisme.
Il savoure la campagne plutôt que les paillettes des cossus salons de Dakar. Sa parole est rare mais ses actes plaident ses causes, si nombreuses soient-elles. Le paraître ne prospère pas chez lui. Record d’audience et d’affluence (rare à en être l’inspirateur). Il laisse son lisse tempérament s’exprimer. Une preuve supplémentaire de son élégante modestie si rare en cette période de démonstration ou d’empathie dont raffolent l’époque et les contemporains.
Précurseur dans l’investissement malgré son jeune âge, SadioMané s’apprécie maintenant comme un transformateur. Avec ce parc agro-industriel en devenir, la zone considérée pourrait connaître un boom économique à nul autre pareil avec le réveil de niches d’opportunités charriées par l’activité phare que représente l’exploitation industrielle de la mangue, une des richesses dormantes de la région. Il valorise l’image de l’attachement aux racines.
En regagnant ses pénates, Sadio, sans être donneur de leçons incite tout le monde à un retour au bercail en chantant ou en claironnant avec la bénédiction des divinités ancestrales. Ce socle, indéboulonnable, parachève un désir d’authenticité et donne, chez ce sportif modèle, du crédit à sa démarche de réveiller le potentiel rural (mangue, jus, dérivés). Il a même fait preuve d’innovation : modernité au cœur du monde rural qui en était sevré. Son initiative soulève-t-elle des objections ? Est-elle suspecte, de velléités « cachées » comme le subodorent de si mauvaises langues en mal d’inspiration ?
Sa zone natale bénéficie de son prestige et lui, retrouve une quiétude incomparable. Pourrait-on s’attendre au plan touristique à l’éclosion d’un art de vivre propre à cettez aire géographique ? Bambali marche déjà sur l’eau. Et ce depuis les premières infrastructures : lycée, Hôpital, station d’essence, stade de football. La zone sort de la dépendance en se dotant d’infrastructures qui la transforment en une polarité incontournable. Les produits et les activités d’appel ne manquent pas.
A-t-il rendu son identité à Bambali ? S’agit-il d’un signe de grâce dans cette localité facilement repérable sur une carte ? La figure individuelle de Sadio Mané s’impose. Nul besoin d’esquiver cette sublime réalité qui est en train de façonner une incarnation doublée de grandeur morale. L’exemplarité qui sommeille en lui postule une admiration susceptible d’évoluer vers un capital sympathie.
A bien des égards, il a véhiculé une culture de discrétion tout en étant capable de représenter les valeurs et les idées de son milieu d’extraction. La tête entre les épaules, le double Champion d’Afrique s’est servi de son aura pour les bonnes causes en privilégiant des pratiques du collectif. Comme une certaine atmosphère en football pour « aller conquérir des trophées ».
En d’autres termes il n’a pas « peur » d’être dans une certaine solitude. Un attribut de leader qui n’échappe pas à la faune politique en mal d’audience et d’influence. Mais surtout en mal de positionnement. Sa capacité d’incarnation devra se déployer dans le temps tout en intégrant les aléas. Son immersion aboutie lui donne raison. Entre les JOJ à venir et l’entrée en fonction du nouveau sélectionneur, SM10 a posé un acte qui a rayonné sans intention d’éteindre les autres manifestations. Il voulait et tenait à s’en sortir. Une passion nouvelle se libère. Pourra-t-elle se déployer et s’exercer avec responsabilité ? Sérieux, posé et réfléchi, Sadio Manécollectionne les atouts en s’investissant d’une mission prosaïque
Par Mamadou NDIAYE








